4 Avril 2019

Rwanda: Solidarité avec les victimes 25 ans plus tard

Photo: Sam Ngendahimana/New Times
Certaines des personnes qui se sont rendues au mémorial du génocide de Murambi à Nyamagabe pour rendre hommage aux victimes du génocide en avril 2017.
communiqué de presse

Vingt-cinq ans après le génocide rwandais de 1994, commémoré en avril 2019, Human Rights Watch rend hommage aux victimes.

(New York) - Il est plus essentiel que jamais, à l'occasion du 25e anniversaire du génocide au Rwanda, de comprendre l'importance de l'action internationale pour empêcher les atrocités à grande échelle et de la nécessité de rendre justice à la suite de tels événements.

Human Rights Watch exprime sa solidarité avec les victimes et les survivants du génocide, l'un des épisodes les plus terrifiants de violence ethnique de l'histoire moderne, qui a été exécuté à une vitesse fulgurante.

« Le Rwanda et la région avoisinante font toujours face aux conséquences du génocide », a expliqué Kenneth Roth, directeur exécutif de Human Rights Watch. « Vingt-cinq ans plus tard, les victimes et les rescapés doivent rester au centre des pensées de chacun, mais nous devons aussi dresser le bilan des progrès accomplis quant à la nécessité de garantir que tous ceux qui ont dirigé ces actes atroces en répondent. »

Le 6 avril 1994, un avion transportant le président rwandais Juvénal Habyarimana et le président burundais Cyprien Ntaryamira a été abattu au-dessus de la capitale rwandaise, Kigali. Le crash a marqué le début de trois mois de massacres ethniques dans tout le Rwanda à une échelle sans précédent.

Des extrémistes politiques et militaires hutus ont orchestré le massacre des trois quarts environ de la population tutsie du Rwanda, faisant plus d'un demi-million de morts. Un grand nombre de Hutus qui ont tenté de cacher ou de défendre des Tutsis et ceux qui s'opposaient au génocide ont également été tués.

À la mi-juillet 1994, le Front patriotique rwandais (FPR), un groupe rebelle principalement tutsi basé en Ouganda qui luttait pour renverser le gouvernement rwandais depuis 1990, a pris le contrôle du pays et mis fin au génocide. Ses troupes ont tué des milliers de civils essentiellement hutus, même si l'ampleur et la nature de ces meurtres n'étaient pas comparables à celles du génocide.

Rwanda : L'horreur du génocide

(VIDÉO) - Commentaires de Alison Des Forges, ex-conseillère senior auprès de la division Afrique de HRW et l'une des plus éminentes expertes mondiales sur le Rwanda. Avant le génocide de 1994, elle avait travaillé sans relâche pour alerter les puissances mondiales de la crise imminente. Elle a ensuite rédigé un ouvrage de référence intitulé « Leave None to Tell the Story: Genocide in Rwanda » (« Aucun témoin ne doit survivre : Le génocide au Rwanda »), publié en 1999, et milité en faveur de la justice pour les victimes jusqu'à son décès en 2009.

Human Rights Watch a documenté en détail le génocide et les crimes du FPR de 1994. Alison Des Forges, conseillère senior auprès de la division Afrique chez Human Rights Watch pendant près de deux décennies, a publié un rapport de référence sur le génocide rwandais, intitulé « Leave None to Tell the Story » (« Aucun témoin ne doit survivre ») et a documenté l'indifférence et l'absence d'action de la part de la communauté internationale.

« Lorsque la communauté internationale exprima finalement sa désapprobation, les autorités du génocide l'entendirent suffisamment pour changer de tactique, sans néanmoins renoncer à leur objectif final », avait indiqué Alison Des Forges dans son compte rendu. « Loin d'être une source de satisfaction, ce succès limité ne fit que souligner la tragédie. Si de timides protestations avaient donné ce résultat à la fin du mois d'avril, que se serait-il passé si le monde entier s'était écrié à la mi-avril : "Plus jamais" ? »

Ce constat que le monde ne devrait pas rester passif alors que des atrocités de masse se produisent dans un État souverain a donné naissance au concept de « responsabilité de protéger », un engagement politique mondial pour empêcher les génocides, les crimes de guerre, les nettoyages ethniques et les crimes contre l'humanité.

Après son arrivée au pouvoir, le FPR a dû faire face au long et difficile processus visant à reconstruire un pays qui avait été presque entièrement détruit et à rendre la justice pour les victimes et leurs familles.

Vingt-cinq ans plus tard, un nombre important de personnes responsables du génocide, y compris d'anciens hauts représentants du gouvernement et d'autres figures importantes, ont été traduites en justice.

Le Conseil de sécurité des Nations Unies a créé le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) en 1994 en réponse au génocide. Le tribunal a inculpé 93 personnes, a jugé coupables et condamné 61 d'entre elles et en a acquitté 14. Cela a contribué à établir la vérité sur l'organisation du génocide et à rendre justice aux victimes. Alison Des Forges a comparu comme témoin expert dans 11 procès sur le génocide au tribunal.

Cependant, le TPIR a couvert un nombre limité de cas, et a refusé de juger les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité commis par le FPR. Le tribunal a officiellement cessé ses activités le 31 décembre 2015.

« Le tribunal a représenté une mesure extraordinaire dans la réponse internationale aux violations graves et généralisées des droits humains », a expliqué Kenneth Roth. « Mais son héritage a été affaibli du fait de son absence de poursuites pour les abus commis par le FPR. »

Le système judiciaire rwandais a aussi jugé un grand nombre de personnes suspectées de génocide, à la fois dans les tribunaux conventionnels et dans les tribunaux communautaires gacaca au niveau local. Les normes de ces procès ont varié considérablement et les interférences et les pressions politiques ont conduit à certains procès inéquitables. D'autres affaires se sont déroulées avec un plus grand respect des procédures. Les tribunaux gacaca ont pris fin en 2012.

Alors qu'il mettait fin progressivement à son travail entre 2011 et 2015, le TPIR a transféré plusieurs affaires liées au génocide aux tribunaux rwandais. Pour assurer le transfert de ces affaires, ainsi que les extraditions de personnes suspectées de génocide depuis d'autres pays, le gouvernement rwandais a entrepris des réformes du système judiciaire visant à respecter les normes de procès équitable internationales. Mais les améliorations techniques et formelles des lois et de la structure administrative ne se sont pas accompagnées de progrès en matière d'indépendance de la justice et de respect du droit à un procès équitable.

Human Rights Watch a observé des procès dans lesquels des chefs d'accusation d'idéologie du génocide et d'incitation à l'insurrection ont été utilisés pour traduire en justice des détracteurs bien connus du gouvernement. Les normes de procès équitable ont été bafouées dans bon nombre de ces affaires politiquement sensibles. Malgré ces préoccupations, un nombre croissant de pays ont extradé des suspects pour qu'ils soient jugés pour des chefs d'inculpation liés au génocide au Rwanda.

Les autorités nationales de certains des pays où vivaient des Rwandais suspectés de génocide et dont ils avaient parfois pris la nationalité, ont mené des enquêtes qui ont conduit à plusieurs procès devant leurs tribunaux nationaux. Le principe de « juridiction universelle » permet aux procureurs nationaux de poursuivre des personnes soupçonnées d'avoir une responsabilité dans certains crimes internationaux graves comme les actes de torture, les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité, même s'ils ont été commis ailleurs et même si les accusés et les victimes ne sont pas des ressortissants du pays en question. Des procès de Rwandais suspectés de génocide ont eu lieu dans des pays comme l'Allemagne, la Belgique, le Canada, la Finlande, la France, la Norvège, les Pays-Bas, la Suède et la Suisse.

« Une leçon immuable du génocide est que l'impunité entraîne les atrocités », a conclu Kenneth Roth. « Malgré le temps qui s'est écoulé, les victimes méritent de voir tous les responsables du génocide et des crimes graves commis en parallèle arrêtés et jugés dans des procès équitables et crédibles. »

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Pour des informations actualisées sur la justice après le génocide depuis 2014 en anglais, veuillez suivre le lien : https://www.hrw.org/news/2019/04/04/rwanda-25-years-solidarity-victims. Le présent rapport sera également disponible prochainement en intégralité en français sur cette page-ci.

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