Tunisie: Des foules d'onirisme et d'arabesques

5 Avril 2019

Et lorsque nous accédons à l'étage et qu'elle ouvre subitement la porte de son atelier, je suis frappé d'une stupeur admirative devant l'ordre qui règne dans celui-ci et, le nombre de toiles, une quarantaine de grands et moyens formats, adossées aux murs, sans oublier celles de moindres «figures» et qu'elle allait me rapporter par la suite dans la salle de séjour. Elle me déclare alors : «Voilà, c'est le produit d'une année d'un travail acharné, en prévision de cette nouvelle exposition».

Commence, alors, le déballage des œuvres qui sont de trois séries qui se suivent et se conjuguent, sans pour autant être de la même source d'inspiration et, pourtant, la veine technique est semblable et navigue entre l'art formel et informel dans le même tableau. De celles, la première série qui rappelle encore certaines traces de l'esprit sehilien, la thématique des «opéras» sur le tard de sa vie, en passant par tout ce que Imen a sorti de son propre cru durant ces dernières années d'un labeur sans fin et plutôt influencé par la révolution tunisienne, consciemment ou inconsciemment.

Et dans ce cas de figure qu'est Imen Ben Belgacem, j'ai senti que, pour ces œuvres récentes, elle a été frappée par la série des «opéras» au point de ne pas la quitter quand le maître avait disparu et son atelier de Sidi Bou Saïd fermé définitivement. Ce qui a fait le malheur de ses ouailles. Cette première série d'opéras que j'ai eu l'occasion de voir et qui ont inspiré encore Imen ont été reprises sur des toiles de petit format pour dire à la fois sa dépendance du maître et son indépendance.

En effet, une dialectique nouvelle sur la notion identitaire s'est installée dans l'esprit des artistes, qui a abouti, durant la révolution, à la négation même de «la persona» (du grec: personne, le masque que les actants dans Eschyle, Sophocle ou Euripide portaient sur la scène du théâtre).Du coup, ces «hors de la foule», titrés comme tels par l'artiste et sur des formats moyens aussi, sont devenus une nouvelle occasion de s'exprimer comme le font les artistes sur la perte des valeurs républicaines. Et elle s'en sort bien en me disant «qu'en ce qui concerne les opéras des silhouettes alignées sur fond de brouillard, elles deviennent des foules bigarrées qui raconteraient des histoires d'un peuple otage de «Qui sommes-nous ? D'où venons-nous? Où allons-nous?».

De la célèbre peinture de Paul Gauguin, la seconde série renferme des relents poétiques, toniques à l'envi : des paysages marins en bleu et blanc où les coups de raclettes inventent une architecture en blocs carrés d'un blanc lumineux sur fond à grands lavis d'un bleu outre-mer... les abstractions ou d'autres compositions comme « la mer des rêves » nous font naviguer allégrement dans les grands océans.

Il y a enfin dans la troisième série des œuvres inspirées tout à la fois de la femme tunisienne prise dans un contexte de kidnapping de sa personnalité durant cette révolution«familia» et la femme à l'enfant dont les lignes fortes du dessin des corps sont représentées par la graphie arabe, la femme comme prise au piège dans le persona. Et puis, cette immense toile qui représente un véritable chef-d'œuvre dans cette exposition où à l'architecture traditionnelle s'ajoutent des ornementations de décors mauresques et de signes calligraphiques arabes mêlés. C'est donc une période cruciale que vit actuellement Imen Ben Belgacem à l'âge de trente-quatre ans et qui nous dévoile ses multiples talents.

Ne ratez pas ce que tout le monde regarde

A La Une: Tunisie

à lire

AllAfrica publie environ 700 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.