Rwanda: Le pays et la France sur un nouveau départ ?

25 ans après le génocide, le rapprochement diplomatique entre Kigali et Paris fait craindre l'abandon de poursuites judiciaires.

Les massacres de 1994 ont longtemps terni les relations entre le Rwanda et la France. Kigali accuse régulièrement l'Elysée d'avoir aidé le gouvernement génocidaire de l'époque à achever sa mission. Cependant, depuis deux ans maintenant, les deux pays semblent vouloir normaliser leurs relations. Parmi les signes de ce rapprochement : le soutien de Paris à la Rwandaise Louise Mushikiwabo pour prendre la tête de l'Organisation Internationale de la Francophonie l'année dernière.

Pourtant, certains Rwandais redoutent qu'un rapprochement diplomatique avec la France n'entraîne un déni de justice pour les victimes, en enterrant certains dossiers juridiques sensibles.

"Après tout, les faits sont têtus", avait dit le président rwandais Paul Kagame en 2014 lors de la 20ème commémoration du génocide. Cette phrase avait à l'époque douché tout espoir de voir renaître une quelconque relation apaisée avec la France.

Pourtant, en 2018, Paul Kagame rencontre à deux reprises Emmanuel Macron à Paris.

En décembre, la justice française prononce un non-lieu sur les poursuites contre les haut-gradés de l'armée rwandaise dans l'affaire de l'attentat contre l'avion de Juvénal Habyarimana, l'ancien président assassiné le 6 avril 1994.

Ne pas abandonner la quête de vérité

Alain Gauthier, fondateur du Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda, s'interroge sur une possible impunité. "On sait ce que sont la politique et la diplomatie, dit-il. Beaucoup de choses nous échappent, mais je pense qu'il faut absolument que justice se passe dans la poursuite des génocidaires qui sont en France."

Parmi les dossiers qui fâchent encore se trouve celui de l'opération Turquoise où les soldats français auraient laissé pendant trois jours des Tutsi sur la colline de Bisesero, dans l'ouest, à la merci de leurs bourreaux Hutus. Tom Ndahiro, un chercheur sur le génocide, voit la normalisation des relations comme une brèche possible vers l'abandon des poursuites. "Je ne serais pas surpris si ces charges devaient être facilement abandonnées au nom de la normalisation, affirme M. Ndahiro. Mais pensez-vous que même si la poursuite devait avoir lieu, la France rendrait disponibles les accusés ?"

Cependant, Johnston Busingye, le ministre rwandais de la justice, affirme que le Rwanda n'est pas prêt à abandonner la quête de la justice dans les affaires impliquant la France. "Ce n'est pas en masquant la vérité que nous aurons de bonnes relations. Souvenez-vous bien que c'est le Rwanda qui a toujours demandé à ce que des archives sur ce génocide soient déclassifiées pour que la vérité éclate au grand jour."

Pour la première fois depuis 25 ans, les Rwandais s'attendaient à voir le premier président français aux cérémonies de commémoration du génocide, mais cet espoir est tombé à l'eau après qu'Emmanuel Macron ait décidé de déléguer Hervé Berville, un député français d'origine rwandaise à l'anniversaire du 7 avril à Kigali.

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