9 Avril 2019

Ile Maurice: «Roche-Bois ne se résume pas qu'à la drogue»

La drogue est certes une réalité à Roche- Bois, concèdent habitants et travailleurs sociaux. Sauf qu'il s'agit bien plus d'un fléau national, précisent-ils, en réaction à l'article publié dans «l'express dimanche » du 7 avril 2019.

Tout est parti d'une question parlementaire d'Aadil Ameer Meea au ministre mentor, mardi dernier, sur le trafic de drogue à Roche-Bois. L'express dimanche s'est rendu sur place pour un constat, d'où l'article sur cette localité. Certes, le titre, «Roche-Bois : la Cité du 'nisa'», a choqué plus d'un. Ce n'était nullement notre intention, nous voulions surtout dénoncer les agissements d'un groupe de dealers et attirer l'attention des autorités sur le dur quotidien des habitants.

Hier, lundi 9 avril, nous nous sommes de nouveau rendus sur place. À 15 heures, les rues de Batterie-Cassée, Roche-Bois, sont presque désertes. Les quelques parents venus récupérer leurs enfants à la sortie de l'école sont pressés de rentrer chez eux. Difficile d'entamer une quelconque conversation. Les quelques habitants rencontrés disent avoir été touchés et étonnés par le titre de notre article. «Dan Ros Bwa, péna zis ladrog, zanfan isi zot répitasion déza dan bez.» Pour eux, la drogue n'est pas présente que dans ce quartier seulment. «Éna li partou, nou pa lé stigmatizasion», lâchent-ils.

Johnny Latour, porteparole du groupe Zenfan Roche-Bois, est du même avis. «Nous sommes sur un pied d'égalité avec n'importe quel autre endroit. La drogue est un problème national.» Les habitants d'ici, soulignet- il, se battent matin et soir pour que leurs enfants aient un avenir meilleur. «D'ailleurs, Roche-Bois est reconnu pour ses gens brillants. Nou éna loréa isi, nou éna santer, des sportifs de haut niveau... Il faut faire ressortir cela.»

Même son de cloche du côté des organisations non gouvernementales qui oeuvrent dans la région. «À Maurice, Roche-Bois n'est certainement pas le seul endroit où la drogue sévit. Et ce n'est pas non plus uniquement ce problème auquel la région fait face. En parallèle, il y a plusieurs choses positives qui s'y tiennent», déclare Lindsay Morvan, président du Mouvement pour le progrès de Roche-Bois. Réagissant à la publication de l'article de l'express dimanche, il affirme que le contenu relate une situation existante mais estime que le titre était maladroit.

Selon Lindsay Morvan, Roche-Bois et Batterie- Cassée regroupent 15 000 habitants, dont une minorité serait enlisée dans la drogue. «À l'époque où j'étais à la National Agency for the Treatment & Rehabilitation of Substance Abusers, une étude de 2002 avait démontré qu'il y avait environ 20 000 toxicomanes à Maurice. Disons que cela a augmenté par 50 %. Pensez-vous que les 30 000 proviennent tous de Roche-Bois ? Il ne faut pas stigmatiser les habitants.»

De belles performances

Aujourd'hui, il y a davantage de prise de conscience et de solidarité pour valoriser la région, fait-il remarquer. «Récemment, nous avons célébré un lauréat sur le plan éducatif. Côté sport, nous avons de belles performances de l'équipe de football Roche- Bois Bolton City. Et regardez tous les enfants artistes dont regorge Roche-Bois», ajoute Lindsay Morvan.

Un fait étayé par Valérie Lemaire, directrice de l'Atelier Mo'Zar qui regroupe 103 jeunes artistes que l'express a sacré Mauriciens de l'année en 2018. «On travaille beaucoup sur la prévention auprès des jeunes. Je suis la première à dire qu'il y a un problème de drogue, mais il n'est nullement localisé à cette région. On a des gens qui veulent s'en sortir. D'ailleurs, les membres de Mo'Zar ont été nommés Mauriciens de l'année par l'express», fait-elle remarquer.

Elle cite notamment la réussite scolaire des enfants aussi bien au Primary School Achievement Certificate qu'au School Certificate. «Imaginez comment cela peut faire mal à un jeune doué en musique qui essaie de s'en sortir quand on stigmatise sa région. À Mo'Zar, on fait de belles choses. On a le 'nisa' de la musique», lance-t-elle. D'ailleurs, grâce à l'organisation, plusieurs jeunes artistes se produiront au Brésil le 17 juin pour un festival de jazz. Et en juillet, des stages musicaux se tiendront en Italie et à Boston. Signe que l'art décolle et prend son envol à Roche-Bois.

De son côté, Véronique Mars, coordinatrice de l'ONG Kifer pa mwa à Batterie-Cassée, souligne les efforts des travailleurs sociaux pour soutenir les habitants. «C'est vrai qu'il y a de la drogue comme partout ailleurs. Mais Roche-Bois demeure une pépinière d'artistes, de jeunes sportifs doués en natation, entre autres, disciplines et de gens de bonne volonté. Et nous faisons tout pour encadrer les enfants.»

Une soixantaine d'opérations policières

Une soixantaine d'opérations ont été menées dans le quartier au cours des dernières années, indique l'inspecteur Shiva Coothen, du «Police Press Office». Et plusieurs autres sont à venir. «Cela ne vise pas que Roche-Bois, c'est un travail que fait la police à travers le pays», tient à souligner le policier.

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