9 Avril 2019

Cote d'Ivoire: Performances économiques, taux de migration, libres échanges, futur mandat - Ouattara se livre à Mo Ibrahim

interview

Alassane Ouattara a animé, samedi dernier, au Sofitel - Abidjan Hôtel Ivoire, un panel dans le cadre du Forum Mo Ibrahim pour la bonne gouvernance.

A cette tribune, le chef de l'Etat a mis en exergue les recettes qui ont permis le redressement de la Côte d'Ivoire après la crise post-électorale, notamment une bonne équipe gouvernementale, un bon programme économique et un environnement favorable à l'investissement privé.

Le président Ouattara a également relevé la lutte menée contre la corruption, le bon cadrage macro-économique, les investissements publics effectués dans les secteurs stratégiques, les réformes structurelles et sectorielles et l'engagement du peuple ivoirien. Ci-dessous de larges extraits de ses réponses à Mo Ibrahim.

 Je voudrais commencer par vous féliciter. Nous mesurons la croissance de chaque pays. Nous avons remarqué que la Côte d'Ivoire était le pays ayant le plus haut niveau de performance. Vous avez amélioré votre position de 19 points. C'est quelque chose qui ne s'est jamais vu auparavant. C'est une croissance extraordinaire. Qu'avez-vous fait et qu'est-ce que vos voisins pourraient faire ?

Merci infiniment. A la sortie de la crise, la Côte d'Ivoire était un pays dévasté. Il y avait tout type de problème dans le pays. La destruction des infrastructures, des problèmes d'électricité...

Mon actif le plus important, c'est mon équipe. Mon équipe est une bonne équipe. Nous avons réalisé un travail d'équipe. Les gens me disent que le leadership est important. C'est vrai. Mais, j'ai eu une équipe formidable depuis le début.

Une équipe de vrais patriotes, des personnes qui voyaient dans quel état leur pays était arrivé dans une situation où il fallait l'en sortir. Ils se sont dit : "jamais, jamais, cela ne doit se produire à nouveau". Ils se sont dit que la Côte d'Ivoire doit être un pays prospère dans les 3 et 4 décennies à venir.

Nous avons retroussé nos manches et commencé à travailler. A l'hôtel du Golf, il nous arrivait de travailler 18h par jour. La deuxième des choses, c'est que nous avons un programme. Nous avons ensuite la volonté de faire en sorte que l'investissement privé soit clair. C'est important pour la croissance.

Pour les infrastructures, pour les routes, on a besoin de financement public, mais nous avons un cadre économique très clair pour attirer des investissements privés et faire en sorte que les secteurs de croissance que nous avons identifiés puissent recevoir les investissements nécessaires.

Nous avons combattu la corruption. Un cadrage macroéconomique basé sur le secteur privé, c'est la source du développement. Bien sûr, les investissements publics sont nécessaires pour la santé, l'école, les infrastructures.

Mais pour créer des emplois, pour être sûr que nous avons la capacité d'attirer les investissements privés, il fallait avoir nécessairement un cadre macroéconomique qui soit rassurant pour les investisseurs. C'est ainsi que nous nous sommes engagés à réduire les déficits : déficits publics, déficits de la balance de paiement.

Nous avons décidé d'engager le processus, d'alléger la dette, de faire baisser la dette qui aujourd'hui est aux alentours de 45% du PIB, d'avoir une politique monétaire qui contrôle l'inflation. Depuis que nous sommes aux affaires, l'inflation n'a jamais dépassé 1 à 2%. Ce qui a permis d'avoir une croissance économique de 8% par an de 2012 à 2018.

Nous avons sur la période augmenté le PIB de 50% et le revenu par tête d'habitant de 1/3, notamment dans le secteur agricole. Les réformes importantes doivent être prises. Nous les avons commencées déjà de 90 à 93 et nous les avons renforcées par la suite.

C'est donc grâce à cette équipe, grâce à cette volonté et au soutien du peuple ivoirien qui a décidé de se mettre au travail, de sortir de ces difficultés. Aujourd'hui, le pays est en paix. Il est en sécurité. Il est en progrès. Nous en sommes très, très fiers et très contents.

Est-ce que votre passage au FMI a été un élément important ?

J'ai toujours été embarrassé de parler de mon passage au Fonds monétaire international, parce que ça peut sembler un manque d'humilité.

Mais en réalité, quand on a eu à superviser la situation économique de plus 100 pays de tous les continents, quand on a accumulé la surveillance des politiques économiques dans autant de pays, il faut en tirer les meilleures pratiques et les appliquer chez soi. C'est ce que cette équipe a accepté de faire grâce au soutien du peuple ivoirien.

 La Côte d'Ivoire a le plus haut taux de migration dans le monde. Vous avez 6 millions de migrants, 25% de la population. Comment gérezvous ce problème ?

C'est d'abord une question d'option. Notre premier président a considéré que l'ouverture était quelque chose de positif. Bien évidemment, pendant la colonisation, c'était la grande AOF, plusieurs pays étaient intégrés les uns dans les autres.

Notre premier président n'a pas voulu faire de discrimination. Il a ouvert la Côte d'Ivoire à tous les fils d'Afrique occidentale. Cette expérience, il l'a acquise pendant la 4e République. Il était ministre d'Etat sous la 4e République en France.

François Mitterrand était son numéro 2, son secrétaire d'Etat. Il avait une expérience gouvernementale. Il a participé à la rédaction de la Constitution de la 5e République avec le général De Gaulle. C'était un homme ouvert.

Un homme politique hors pair qui avait une vision. Grâce à cette ouverture, des ressortissants des pays voisins ou de la France et du Liban ont contribué à augmenter la richesse nationale en Côte d'Ivoire. Selon nos estimations, 20% des 25% de migrants contribuent au PIB de la Côte d'Ivoire.

En général, il y a une très bonne intégration. Les choses se passent bien. Nous avons eu une période difficile pour des raisons de politiques politiciennes. Il y a eu une fracture. Mais, tout cela est derrière nous. Nous sommes en train de reprendre cette vision du premier président.

Le plus important, c'est de rassembler toutes les populations, d'avoir la paix, la stabilité, de faire en sorte que les populations se fassent confiance et surtout créer des emplois par la politique économique. Le programme de gouvernement que j'ai rédigé avant de quitter le Fmi, était « le vivre ensemble ».

Nous, nous souffrons quand nous voyons des Africains maltraiter d'autres Africains. Nous ne pouvons accepter que des Ivoiriens qui sont dans d'autres pays se fassent maltraiter.

Nous n'avons jamais expulsé d'Africains, sauf un seul qui a osé brûler le franc CFA. Ce que je ne peux pas accepter. Q : Parlons de l'intégration africaine, comment expliquez-vous le fait que certains pays africains mettent des barrières au niveau des frontières.

Que se passet-il ? AO : Ce n'est pas normal. En Côte d'Ivoire, nous avons un pays ouvert, une économie ouverte. Ici, vous trouverez des hommes d'affaires de toutes les nationalités de l'Afrique de l'ouest. Mais c'est très difficile pour un Ivoirien de faire des affaires dans les autres pays.

J'ai dit aux autres présidents que s'ils continuent dans cette voie, la Côte d'Ivoire sera obligée d'appliquer la règle de la réciprocité, même si je suis quelqu'un de très ouvert. Je ne peux pas accepter de discrimination contre les Ivoiriens et les produits ivoiriens.

Nous mettons l'accent sur la bonne gouvernance. Les rumeurs, c'est bon. Mais moi je veux des preuves.

Si on me prouve qu'un ministre est corrompu, je prends un décret, je mets fin à ses fonctions. Si un directeur fait des malversations, il est aussi mis fin à ses fonctions. Nous sommes heureusement dans un régime présidentiel. Le décret présidentiel règle les problèmes.

La question des jeunes et de l'emploi. Comment gérezvous le problème lié à l'immigration ?

C'est un problème culturel. Depuis longtemps, des gens ont pensé qu'avoir beaucoup d'enfants était important avec l'idée que l'un d'entre eux pouvait réussir. La réalité, c'est que les infrastructures n'ont pas suivi, l'éducation n'a pas suivi.

Ce critère culturel n'est plus valable. Il faut se concentrer à avoir un nombre bien limité d'enfants et pouvoir s'en occuper. Il faut attirer le privé, mettre l'accent sur la formation des jeunes. Mettre l'accent sur la politique d'emploi des jeunes, renforcer les formations pratiques

Pour terminer, quelle sont priorités pour votre pays, la Côte d'Ivoire ?

La première chose, c'est d'abord la paix dans nos pays et sur le continent. Sans paix, rien n'est possible.

La paix demande aussi l'égalité dans le traitement des citoyens. La paix exige des pratiques démocratiques. La paix exige le respect des libertés fondamentales, la liberté de la presse.

La paix, c'est un tout. Il faut ensuite la sécurité. Si vous n'avez pas la sécurité, vous ne pouvez pas attirer les investisseurs. Il faut après tout cela, une bonne équipe, une équipe qui est vraiment au travail.

Maintenant, quand on se projette sur les 10 ou 20 ans à venir, je dirais que le gouvernement choisisse des secteurs à fort rendement d'emplois, mais également d'innovation, le domaine des nouvelles technologies.

Il faut investir beaucoup plus dans le tourisme. Audelà, il faut mettre l'accent sur la transformation de nos matières premières. Nous avons l'obligation de donner une plus-value aux producteurs.

 Avec ces performances, allez-vous continuer pour un autre mandat, jusqu'à 5 mandats ?

Tous ceux qui ont tenté un 5e mandat, on eu des difficultés. Le job de président de la République, ça fait 8 ans que je le fais. Je n'ai jamais occupé de fonction plus de 6 ans. Que ce soit directeur Afrique du Fonds monétaire, DGA, directeur de la banque centrale, directeur des programmes, directeur des études.

J'ai déjà fait 8 ans, ce qui n'est pas mal. J'ai toujours cru qu'il faut un renouvellement de génération en Afrique.

75% ont moins de 35 ans. Je prends le président français, il a 40 ans. Moi, mon fils aîné a 52 ans. Il est clair que pour moi, la voie va vers un transfert à une nouvelle génération. Ça me parait tellement évident.

Maintenant, à cause des arrangements, nous n'avons pas mis de limite d'âge dans notre Constitution, parce que c'était 75 ans avant.

Mais la morale voudrait que quand même on se dise qu'à un moment donné, on offre moins en contribution à son pays quand on prend de l'âge et que par conséquent il faut être raisonnable.

Il arrive un moment où, même si la Constitution vous le permet, vous devez décider de faire en sorte de transférer le pouvoir à une nouvelle génération.

J'ai été éduqué par le premier président, le président HouphouëtBoigny. Il disait qu'un homme politique, un homme d'Etat doit se référer à 3 choses : il y a Dieu, il y a le peuple et votre propre conscience.

Moi, je suis très croyant. J'espère que Dieu me donnera la santé et la longévité. Le peuple ivoirien m'a élu à 83% en 2015. Il ne peut pas avoir un meilleur hommage, jamais. J'en suis très fier. Et maintenant, il y a votre conscience.

La conscience, ça veut dire à un moment donné vous devez vous poser la question de savoir : « estce que votre pays a atteint les objectifs que vous vous êtes fixés en venant dans cette fonction.

Est ce que le pays est suffisamment stable ? Est-ce que le pays est en sécurité ? Est-ce que vous avez une équipe qui peut faire la suite ? »

Je prendrai ma décision l'année prochaine. J'ai un certain nombre d'amis que je consulterai avant de prendre ma décision. Mais, elle est presque prise.

Cote d'Ivoire

Cacaoculture/Lutte contre le travail des enfants - L'Ong "Save the children" fait le bilan de ses activités

L'Ong save the children international a organisé, le 23 mai 2019, un « atelier bilan de ses… Plus »

Ne ratez pas ce que tout le monde regarde

Copyright © 2019 Le Patriote. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour toute modification, demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.