Congo-Kinshasa: FCC-Cach - Controverse autour de «Déboulonner »

Il a suffi d'un mot prononcé par le chef de l'Etat lors de son séjour américain pour que la coalition au pouvoir (FCC-CACH) se lance dans une escalade verbale. Le FCC ne s'est pas retenu devant ce qu'il qualifie de « certains propos militants » tenus par Félix Tshisekedi en sollicitant l'appui d' « une puissance étrangère pour déboulonner le système dictatorial » en RDC. La plateforme de Joseph Kabila se sent trahie tandis que son partenaire CACH fait preuve de sérénité et se montre déterminé à aller jusqu'au bout du grand chantier ouvert par le président Félix Tshisekedi.

Le torchon brûle entre le FCC et le CACH alors que le chef de l'Etat vient de boucler aux Etats-Unis une visite de travail qui lui a permis de jeter le pont pour une nouvelle forme de coopération entre Kinshasa et

Washington. En cause, la plateforme politique de Joseph Kabila n'a pas digéré certains propos tenus par Félix Tshisekedi à Washington lorsqu'il promet de « déboulonner le système dictatorial » hérité de son prédécesseur Joseph Kabila. Au FCC, on crie à la trahison en qualifiant ces propos de « militants ».

Dans une déclaration au vitriol, rendue publique dans la soirée du lundi 8 avril par quelques ténors du FCC, la plateforme politique de Joseph Kabila fait part de ses « regrets », tout en faisant mention des « affirmations surprenantes » du chef de l'Etat qui « remettent gravement en cause l'héritage démocratique ancré dans notre pays depuis 2006 et qui s'est traduit par la toute première passation de pouvoir pacifique et civilisée du pouvoir à la magistrature suprême jamais survenue en RDC ».

Evidemment, l'on s'attendait à ce que les têtes d'affiche du FCC signent la déclaration du 8 avril 2019. Il n'en a pas été le cas. Curieusement, cette tâche a été laissée aux acteurs de second rang. Néhémie Mwilanya, coordonnateur du FCC qui a l'habitude de dégager le FC, tout comme Aubin Minaku, secrétaire générale de la MP, Emmanuel Ramazani Shadary secrétaire permanent du PPRD et bien d'autres ont préféré plutôt se mettre à l'écart.

Est-ce à dire que les violons sont tout aussi loin de s'accorder au sein du FCC ? En tout cas, l'hypothèse n'est pas à exclure.

Le FCC sagitte, le CACH avance

Dans certains milieux politiques, on estime que le FCC n'a pas partagé la même appréhension que celle reprise par les signataires de la déclaration du 8 avril. Toujours est-il que c'est la marque FCC qui est engagée. C'est le plus important.

Pendant que le FCC s'agite, dans l'entourage du chef de l'Etat, c'est le calme absolu. Tout se passe comme si le chef de l'Etat, Félix Tshisekedi, avait déjà prédit les réactions diverses que pourrait susciter sa déclaration visant à « déboulonner le système dictatorial ».

Bien avant que le FCC ne sorte de ses gonds, le président avait déjà tenté dans un entretien à la Voix de l'Amérique (VOA) d'élucider sa pensée par rapport à ce qu'il entrevoit au travers du terme « déboulonner ».

Diffusé mardi matin sur les ondes de VOA, cet entretien du chef de l'Etat a permis de lever les malentendus. Par «déboulonner le système dictatorial » en RDC, le président a fait comprendre que son message visait à « s'attaquer à tout ce qui a avili le citoyen congolais et qui a contribué à affaiblir le développement de notre pays ».

Il prend en compte, notamment « toutes ces antivaleurs de corruption, de violation des droits de l'Homme, de brimades, toutes ces habitudes qui consistaient à traquer les opposants parce qu'ils avaient émis un son contraire par rapport aux autorités du pays, si nous allons dans cette coalition avec le FCC, c'est autour de ces principes que je viens de vous étayer ici. Ce n'est pas autour de ce qu'ils faisaient avant ».

Dans un accent prémonitoire, le chef de l'Etat renchérissait en relevant que « si maintenant ce que j'ai dit a gêné des gens, ça veut dire que ces gens sont mal intentionnés. Ce qu'ils ne voulaient pas m'entendre dire des choses comme ça parce qu'ils pensaient que moi j'allais être un président complaisant qui allait continuer les mêmes méthodes du passé. Je dis Non ».

Quant à la coalition qu'il continue à revendiquer avec le FCC, Félix Tshisekedi ne la remet nullement en cause. Il pense néanmoins que cette coalition ne devrait pas le détourner de la vision qu'il s'est

imposé. « Cela n'empêche pas du tout une coalition avec le FCC parce que ce FCC sait, pour avoir échangé avec nous, quel est l'entendement que nous faisons de cette coalition. Ce sera une coalition au service de notre peuple et de notre pays ».

Quoi qu'il en soit, les dernières déclarations du chef de l'Etat aux Etats-Unis ont mis le FCC dans tous ses états. Si ses principaux ont préféré se réserver, certains de ses caciques n'ont pas hésité à sortir leurs griffes. Néanmoins, on est encore loin d'un divorce entre les deux camps.

Le FCC l'a d'ailleurs répercuté dans sa déclaration du 8 avril 2019. Il a donc réitéré son « engagement à contribuer à la bonne marche de la coalition FCC-CACH, gage de la stabilité et du développement du pays ». Ce qui ne tait pas la polémique.

A tout prendre, la coalition FCC- CACH devra encore passer par d'autres épreuves de feu pour se raffermir. Pour le moment, c'est le terme qui a montré jusqu'à quel point cette coalition reste encore fragile. Ce qui donne raison à ceux qui, en son temps, avaient prédit que la coalition FCC - CACH était une alliance contre nature. Chaque jour qui passe, des faits viennent corroborer cette thèse.

Pendant ce temps, le président Félix Tshisekedi consolide ses rangs, tout en élargissant le cercle de ses appuis qui s'étend désormais jusqu'aux Etats-Unis. De même CACH ne semble pas s'émouvoir de la réaction du FCC et se dit déterminé à accompagner le chantier ouvert par le président de la République.

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