Libye: La Conférence nationale reportée en raison des affrontements (ONU)

Le Représentant spécial du Secrétaire général et chef de la Mission d'appui des Nations Unies en Libye (MANUL), Ghassan Salamé, se confie à la presse.
9 Avril 2019

Alors que le Secrétaire général de l'ONU continue d'appeler les parties en Libye à mettre fin aux opérations militaires, le Représentant des Nations unies pour la Libye, Ghassan Salamé, a annoncé mardi que la Conférence nationale libyenne serait reportée en raison de l'offensive qui se déroule actuellement à Tripoli.

« Nous ne pouvons pas demander aux gens de participer à la conférence sur fond de coups de feu et de frappes aériennes », a déclaré M. Salamé dans un communiqué dans lequel il condamne également l'attaque par l'Armée nationale libyenne (ANL) du maréchal Haftar contre le seul aéroport civil dans le pays.

Le Représentant spécial a précisé que l'ONU avait décidé de ne pas se précipiter et d'agir avec « prudence et responsabilité » face aux affrontements, « afin de ne pas gaspiller les opportunités historiques disponibles ».

M. Salamé a néanmoins souligné que la réunion, prévue pour la semaine prochaine, aurait lieu « dans les meilleurs délais ».

Les attaques contre des civils et des infrastructures civiles peuvent constituer des crimes de guerre

C'est dans ce contexte que la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Michelle Bachelet, a appelé mardi « toutes les parties à s'unir afin d'éviter de nouvelles violences et des effusions de sang ».

Cibler intentionnellement des civils ou des objectifs civils peut constituer un crime de guerre - Michelle Bachelet

Mme Bachelet a souligné que les principes de distinction, de proportionnalité et de précaution doivent toujours être pleinement respectés.

« Le fait de cibler intentionnellement des civils ou des objectifs civils ainsi que des attaques aveugles peuvent constituer un crime de guerre », a-t-elle averti.

« L'attaque perpétrée hier contre l'aéroport de Mitiga, qui a piégé de nombreux civils à Tripoli, montre clairement qu'il est impératif que toutes les parties respectent le droit international humanitaire et prennent toutes les mesures possibles pour protéger les civils et les infrastructures civiles, notamment les écoles, les hôpitaux et les prisons », a déclaré Mme Bachelet dans un communiqué.

La cheffe des droits de l'homme de l'ONU a ainsi rappelé à toutes les parties au conflit en Libye leurs obligations en vertu du droit international, afin d'assurer la protection des civils et des infrastructures civiles. Elle les a exhortées à prendre des mesures pour que les civils ne subissent pas - une fois encore - les conséquences du conflit.

Le peuple libyen est depuis longtemps pris au milieu du conflit entre de nombreuses parties belligérantes. « Parmi ces populations, les plus vulnérables subissent certaines des violations les plus graves de leurs droits fondamentaux », a ajouté Mme Bachelet.

Au moins 47 morts depuis le début de l'offensive de Haftar

Au moins 47 personnes ont été tuées et 181 autres blessées depuis le début jeudi de l'offensive du maréchal Haftar contre la capitale libyenne. « C'est un bilan qui nous a été fourni par les installations sanitaires proches de Tripoli », a annoncé mardi un porte-parole de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Depuis jeudi, 47 personnes ont été tuées, dont deux médecins (OMS)

« Parmi les personnes décédées, neuf sont des civils, dont deux médecins, qui fournissaient des services indispensables aux populations à Tripoli », a précisé un porte-parole de l'OMS, Tarik Jasarevic, au cours d'une conférence de presse à Genève.

Selon l'agence onusienne, un médecin aurait été tué alors qu'il travaillait dans une ambulance de campagne.

Au total, l'OMS a également enregistré plus de 46 attaques qui ont touché des personnels de santé et des installations tout au long de 2018-2019 en Libye. Ces attaques ont tué 8 agents de santé et patients et en ont blessé 24.

Pays pétrolier, la Libye est déchirée depuis la chute du Président Mouammar Kadhafi en 2011 par de multiples conflits internes. Et cette reprise du conflit risque également d'épuiser les fournitures médicales, a mis en garde l'OMS. « L'OMS s'inquiète de la possibilité d'un conflit prolongé dans la ville très peuplée de Tripoli », a ajouté M. Jasarevic.

De son côté, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) a rappelé que quelques jours après l'escalade des affrontements à Tripoli et dans ses environs, la communauté humanitaire reste préoccupée par l'impact humanitaire croissant de l'escalade de la violence.

Les violences à Tripoli et autour de la capitale libyenne ont déplacé plus de 3.400 personnes et empêchent l'aide humanitaire d'atteindre les civils et les personnes blessées.

150 réfugiés détenus près des lignes de front ont été réinstallés

OCHA a par ailleurs signalé que 1.400 réfugiés et migrants sont actuellement près des lignes de front dans les centres de détention de Qasr Ben Gashir, Gharyan et Ain Zara.

Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a indiqué avoir transféré mardi plus de 150 réfugiés du centre de détention d'Ain Zara, au sud de Tripoli, dans le centre de rassemblement et de départ du HCR situé dans une zone sécurisée à proximité. Ce centre avait été touché par de violents affrontements ces derniers jours.

Les réfugiés ont dit au HCR qu'ils étaient effrayés et inquiets pour leur sécurité, compte tenu des combats qui se déroulent dans le quartier et qu'ils se sont retrouvés avec un minimum de fournitures. Le HCR a reçu des informations faisant état de situations similaires dans d'autres centres de détention et examine actuellement ces demandes.

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