Afrique du Nord: Abdellatif Seddafi - « L'initiative marocaine d'autonomie est la seule option pouvant résoudre le différend régional sur le Sahara »

interview

À quelques mois de la troisième table ronde sur le Sahara occidental prévue avant l'été à Genève, en Suisse, et à deux jours du 12e anniversaire de la présentation par le Maroc de l'initiative de l'autonomie du Sahara pour la résolution définitive de ce différend régional, le chargé d'affaires de l'ambassadeur du Maroc à Brazzaville, Abdellatif Seddafi, a animé, le 9 avril, un point de presse. Le but a été d'éclairer l'opinion nationale et internationale sur cette question qui fait l'objet depuis plus de quarante ans d'un conflit entre le Maroc et l'Algérie.

Les Dépêches de Brazzaville(L.D.B.) : Excellence, la question du Sahara envenime encore les relations entre Rabat et Alger. Quelles sont les causes de ce conflit?

Abdellatif Seddafi(A.S.) : Le Sahara marocain a toujours fait partie du Maroc et ce, bien avant son occupation par l'Espagne en 1884. De par sa position géographique aux portes de l'Afrique et à la jonction de la Méditerranée et de l'Atlantique, le Maroc a été, pendant des siècles, la cible des convoitises étrangères, particulièrement européennes. Celles-ci ont débuté dans la deuxième partie du XIXe siècle avec l'occupation d'un comptoir par l'Espagne en 1884 à l'extrême sud du pays, villa Cisneros (Dakhla), suivie de la conclusion entre puissances européennes d'accords secrets pour se répartir les zones d'influence et d'occupation au Maroc.

C'est ainsi qu'en 1912, le territoire marocain s'est trouvé réparti entre plusieurs zones d'occupation: la zone du centre par la France ; la zone nord par l'Espagne ; Sakkiat El Hamra, Oued Eddahab, les villes de Tarfaya et Sidi Ifni par l'Espagne ; la zone internationale de Tanger confiée à un Conseil de douze puissances étrangères. Quarante-quatre années après, le Maroc a commencé à recouvrer, graduellement et à travers des accords internationaux négociés, son intégrité territoriale. L'Accord de Madrid de 1975, endossé par la résolution 2458B de l'Assemblée générale, le 10 décembre 1975, a marqué la fin de la présence espagnole au Sahara, enfin la réintégration de toutes les provinces sahariennes au Maroc à partir de 1979. Depuis sa création en 1972, le Front Polisario a toujours bénéficié du soutien de l'Algérie, qui appuie ses revendications séparatistes pour des raisons autant idéologiques que géopolitiques.

L.D.B. : Qui des deux pays bloquerait les négociations ?

A.S. : Depuis la genèse de ce conflit régional, le Maroc a inscrit sa demande de recherche d'une solution dans le cadre exclusif de la négociation et le règlement pacifique des différends. L'objectif du Maroc est que le processus politique implique les véritables acteurs. Une dynamique réelle ne peut pas être désincarnée, comme une bulle déconnectée de la réalité. Les chancelleries ne connaissent pas le Polisario ; c'est le pays voisin qui vient les démarcher à la veille d'un vote sur la question du Sahara marocain. Concernant le rôle de l'Algérie, le Conseil de sécurité a appelé ce pays voisin « à contribuer davantage au processus politique » et à « renforcer son engagement dans le processus de négociation ».

L.D.B. : Quelle est la proposition marocaine sur l'autonomie du Sahara ?

A.S. : L'initiative d'autonomie au Sahara s'inscrit dans le cadre de l'édification d'une société démocratique et moderne, fondée sur l'Etat de droit, les libertés individuelles et collectives et le développement économique et social. Comme telle, elle apporte la promesse d'un avenir meilleur pour la population de la région, met fin à la séparation, à l'exil et favorise la réconciliation.

Par cette initiative, le Maroc garantit à tous les Sahraouis à l'extérieur comme à l'intérieur, toute leur place et tout leur rôle, sans discrimination ni exclusive, dans les instances et institutions de la région. Ainsi, la population du Sahara gérera elle-même et démocratiquement ses affaires à travers des organes législatif, exécutif et judiciaire dotés de compétences exclusives. Elle disposera des ressources financières nécessaires au développement de la région dans tous les domaines et participera, de manière active, à la vie économique, sociale et culturelle du royaume. L'Etat conservera ses compétences dans les domaines régaliens, en particulier la défense, les relations extérieures et les attributions constitutionnelles et religieuses de Sa Majesté le roi.

L'initiative marocaine, inspirée par un esprit d'ouverture, tend à créer les conditions d'un processus de dialogue et de négociation débouchant sur une solution politique mutuellement acceptable.

Le statut d'autonomie, résultat des négociations, sera soumis à une consultation référendaire de la population concernée, conformément au principe de l'autodétermination et des dispositions de la Charte des Nations unies.

L'initiative marocaine d'autonomie demeure la solution politique réaliste et réalisable qui correspond parfaitement avec les paramètres définis par le Conseil, y compris celui de l'autodétermination. Les paramètres de la solution politique définis par le Conseil de sécurité, dans le deuxième paragraphe de sa résolution 2440, visent à « parvenir à une solution réaliste, pragmatique et durable, qui repose sur le compromis ».

L.D.B. : Le Maroc est-t-il pour ou contre le référendum d'autodétermination ?

A.S. : L'autodétermination, dans le cas du Sahara marocain, n'est plus qu'un élément, entre autres paramètres de la solution politique identifiés par le Conseil de sécurité, notamment le réalisme, le pragmatisme, la durabilité et le compromis. Pour le Maroc, la clarté et la précision de ces paramètres ont défini le cadre et les contours de la solution politique excluant définitivement tout débat autour de l'indépendance ou le référendum. Il est temps de faire prévaloir l'esprit du réalisme concernant la question du Sahara marocain, pour dépolluer l'ONU et l'organisation panafricaine des débats stériles, inutiles et en déphasage avec la réalité.

L.D.B. : Quelle solution peut-on envisager pour résoudre ce problème de conflit entre l'Algérie et le Maroc au sujet du Sahara Occidental ? Les deux pays sont-t-ils déterminés à trouver un terrain d'entente ?

A.S; : La frontière entre les deux pays est fermée depuis 1994 et la dernière rencontre entre les chefs d'Etat remonte à 2005. Les problèmes que connaît l'Union du Maghreb arabe sont tributaires de la tension qui marque les relations bilatérales entre l'Algérie et le Maroc. Il n'y aura pas d'intégration régionale sans relations bilatérales saines, et en gardant des frontières communes fermées.

En novembre 2018, le roi du Maroc a appelé l'Algérie à un dialogue « direct et franc », en proposant la création d'un « mécanisme politique conjoint de dialogue et de concertation » pour « dépasser les différends » entre les deux voisins. Dans son discours, Sa Majesté le roi a longuement évoqué les relations entre Rabat et Alger, qui « échappent à la normalité, créant, de fait, une situation inacceptable ». Il a appelé avec sincérité et bonne foi à l'ouverture des frontières, à la normalisation des relations maroco-algériennes.

Pour avancer, Sa Majesté le roi Mohammed VI avait proposé un nouveau « mécanisme politique conjoint de dialogue et de concertation », précisant que « le niveau de représentation au sein de cette structure, son format, sa nature étaient à convenir d'un commun accord ». « Le Maroc est ouvert à d'éventuelles propositions et initiatives émanant de l'Algérie » pour asseoir les relations entre les deux pays « sur de solides bases de confiance, de solidarité et de bon voisinage ». Le royaume est toujours convaincu que ce différend régional a un coût, d'abord pour la population des camps de Tindouf qui vit dans des conditions très difficiles, à la merci des aides humanitaires, et peut être attirée par les sirènes de l'extrémisme et du terrorisme.

Le Maroc est aussi conscient que ce différend empêche la normalisation des relations bilatérales entre le Maroc et l'Algérie et de ce fait, que le règlement de cette question favoriserait la relance de l'intégration maghrébine.

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