11 Avril 2019

Soudan: La chute d'Omar el-Béchir est l'occasion de mettre fin à l'autoritarisme

communiqué de presse

Nairobi — La destitution du président Omar el-Béchir, qui était au pouvoir depuis 30 ans, constitue pour le Soudan une occasion unique de placer le respect des droits humains et de l'État de droit au centre de son processus de transition, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui.

Les autorités soudanaises devraient tenir compte des manifestants pacifiques qui, pendant des mois, ont réclamé « liberté, paix et justice » et entreprendre immédiatement des réformes permettant de mettre fin aux abus commis depuis plusieurs décennies, et de protéger les droits humains ainsi que l'État de droit.

Le 11 avril, le vice-président et ministre de la Défense du Soudan, Awad Ibn Ouf, a dissout le gouvernement, suspendu la constitution et annoncé qu'un conseil militaire serait installé au pouvoir pour une période transitoire de deux ans. Il a également annoncé que tous les « prisonniers politiques » seraient remis en liberté et que le Soudan resterait lié par tous les accords régionaux et internationaux qu'il a signés.

« Cet important événement renforce l'obligation des autorités de mettre fin aux violations flagrantes des droits humains dont tant de Soudanais ont souffert au cours des trois dernières décennies », a déclaré Jehanne Henry, directrice adjointe de la division Afrique à Human Rights Watch. « La destitution d'Omar el-Béchir témoigne de la ténacité des manifestants, qui sont restés dans la rue en dépit de la violente répression exercée par le gouvernement. »

Le lieu précis où se trouve actuellement Omar el-Béchir n'a pas été divulgué, dans un premier temps. Awad Ibn Ouf a déclaré qu'Omar el-Béchir se trouve en état d'arrestation et en lieu sûr. Les autorités devraient également mettre en œuvre les deux mandats d'arrêt émis par la Cour pénale internationale (CPI) contre el-Béchir pour des crimes graves commis au Darfour, ainsi que celui émis à l'encontre d'Ahmed Haroun, le chef par intérim du Parti du Congrès national, qui est également recherché par la CPI pour des crimes commis au Darfour.

Depuis le 6 avril, des milliers de manifestants ont participé à des sit-in (des rassemblements pacifiques en position assise) devant le siège de l'armée à Khartoum, la capitale. Les forces gouvernementales ont réprimé les manifestants, tuant des dizaines d'entre eux. Le Comité central des médecins soudanais (Sudan Doctors' Central Committee) une organisation d'opposition, a affirmé qu'au moins 26 manifestants ont été tués. Selon des informations parues dans les médias, des affrontements se sont produits entre militaires des forces armées et d'autres forces de sécurité, alors que certains membres de l'armée cherchaient à protéger les manifestants.

Au matin du 11 avril, des véhicules militaires et des troupes se sont déployés en divers points de la ville, notamment devant le siège du Parti du Congrès national et devant les domiciles de responsables gouvernementaux de haut rang et de la famille el-Béchir. Des organisations d'opposition, dont l'Association des professionnels soudanais (Sudanese Professionals Association, SPA) qui a été à l'avant-garde des manifestations, affirment avec insistance que l'armée devrait remettre le pouvoir à un gouvernement de transition civil.

Des témoins à Khartoum ont indiqué à Human Rights Watch qu'ils avaient vu, le 11 avril, des manifestants encercler le complexe de sécurité nationale de Bahri, à Khartoum, et vu des prisonniers être remis en liberté. Le nombre total de détenus libérés n'est pas encore connu.

Awad Ibn Ouf est l'un des responsables soudanais faisant l'objet de sanctions de la part du gouvernement américain pour son rôle, en tant que chef des renseignements militaires, dans l'organisation d'attaques contre les civils au Darfour. La situation étant toujours instable et extrêmement tendue, les autres gouvernements et les organisations internationales, notamment les Nations Unies et l'Union africaine, devraient également insister pour que les droits fondamentaux du peuple soudanais soient pleinement respectés.

Des manifestations ont été tenues dans les principales villes soudanaises depuis décembre 2018, à la fois en conséquence du ralentissement économique que connaît le Soudan et pour obtenir la fin du régime d'el-Béchir. Les forces de sécurité soudanaises ont violemment réprimé ces manifestations, tuant de nombreux protestataires et en arrêtant et en plaçant en détention des centaines, voire des milliers. Depuis 2013, Human Rights Watch a documenté de graves violations des droits humains et de possibles crimes de guerre au Darfour, ainsi que dans les États du Kordofan du Sud et du Nil Bleu, et une vague de répression à travers le pays, notamment des meurtres de manifestants.

El-Béchir est poursuivi pour génocide, de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre selon les chefs d'accusation retenus par la CPI, liés à des attaques commises contre les civils au Darfour, dont certaines remontent à 2002. Le 31 mars 2005, le Conseil de sécurité des Nations Unies avait donné mandat au procureur de la CPI pour ouvrir une enquête sur les événements du Darfour.

« La remise en liberté de détenus à Khartoum est un point de départ bienvenu et nécessaire, mais les dirigeants du Soudan devraient aussi s'assurer que toutes les personnes détenues injustement soient libérées, et que le droit du peuple soudanais de manifester pacifiquement soit pleinement respecté », a affirmé Jehanne Henry. « Ils devraient aussi livrer immédiatement à la CPI el-Béchir et les autres responsables soudanais visés par des mandats d'arrêt internationaux de la Cour, car les victimes des plus graves crimes commis au Darfour ne devraient pas avoir encore à attendre pour que justice leur soit rendue. »

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