Burkina Faso: Accord complémentaire Charte de la Transition - «Si ce faux n'avait pas eu lieu, nous aurions évité des calamités» (Me Hermann Yaméogo, président de l'UNDD)

Le président de l'Union nationale pour la démocratie et le développement (UNDD), Me Hermann Yaméogo, a convié les hommes des médias hier 11 avril 2019 à son domicile pour une «causerie de presse».

La 4e du genre, cette rencontre avec les journalistes, ouverte à des responsables de partis politiques, d'Organisations de la société civile et de militants et sympathisants, a eu comme plat de résistance l'accord complémentaire annexé à la charte de la Transition. Accord qui a été dénoncé par le président Jean-Baptiste Ouédraogo comme étant un faux, lors de sa déposition au procès du coup d'Etat manqué du 16 septembre 2015. Selon l'avocat, si ce document qu'il qualifie à son tour de «faux criminel» n'avait pas existé, le pays n'allait pas connaître une succession de calamités.

A l'audience du 11 mars 2019 dans la salle des banquets de Ouaga 2000, alors qu'il comparaissait en tant que témoin, l'ancien président Jean-Baptiste Ouédraogo a fait cas de l'existence d'un accord complémentaire et confidentiel annexé à la charte de la Transition. Ce document avait été brandi par l'ancien ministre le colonel Auguste Denise Barry lors d'une crise pour, sans doute, légitimer la présence des militaires dans les organes de la Transition. L'Observateur Paalga, à travers sa rubrique "Une Lettre pour Laye" (livraison no 9812 du vendredi 15 au dimanche 17 mars 2019), s'en était fait l'écho en citant l'ex-président avant d'en proposer un extrait.

A la barre, JBO disait qu'il a interrogé des signataires de la Charte mais que tous ont nié avoir signé cet accord complémentaire, sans date et identité des signataires.

Pour Me Hermann Yaméogo, président de l'UNDD, si cette rencontre a été initiée, c'est pour qu'il n'y ait pas «une chape de plomb sur cette affaire». L'acte, qu'il a jugé également frauduleux, a «tellement de conséquences sur nous, pris individuellement, et sur le pays, collectivement». «A l'instant même, je me suis dit que je ne vais pas laisser cette affaire en l'état », a déclaré cet accusé au procès du coup d'Etat manqué. Mais, avant toute chose, il a voulu s'assurer auprès de son mandant, c'est-à-dire celui qu'il a envoyé participé à la rédaction de la charte de la Transition puis la signer. Amadou Dabo (autres partis), puisque c'est de lui qu'il s'agit, a soutenu qu'il n'a pas signé d'accord complémentaire. L'avocat se réserve donc le droit d'entreprendre des actions pour envisager la meilleure manière de clarifier cette affaire, que ce soit de façon individuelle ou collective. «J'ai trop souffert de l'utilisation de l'Etat à des fins personnelles, à des fins frauduleuses», a-t-il ajouté.

Me Yaméogo a envoyé alors des sommations interpellatives aux autres signataires de la charte de la Transition à l'exception de Yacouba Isaac Zida (FDS), pour en savoir davantage : ce sont Zéphirin Diabré (Partis politiques CFOP), Luc Marius Ibriga (Société civile), Pasteur Henri Yé (Autorités religieuses et coutumières) qui lui ont indiqué que «réponse suivra». S'étant retrouvé sans réplique, Me Hermann Yaméogo croit fermement que «s'il n'y avait pas eu ce faux, il n'y aurait pas eu de militaires au gouvernement de la Transition ; pas de Zida à la tête des transitaires ; pas de pacte d'exclusion avec la loi Chériff et toutes ses conséquences possibles ; pas de crises en chaîne au RSP qui ont conduit au coup d'Etat ; je n'allais pas faire un an à la MACA ; je ne serais pas depuis 4 ans en prise avec la justice ; je ne serais pas ici depuis un an et trois mois, tout le temps assis sur le banc des accusés à attendre un jugement qui a été causé par des responsables d'un acte frauduleux, d'un faux criminel, d'un faux d'Etat».

A titre personnel, Me Yaméogo entend donc assigner l'Etat en justice même s'il ne s'agit pas d'une question purement personnelle. Il a estimé que cette affaire doit concerner tout le monde dans la mesure où «on ne peut plus accepter que des gens croient que l'Etat peut faire l'objet d'appropriation, qu'ils peuvent s'en servir comme de leur bien propre. C'est cela qui explique aussi le délitement de l'Etat, le manque de confiance». Le principal tenant du crachoir a conclu que cette question peut se résoudre de plusieurs façons : soit par la voie judiciaire, soit par l'adoption d'une solution qui amènera les autorités à faire une pause pour la réconciliation du pays avec sa mémoire. Une transition tout trouvée pour Ablassé Ouédraogo, le président de Le Faso Autrement, pour qui ce qu'il vient d'entendre le convainc davantage de la nécessité d'aller à la réconciliation nationale, «seule alternative qui aidera le Burkina Faso à avancer».

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