Congo-Kinshasa: Élection des gouverneurs - Sans surprise, le FCC rafle 17 provinces

Entre le Cap pour le changement (CACH) et le Front commun pour le Congo (FCC), c'est la loi du plus fort. Encore une fois, le FCC, plateforme de Joseph Kabila vient de rafler la mise aux élections des gouverneurs organisées mercredi 10 avril. Le FCC s'est taillé la part de lion, en remportant, sans coup férir, 17 provinces sur les 19 concernées par le scrutin d'hier.

Malgré ses ambitions démesurées, le CACH ou particulièrement l'UDPS, a mordu la poussière dans un scrutin qui est allé comme des roulettes à sens unique. Au bas mot, c'est la loi du plus fort qui s'est encore appliquée. Ailleurs, on parlerait d'une razzia, pour qualifier ce raz-de-marée que le FCC vient d'infliger à son partenaire politique. Mais comment peut-on justifier cet échec cuisant du tandem UDPS - UNC ? Comment, à eux deux, ces partis politiques n'ont pas, par exemple, réussi à arracher ne serait-ce qu'une victoire dans la ville de Kinshasa, la capitale des institutions de la République ?

De son côté, faisant fi de son deal avec CACH, à l'exception de Sud-Kivu, le FCC a utilisé tous les moyens légaux et illégaux pour s'adjuger de la majorité des postes de gouverneurs. Et, pince sans rire, il s'en félicite dans un communiqué juste après l'annonce des résultats par le président de la Commission électorale nationale indépendante (Céni). Quoiqu'il en soit, on ne devrait pas se leurrer outre mesure. La plateforme de Kabila a, certes, gagné mais c'est une victoire entachée de beaucoup d'irrégularités au vu de bruits de soupçon de corruption qui entourent ce scrutin.

Après ce que d'aucuns avaient décrié lors de l'élection des sénateurs, ce qui s'est passé hier, dans certaines provinces, c'est encore pire. « La nausée », comme dirait le philosophe français, Jean-Paul Sartre. Dans le Haut-Katanga, par exemple, certains députés ont été séquestrés la veille de l'élection et conduits le matin dans un bus comme des enfants de la maternelle, jusqu'au lieu du scrutin. Là comme partout ailleurs, le « Duc » du FCC est allé jusqu'à imposer d'autorité des candidats litigieux. « Je n'ai jamais vu ça dans ma longue carrière politique ! », s'est écrié le patriarche Kyungu wa Kumwanza à partir de Lubumbashi.

Marché de dupes

Dans un accord où un partenaire a tout à gagner et l'autre tout à perdre, on se demande bien à quoi ça rime. Ça s'appelle tout simplement un « marché de dupes ou un « manque de respect » pour son partenaire. Pourtant, si le FCC était animé d'une bonne foi, il pouvait s'inspirer du bel exemple que l'on a vu au Sud-Kivu, où CACH et FCC ont présenté un ticket unique.

Mais au-delà des jérémiades de circonstance, il y des leçons à tirer de cette aventure électorale congolaise. Contrairement au FCC dont les lieutenants se rangent derrière leur autorité morale, les députés du CACH, eux, ne savent pas (encore) triompher face à leur adversaire. Kabila donne des ordres et ses militants suivent, contrairement au CACH dont on ignore le vrai contenu si c'est un regroupement ou une coalition.

Le modus operandi reste le même : le FCC a arraché les députés nationaux et provinciaux, puis les sénateurs et maintenant les gouverneurs. Que reste-il encore au CACH pour appliquer son programme ? Va-t-il se contenter uniquement de l'institution président de la République ou rebondir autrement ? Cela augure des étincelles en l'air. Avec un tel score, le FCC peut à bon droit mettre à mal le pays s'il le veut, en usant des moyens légaux. La brouille qu'il brandit ces derniers jours en est une preuve de provocation.

En un mot comme en mille, avec ce scénario honteux, c'est la démocratie qui a échoué. Car, comme enseigne un adage, « à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ». C'est dire que le FCC ne doit pas trop jubiler. Que les nouveaux gouverneurs ne se croient pas tout permis. Le président de la République a le pouvoir de révoquer un gouverneur. Ironie de l'histoire, c'est le régime sortant qui avait modifié la Constitution, pour renforcer arbitrairement le pouvoir d'un certain Joseph Kabila qui en a usé de la manière dont on sait. Le cas Baende à l'Équateur, Jean Claude Kazembe au Haut-Katanga ou Alex Kande au Kasaï Central en disent long.

Pour tout dire, ce qui est en train de se passer, c'est la conséquence logique d'un fondement des lois taillées sur mesure et la signature des accords contrenature. Et, en politique, ça se paie cash.

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