14 Avril 2019

Soudan: Coup d'Etat ou petits arrangements entre généraux ?

analyse

Qu'est-ce qui s'est véritablement passé jeudi dernier à Khartoum ? Un coup d'Etat en bonne et due forme dans les règles de l'art militaire ? Une simple révolution de palais ?

A moins que ce ne soient de petits arrangements entre l'ex-président Omar el-Béchir et ceux qui étaient, il n'y a pas encore longtemps, ses hommes de main pour éviter un changement brutal et conserver ce qu'ils peuvent encore conserver.

Qui qu'il en soit, après 30 années passées au pouvoir, l'homme fort du Soudan a été forcé de passer la main, conséquence des quatre mois de manifestations continues, parties d'abord de révendications sociales suite à l'augmentation du prix du pain et de celle des produits pharmaceutiques, avant de prendre très vite la tournure politique qu'on sait.

Exit donc le général de 75 ans, mais contrairement à ce qui vient de se passer en Algérie où la solution constitutionnelle mise en branle après la démission d'Abdelaziz Bouteflika a permis à un de ses fidèles lieutenants d'assurer l'intérim pour 90 jours et à l'armée de conserver la réalité du pouvoir, les insurgés soudanais, qui ont pourtant fait un appel du pied à la soldatesque, n'entendaient pas se voir flouer de leur victoire et des promesses de changement et de liberté qui l'accompagnent.

Les propos de ce manifestant résument à eux seuls le sentiment général qui doit être celui de tous les croquants : « Nous nous sommes battus ces derniers quatre mois pour voir ce moment arriver et nous ne sommes pas prêts à nous le faire confisquer par l'armée ». C'est dire que les militants ne veulent pas du tout relâcher la pression, eux qui tiennent à faire le grand ménage.

Du coup, 24 heures seulement après avoir destitué el-Béchir, le général Awad Ibn Awf, trop marqué politiquement, a dû à son tour jeter l'éponge face à la clameur de désapprobation qui a accompagné sa brève accession au sommet de l'Etat. C'est donc finalement un autre général, Abdel Fattah al-Burhane, moins connu du grand public et donc plus compatible. «Il n'a jamais été sous le feu des projecteurs. Il a été au cours de sa carrière attaché de Défense à Pékin, mais il est surtout un très haut gradé de l'armée, un commandant qui sait mener ses troupes », a dit de lui un officier soudanais qui semble bien le connaître.

C'est lui qui a finalement été nommé à la tête du conseil militaire pour conduire la transition. Reste à savoir quelle en sera la durée, puisque son furtif prédécesseur Awf a parlé de deux ans ; ensuite, quels en seront les organes et quelle sera la composition du futur gouvernement ? En effet, si les contours ont commencé à être dessinés lors d'une première rencontre entre la junte, l'opposition et l'association des professionnels soudanais, ils demeurent encore assez flous.

En attendant, il y a comme un nouveau vent de liberté qui souffle sur le pays, avec la libération annoncée des prisonniers politiques et des milliers de manifestants arrêtés durant ces quatre mois, ainsi que la mise en place d'une justice transitionnelle pour solder les vieux comptes d'el-Béchir qui, dans son malheur, peut se réjouir au moins d'une chose : promesse a été faite qu'il ne serait pas livré à la CPI, qui a délivré contre lui deux mandats d'arrêt internationaux pour les crimes commis au Darfour et dans l'ouest du pays.

Peut-il donc dormir tranquille, vu que l'expérience a montré que ce genre de para-feu n'est jamais éternel ? L'ancien président libérien Charles Taylor ne dira pas le contraire, lui qui, en 2006, a été lâché par les siens et par les autorités de son pays d'adoption, le Nigeria, et livré au Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL) basé à la Haye.

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