15 Avril 2019

Soudan: Le réveil inopportun de l'UA

Photo: Le Pays
Manifestations à Khartoum
analyse

Le despote est tombé mais les manifestations qui l'ont fait partir ne sont pas près de s'estomper. Presque une semaine après la destitution d'Omar el-Bechir par les militaires, ils étaient encore nombreux hier aux traditionnels sit-in devant le QG de l'armée, qui multiplie pourtant les signes de bonne volonté après avoir adopté une posture somme toute républicaine, puisqu'elle avait fini par fraterniser avec le peuple insurgé et a refusé de tirer sur la foule.

Pas suffisant, visiblement, pour lui confier le bon Dieu, pour ne pas dire le pouvoir, sans confession, malgré la véritable offensive de charme que la grande muette mène en direction des contestataires. Cela s'est d'abord traduit par le passage furtif du général Awad Ibn Awf, celui-là même qui avait déposé l'enturbanné de Khartoum mais jugé politiquement trop marqué pour espérer symboliser le désir de liberté et de renouveau qui s'est emparé des Soudanais.

Pour autant, les croquants ne semblent pas enclins à donner un blanc-seing à son remplaçant, le général Abdel Fattah al-Burhane, quand bien même il serait plus consensuel et nonobstant les mesures fortes qu'il vient de prendre dans le sens d'une décrispation de la situation :

-libération des anciens prisonniers politiques et des milliers de manifestants interpellés pendant les quatre mois du mouvement ;

- remplacement de Salah Gosh à la tête du NISS, le puissant service de renseignement, véritable machine à réprimer pendant les 30 ans de règne d'el-Bechir, et encore plus depuis le début de la contestation ces derniers mois ;

-éviction du chargé d'affaires du Soudan à Washington, Mohamed Atta, qui fut dans une autre vie patron du service de renseignement ;

-engagement à nommer une figure indépendante pour diriger le futur gouvernement de transition, etc.

En fait, sur ce dernier point, il semble avoir une discordance entre l'Association des professionnels soudanais (APS), fer de lance de l'opposition au président el-Bechir, et la rue. La première semblant s'accommoder de la présence des militaires dans un exécutif qui serait mixte, la seconde, un peu à l'image du scénario algérien, voulant balayer toute la vieille racaille qui est collectivement comptable du bilan calamiteux du tyran en turban, notamment en matière de respect des droits de l'homme. Le bras de fer est donc loin d'être terminé.

C'est dans ce contexte que l'Union africaine (UA) est sortie du bois pour sommer les militaires de Khartoum de quitter le pouvoir sous quinzaine, sous peine de sanctions, en particulier l'exclusion du pays de l'instance régionale.

Faut-il comprendre que l'UA exige que le despote déchu soit remis en selle ou que la junte passe rapidement la main à un exécutif totalement civil avant de retourner dans les casernes ? Quoi qu'il en soit, on désespère fortement de cette UA qui est restée pendant longtemps silencieuse et qui retrouve subitement la voix maintenant que le peuple a fait le boulot. Ils sont toujours ainsi, ces messieurs d'Addis, incapables d'appeler à la raison et à la retenue les membres de leur syndicat, des despotes même pas éclairés souvent, qui veulent battre des records de longévité au pouvoir. Et quand les damnés de la terre se décident à prendre leur destin en main, ce sont les mêmes qui sortent avec leurs vieux principes éculés pour menacer à tout-va. Que le passage par les urnes soit en démocratie le mode normal de dévolution du pouvoir, on le veut bien, mais elle où, cette Union africaine quand les autocrates martyrisent leur peuple juste parce qu'ils veulent s'accrocher pour toujours à leur fauteuil présidentiel ?

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