15 Avril 2019

Burkina Faso: Authentification des diplômes dans l'administration publique - Volonté réelle d'assainissement

La traque des fonctionnaires titulaires de faux diplômes, que le gouvernement burkinabè entend engager dès le mois de mai, est un acte de gestion administratif salutaire et conforme aux principes de bonne gouvernance.

Les enquêtes qui seront bientôt diligentées pour débusquer les agents frauduleusement entrés dans notre Administration publique en se faisant fabriquer de faux parchemins souvent plus vrais que nature, permettront à terme d'assainir notre Fonction publique, du moins si elles ne se heurtent pas aux réalités de notre environnement sociopolitique dominé, quoi qu'on dise, par le favoritisme et la protection des privilèges.

Cette opération de "salubrité publique" décidée par le Conseil des ministres en sa séance du 12 avril dernier à travers une authentification des diplômes des agents de l'Etat, fait probablement suite aux rumeurs de plus en plus persistantes sur le fait que notre Fonction publique est infestée de détenteurs de faux diplômes qui seraient de véritables dangers publics, surtout dans des secteurs sensibles comme la santé, l'éducation, les finances et la sécurité.

Il se susurre en effet qu'à la faveur de la prolifération des établissements d'enseignement privés dans notre pays et des formations dites diplômantes en ligne, beaucoup de candidats indélicats ont profité du laxisme et de la corruption qui sévissent à toutes les strates de notre société pour se faire délivrer des diplômes douteux et accéder frauduleusement à des emplois publics a priori réservés aux plus méritants.

En réalité, le phénomène n'est pas nouveau ni propre au Burkina, et plusieurs adeptes de la courte échelle ont été déjà alpagués et auditionnés par les services de police ou de gendarmerie, sur plainte de certains responsables de structures publiques et parapubliques.

On a encore en mémoire le licenciement, il y a une dizaine d'années, d'un célèbre animateur d'une radio locale et d'un autre agent du même média pour faux et usage de faux.

Il va falloir aller jusqu'au bout

Plus récemment, on a appris avec stupeur que l'Ordre des médecins du Burkina a procédé à une radiation assortie de poursuites judiciaires, d'une quinzaine de faux toubibs qui, on peut le dire, n'étaient rien d'autre que des assassins en blouse blanche exerçant illégalement, et ce, depuis des lustres dans nos formations sanitaires publiques comme privées.

Tous ces parvenus et ces imposteurs de la pire espèce sont passés aux aveux, en reconnaissant avoir présenté des diplômes apocryphes, ou des attestations que les établissements qui sont censés les avoir délivrées, ne reconnaissent pas.

Ces révélations sont évidemment inquiétantes et font même froid dans le dos, mais elles ont le mérite de constituer un indicateur fiable de l'inefficacité et de l'incompétence de bon nombre de nos agents publics. Il se peut

malheureusement que ces cas décelés ne soient que la partie visible de l'iceberg, d'autant que beaucoup de faux diplômes sont aujourd'hui en vente libre, et que dans certains pays partenaires du Burkina, une semaine « de cours intensifs » suffit pour obtenir un diplôme de doctorat qui nécessite normalement huit ans d'études acharnées.

Quoi donc de plus normal que le gouvernement décide de secouer le cocotier, afin de restaurer la culture du mérite, de garantir la qualité des services offerts au public par les agents de l'Etat et de mettre les détenteurs de faux diplômes et les faussaires hors d'état de nuire à la société.

Si cette décision est motivée par un souci de bonne gouvernance et de donner à l'Administration les moyens de sa performance, alors, elle sera nécessaire et populaire.

Mais si elle s'inscrit dans un processus politique de règlements de comptes ou de chasse aux sorcières, elle sera perçue comme cette hyène qui accuse son petit de sentir la chèvre, tout simplement parce qu'elle veut le dévorer.

Il va falloir donc aller jusqu'au bout, en dénouant toute la chaîne, c'est-à-dire en authentifiant les diplômes des agents publics, du moins gradé au plus capé.

Ce sera sans doute un travail de longue haleine, et au regard du timing, du contexte et de l'ampleur de la tâche, on peut se poser les questions de savoir pourquoi maintenant, quelle sera la période de référence et s'il n'y a pas de groupes particulièrement ciblés.

Il est probable que l'opération débute avec des départements ministériels ultra sensibles qui seraient de véritables quartiers généraux des vrais-faux diplômés, mais là encore, on ne peut s'empêcher de se demander si ce toilettage des effectifs, quoique salvateur, ne va pas faire flop, si les détenteurs des diplômes frauduleux sont aussi parmi les gourous de la République, les affidés ou les inconditionnels du parti au pouvoir.

Le bon sens, la justice et l'équité voudraient que la rigueur de la loi s'applique à tous sans acrimonie mais aussi sans discrimination, et qu'il n'y ait donc pas de sanction à la tête du client ou à géométrie variable ; mais si l'opération bute contre les résistances des puissants du moment ou contre leurs manœuvres rédhibitoires, elle sera fatalement considérée comme une simple poudre de perlimpinpin que des dirigeants en manque d'inspiration et en panne de stratégie ont jetée aux yeux du peuple pour l'empêcher de voir clair dans la gestion difficile pour ne pas dire chaotique des affaires de l'Etat, à moins de deux ans de l'élection présidentielle qui sera, à ce qu'on dit, l'une des plus ouvertes de l'histoire de notre pays.

On espère qu'on ne va pas perdre du temps, de l'argent et de l'énergie juste pour des effets d'annonce ou plutôt pour une annonce sans effet.

A l'heure du bilan, les initiateurs de l'opération devront convaincre les plus dubitatifs que le jeu en valait vraiment la chandelle, en dressant la liste des fonctionnaires qui ont pris le risque d'enjoliver certaines lignes de leur curriculum vitae, et en rendant publiques les sanctions qui leur seront appliquées, des sanctions qui, on espère bien, seront à la hauteur de l'imprudence et de la malhonnêteté des éventuels fautifs.

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