Algérie: Un des « trois B » effacé

Les manifestants algériens ont fini donc par dégommer un des « trois B », symboliques à leurs yeux de l'ordre ancien qu'ils veulent balayer.

Depuis l'abdication du président Abdelaziz Bouteflika, leur présence au sommet de l'Etat cristallise la colère du peuple insurgé. Il s'agit du président par intérim, Abdelkader Bensalah, du Premier ministre, Nourredine Bedoui, et du désormais ex-président du Conseil constitutionnel, Tayeb Belaiz, surnommés les « trois B » ou le « triangle des Bermudes ».

Trois personnalités politiques qui, malgré la démission forcée de leur mentor, ont pris le train de la Transition en marche, tels des passagers clandestins. Mais c'était compter sans la détermination de la rue à les en empêcher, considérés qu'ils sont comme collectivement responsables de la situation dans laquelle se trouve le pays.

Le Sage Tayeb Belaiz a fini par rendre le tablier, pour ne pas dire la toge, par une lettre de démission rendue publique hier, mardi 16 avril 2019.

Qu'est-ce qui peut expliquer le départ de celui que le général Gaïd Salah, vice-ministre de la Défense et chef d'état-major général, avait sommé de mettre en branle l'article 102 de la Constitution sur l'empêchement du grabataire de la Zéralda, mais qui s'était bien gardé de donner suite à cette injonction jusqu'à l'abdication de Boutef ?

Est-il parti de son propre chef, fatigué de la pression des manifestants qui n'avaient cessé de le vouer aux gémonies, lui comme tant d'autres ? A-t-il plutôt été poussé vers la sortie par une main invisible ? Si oui, laquelle ?

En tous les cas, avec cette nouvelle donne, les deux autres « B » ont du souci à se faire, assis qu'ils sont eux aussi sur un fauteuil éjectable dont le bouton est entre les mains du peuple insurgé. A moins qu'il ne soit entre celles de Gaïd Salah, véritable maître de ce jeu et qui sacrifie, les uns après les autres, les pions qu'il juge inutiles et encombrants.

Il en fut ainsi de l'ex-locataire du palais Al-Mouradia, et il pourrait en avoir été de même du cas Belaiz.

Ce dernier avait d'ailleurs à peine démissionné que le généralissime était parti à la chasse, à la faveur d'une de ses nombreuses sorties à l'intérieur du pays, comme hier à Ouarga (4e région militaire), où il s'est fendu d'une de ces déclarations opportunistes dont il est coutumier.

Cette fois-ci, c'est un haut gradé de l'armée qui se trouve être dans la ligne de mire du redoutable vice-ministre de la Défense. En l'occurrence le général à la retraite Mohamed Médiène, dit Toufik, celui qui fut pendant 25 ans le patron des services de renseignement algériens, accusé d'avoir participé à des réunions secrètes pour « conspirer autour des revendications du peuple et d'entraver les solutions de l'armée nationale populaire et les sorties de crises ».

Un dernier avertissement, de l'avis de Gaïd Salah lui-même, qui le 30 mars dernier l'avait déjà incriminé sans citer nommément celui qui désormais est dans son viseur.

Plus que jamais, la guerre d'influence pour le contrôle de l'Algérie « post-bouteflikienne » fait rage et, à l'évidence, c'est le tout-puissant chef d'état-major de l'armée qui a le doigt sur la gâchette et tient tout ce petit monde en joue.

Qui en sera la prochaine victime ?

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Plus de: L'Observateur Paalga

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