17 Avril 2019

Madagascar: Présidentielle - Opacité dans le financement des campagnes électorales

À Madagascar, difficile d'y voir clair dans le financement des campagnes électorales des 36 candidats à la présidentielle. Si un mois avant l'élection du 7 novembre dernier les autorités malgaches et les bailleurs de fonds internationaux s'étaient félicités de la mise en place d'une commission de contrôle du financement de la vie politique pour apporter plus de transparence dans les dépenses des campagnes, l'objectif est loin d'être atteint et c'est plutôt l'opacité la grande gagnante.

La moitié des 36 candidats à la présidentielle n'a pas déposé son compte de campagne auprès de cette commission pour qu'elle puisse vérifier leurs dépenses et leurs sources de financement. Parmi eux, l'ancien chef de l'État Marc Ravalomanana (arrivé au 2d tour de la présidentielle).

« Ça veut dire que même au plus haut sommet de l'État, il y a une réticence à respecter scrupuleusement ses engagements et les dispositions de la loi, analyse Rado Milijaona, président de la commission de contrôle du financement de la vie politique. Mais la loi ne prévoit pas de sanction pour ceux qui n'ont pas transmis leur compte de campagne. Il y a sanction si dans les comptes que l'on nous a déposés, on constate qu'il y a eu du blanchiment d'argent ou une autre infraction financière. La sanction à disposition de notre commission c'est de rapporter au niveau de l'opinion publique et de la population ce que nous avons constaté, mais ce n'est pas du tout suffisant. Il faudrait aller plus loin. Par exemple, un candidat qui s'est engagé à transmettre un compte et qui ne l'a pas fait pourrait ne plus être éligible à d'autres mandats électifs. »

Des financements russes

L'actuel chef de l'État Andry Rajoelina l'a transmis quelques jours avant la date limite de dépôt. La commission compte bien aussi se pencher sur les candidats qui ont bénéficié de financements d'hommes d'affaires russes proches du Kremlin, comme l'a révélé une enquête de la BBC la semaine dernière. L'ancien Premier ministre Omer Beriziky et le pasteur Mailhol en font partie.

« La loi n'interdit pas le financement par des personnes étrangères, mais elle interdit le financement des campagnes par des États étrangers ou des sociétés nationales à participation publique, poursuit Rado Milijaona. On va d'abord aller vers les trésoriers de ces candidats et les candidats eux-mêmes parce que certains ont donné le montant qu'ils ont obtenu (des Russes, NDLR). Nous avions exigé que tous les candidats ouvrent un compte bancaire pour qu'on puisse tracer les flux financiers et nous avons constaté cette réticence des candidats à ouvrir ce compte bancaire dédié à leur campagne. La majorité a refusé de le faire donc ils ont manié de l'espèce. Tous les candidats ont versé leur caution de 50 millions d'ariary (12 500 euros) en espèces. »

L'enquête n'a pas permis de démontrer que le chef de l'État a été financé par ces hommes d'affaires russes étroitement liés au Kremlin. Mais le pasteur Mailhol et la directrice de campagne d'Omer Beriziky affirment que ces derniers ont aussi soutenu Andry Rajoelina pendant la campagne électorale.

En plus de vérifier les comptes des candidats à la présidentielle, cette commission a aussi la tâche de contrôler les comptes de campagne des 802 candidats à l'élection législative du 27 mai et des candidats aux élections communales qui doivent alors lieu cette année. Une tâche immense pour un budget de fonctionnement très faible : 250 millions d'ariary, soit 62 000 euros, pour l'année.

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