16 Avril 2019

Burkina Faso: Intelligence africaine de la foi - Passion noire, passion du Christ

Les intellectuels et poètes noirs comme WEB Du Bois et Countee Cullen n'ont pas hésité à mettre en relation la crucifixion du Christ et le lynchage des Noirs. Dans son poème « Le Christ noir », écrit en 1929, Countee Cullen pousse jusqu'au bout la ressemblance entre le Christ crucifié et le Nègre lynché.

Avant son poème sur « Le Christ noir », Countee Cullen avait publié un sonnet sur le « Christ crucifié » (1922). Pour lui, la passion du Christ se répète chaque jour dans le sud des Etats-Unis esclavagiste : « Le Sud recrucifie encore le Christ selon toutes ses lois coutumières d'autrefois ; les cris impudiques de 'Sauve-toi' et 'Sot' retentissent à ses oreilles, les épines cherchent sa tête, et en mordant font surgir des ruisselets qui tachent de rouge sombre la robe écarlate et criarde dont on l'affuble ; et pour calmer sa soif on lui tend un vin aigre de souffrances nouvelles ».

Plus tard encore, Countee Cullen va discerner dans la victime noire la présence et la permanence du Crucifié du Golgotha. De fait, le sacrifice du peuple noir ressemble étrangement à celui du Calvaire.

Dans « Le Christ noir », poème dont nous avons déjà parlé, Countee Cullen identifie même la mort-résurrection du Christ et la vie douloureuse du Noir américain : « Comment le Calvaire en Palestine s'étendant jusqu'à moi n'était que la première feuille dans une rangée d'arbres auxquels se balancerait un homme, monde sans fin, dans la souffrance, pour la guérison de tous les hommes, laissez-moi chanter ».

Bruno Chenu rapporte même que Cullen chante l'histoire d'un jeune Noir du nom de Jim. Jim se serait révolté contre Dieu devant l'injustice régnante, en dépit de la foi exemplaire de sa mère. Un beau jour, Jim se promène avec une jeune fille blanche dont il est tombé amoureux. Il est alors surpris par un homme blanc.

Les deux hommes en viennent aux mains et Jim tue son adversaire. Selon la loi du Sud, ayant enfreint le tabou racial, il est lynché. Mais peu de temps après sa mort, Jim se montre ressuscité dans la gloire de Dieu. Cullen identifie alors le sacrifice de Jim à celui de Jésus. La passion noire devient la passion du Christ.

De fait, bien avant son lynchage, Jim l'avait déjà pressenti et annoncé à son entourage. Ceux qui étaient venus l'arrêter étaient armés de gourdins et portaient des torches. Leurs cris de « Lynchez-le » ressemblaient au « Crucifiez-le » de l'Evangile. Jim n'est pas le Christ, mais renvoie au Christ.

Son calvaire est le signe d'un autre calvaire. Langston Hughes prolongera la méditation de Cullen en assimilant le chemin de croix du Christ à la longue marche des Noirs américains dans son poème « Le Christ en Alabama ».

Dans un autre poème, Hughes critique les Eglises blanches qui célèbrent plus la race que la religion : « Ce serait vraiment ennuyeux si le Christ revenait, et qu'il fût tout noir.

Il y a tant d'églises où il ne pourrait pas prier aux Etats-Unis, où l'accès des Noirs si saints soient-ils, est interdit. Où l'on célèbre non pas la religion mais la race. Essayez donc de le dire. Et vous serez peut-être crucifié ».

Enfin, dans « Les prières de Dieu », Du Bois lui aussi fait le lien entre crucifixion et lynchage. Paraphrasant Mathieu 25, il affirmera que « chaque fois que vous avez lynché un des plus petits de ces 'nègres', c'est moi que vous avez lynché ». Pour Bruno Chenu, « le Nazaréen a souffert dans sa chair, comme eux (les esclaves), la condition de banni et d'exclu .

La Passion du Christ est aussi celle de l'esclave ». Comment conclure ce texte sinon en empruntant les mots de Bruno Chenu : Qu'ils accusent le Christ ou l'identifient à l'homme lynché, les poètes noirs posent par le biais de leur art l'unique question du rapport de Dieu et de la souffrance. Comment penser ensemble un Dieu bon et une oppression séculaire ? Comment confesser un certain sens de l'histoire quand il est constamment nié ? »

Le philosophe existentialiste noir William R. Jones est même allé jusqu'à se poser la question suivante : « Dieu n'est-il pas un raciste blanc ? » Avec cette question, nous voici interpellés à renouveler notre théologie du salut, de l'histoire et de la mort-résurrection du Christ.

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