Guinée: Me Kabélé Camara du RGD appelle le peuple à barrer la route à un coup d'État constitutionnel

interview

Le président du parti de Rassemblement Guinéen pour le Développement (RGD), Me. Abdoul Kabélé Camara a accordé une interview exclusive à notre rédaction au cours de laquelle il a démontré sa détermination à s'opposer contre toute tentative de modification de la constitution guinéenne et du projet de troisième mandat.

A cette occasion, l'ancien ministre de la sécurité et de la protection civile s'est prononcé sur la situation sociopolitique, la particularité de son parti, la naissance du Front National pour la Défense de la Constitution et tant d'autres sujets brûlants du pays.

Lisez !

 Vous êtes le président du parti RGD, quelle lecture faite-vous de la situation sociopolitique du pays ?

La situation par rapport à ce qui se passe dans notre pays, le constat est identique. On ne fait que se répéter, la situation est alarmante.

Nous vivons ces deux jours un début de grève dans le système éducatif. Les enfants étaient dans la rue le mardi, tout simplement parce que les accords n'ont pas été respectés.

Ce qui est dramatique et c'est pour cette raison que le RGD a placé comme premier point de ses objectifs à atteindre le respect des lois et des règlements.

Tout cela, parce que les lois et les règlements ne sont pas respectés dans notre pays. C'est ce qui fait que personne n'écoute personne, chacun fait ce qu'il veut.

Vous savez bien que la situation sociopolitique n'est pas reluisante et puis l'idée d'un troisième mandat est en train de faire son chemin et le peuple est de plus en plus révolté contre une telle tentative.

La tentative de la modification de la constitution quel que soit la forme ou la procédure utilisée, le peuple de Guinée est opposé à un troisième mandat et à une manipulation de la constitution.

Après avoir servi longtemps le chef de l'Etat, aujourd'hui vous-êtes contre certaines de ses idées politiques, dites-nous pourquoi c'est maintenant vous manifestez cela, ou bien c'est parce qu'en politique comme on le dit souvent, chacun cherche à défendre son intérêt, donc tous les coups sont permis, est-ce que c'est le même cas chez-vous ?

Non, ce n'est pas parce que j'ai travaillé dans un gouvernement que je ne dois pas avoir des idées divergentes. Ce n'est pas possible. Alors, il peut y avoir pluralité d'opinions.

On peut même être dans le même gouvernement, si vous n'êtes pas d'accord, vous n'êtes dans d'accord, puisse que vous n'êtes pas celui-là qui décide .

Alors vos idées peuvent à ne pas passer mais il faut sortir maintenant de ce débat-là, vous avez travaillé dans un gouvernement maintenant vous exercez des activités politiques, alors je rétorques toujours que l'exercice des activités politiques est un droit reconnu à tout citoyen, que vous soyez ancien membre du gouvernement ou pas, c'est un droit qui est reconnu par la constitution.

Donc, hier j'étais dans un gouvernement, j'ai servi mon pays loyalement et aujourd'hui j'exerce des activités politiques dans un parti politique que je dirige désormais. Ma vision peut ne pas être celle du gouvernement.

Pouvez-vous nous dire en quelques mots, votre motivation de créer votre propre parti dans le but d'être président de la République un jour ?

D'abord le parti que je dirige est un parti qui a été créé depuis le 14 avril 1992, agréé depuis cette date.

C'est un ancien parti politique. C'est sont les fondateurs de ce parti qui m'ont fait appel pour assurer le leadership du parti, comme président et comme futur candidat aux élections présidentielles.

La motivation, mais c'est une ambition noble pour mon pays. Pour ce pays qui a tant souffert. Nous voulons proposer un nouveau pacte social aux guinéens qui va nous permettre d'atteindre des objectifs majeurs, la transformation positive des mentalités et des comportements.

Quelle est la particularité que la population guinéenne peut s'attendre de votre parti RGD ?

La particularité, c'est que nous allons combattre le communautarisme en premier lieu. Deuxièmement, nous allons travailler pour le respect des lois et des règlements. Le communautarisme a gangrené la vie sociopolitique de notre pays.

Le communautarisme peut entraîner l'instabilité et quand il y a instabilité, il n'y a pas de développement. Il ne faut même pas espérer à aller vers l'émergence.

Deuxièmement, les lois et les règlements ne sont pas respectés dans ce pays, ce qui est dramatique. On passe des accords qui ne sont pas respectés.

Dans quelques temps, c'est prévu que la CENI guinéenne organise les élections législatives avant les présidentielles de 2010, parlez-nous de la position de votre parti, est ce que vous serez en mesure de participer à tous ces deux événements politiques majeurs ?

Nous l'espérons et c'est notre souhait. Nous travaillons pour cela et nous allons déployer tous les moyens nécessaires pour atteindre cet objectif-là.

Actuellement, des salives ne cessent de couler pour cette question de troisième mandat, on vous a vu lancer le coup d'envoi auprès des leaders de l'opposition et des forces sociales. Cela a abouti à la création du Front National pour la Défense de la Constitution (FNDC), pour contrer ce projet. Etes-vous sûr que FNDC réussira à atteindre ses objectifs ?

Mais, pourquoi les gens doutent de la réussite du Front National pour la Défense de la Constitution ? FNDC a été créé par des leaders politiques guinéens avisés, responsables. Ils n'ont pas pris la décision comme ça à la légère.

C'est face à une situation dramatique que la Guinée pourrait connaitre et nous essayons d'appeler les concitoyens à la vigilance pour barrer la route à un coup d'Etat constitutionnel, à la manipulation de la constitution, à des fins personnels.

Le FNDC ne reculera pas. Ceux qui pensent que c'est un feu de paille se trompent et d'ailleurs, le message qu'ils véhiculent, c'est un message de plaisantin. Vous pensez qu'à notre âge, à notre position sociale et respective, on peut se lancer dans un projet comme ça à la légère, alors, ils se trompent.

Ils sont en train de dormir débout. Ils seront réveillés brutalement. Le Front sera-là pour barrer la route au troisième mandat avec le peuple de Guinée qui dit non à la manipulation de la constitution.

En tant qu'un homme politique, je pense que vous êtes informé de ça, la semaine passée, il y a le premier Ministre qui est passé au siège du parti au pouvoir, le RPG où il a dit que ce Front n'ira nulle part, que dites-vous à cela ?

Il joue son rôle. C'est un acteur de la vie sociopolitique. Ce qu'il dit ne me surprend pas. Autre fois quand il était du côté de l'opposition, il disait pire.

Ses phrases fracassantes, retentissantes, raisonnent encore dans les oreilles des guinéens. Alors, il n'a pas de leçon à ne donner à personne. Il a déjà commis trop d'erreurs de parcours et de fautes de parcours, alors qu'il essaye un peu de se calmer.

Quant au front, il poursuivra son chemin. C'est sont des patriotes qui ont décidé de se constituer en front et ils sont nombreux, ils constituent la majorité, ils vont barrer la route au troisième mandat.

Depuis quelques jours, ça se dit un peu partout que vous êtes de ceux-là qui ont rédigé la constitution de 2001 qui favorisé le Koudeime, en votre qualité d'ancien avocat du PUP, quel est votre part de vérité ?

Mais c'est des mensonges, c'est erroné, c'est faut, c'est diffamatoire. C'était à dessein pour dire oui, c'est sont ceux-là qui ont prôné le renouvellement de mandat ici. Donc, ils n'ont de leçon à donner à personne mais c'est sont des histoires, c'est sont des gens très mal intentionnés.

C'est tout simplement pour discréditer le Front National pour la Défense de la Constitution. Moi je n'ai jamais fait partie de cette commission de rédaction.

Je ne connais même pas ceux-là qui ont rédigé à l'époque cette partie de la constitution et j'y étais radicalement opposé. Je n'aime pas la manipulation de la constitution à des fins personnelles.

Et puis ceux-là qui parlent, n'étaient-ils pas dans le gouvernement à l'époque de général Lansana Conté. Ibrahima Kassory Fofana n'était-il pas membre du gouvernement à l'époque ? Kiridi Bangoura, la même chose et tant d'autres.

Mais c'est eux qui étaient à la base de cela et qui veulent répéter le même coup maintenant. C'est sont les mêmes acteurs qui se retrouvent autour de l'actuel président pour accomplir la sale besoin.

Je n'ai jamais fait partie et j'y étais opposé. Moi je suis un légaliste. A l'époque d'ailleurs, j'étais bâtonnier de l'ordre des avocats.

Pouvez-vous fournir des preuves sur ce que vous dites si on vous le demandait ?

C'est celui qui m'accuse qui doit fournir des preuves. Moi je vous dis non. Et puis si ces projets-là étaient soumis, le vote est secret.

Et puisse que le vote est secret moi je vous dis ici toute suite que j'y étais opposé comme je le serai toujours à une manipulation de la constitution. C'est tout simplement une tentative de discrédit.

Donc, vous voulez dire que vous n'avez pas fait campagne pour cette constitution rédigée en 2001 ?

Non, jamais. Je n'ai jamais fait campagne. Je n'ai jamais écrit. Ceux qui pensent que j'étais l'avocat du PUP et que donc, je suis un des auteurs de la modification de la constitution sous le régime de Lansana Conté se trompent. Ce ne sont que des discrédits.

Les députés profitent de la prorogation de leur mandat par le chef de l'Etat pour continuer à siéger à l'assemblée nationale malgré la fin de leur mandat, qu'en dites-vous ?

Je suis contre la procédure. Bien même que l'article 30 de la loi organique permet au président de la République de consulter la cour constitutionnelle à ce propos, je suis contre parce que gouverner c'est prévoir. Pourquoi attendre la fin d'un mandat pour se rendre compte qu'aucune disposition n'est prise.

L'Etat a l'obligation d'assurer la continuité des services publiques et des institutions, d'assurer le bon fonctionnement des institutions et c'est ça le rôle dévolu à la présidence de la République. On ne doit pas attendre qu'un mandat soit terminé pour se dire, il faut proroger.

Depuis combien d'années, on ne fait que ça. Et puis de toutes les façons, ce n'est pas parce que votre ami a volé quelque chose que vous aussi, vous devez être tenté de voler ou parce que votre voisin a tué que vous aussi vous devez tuer sans problème. Non, c'est ce qu'on appelle des inepties juridiques qui ne répondent à aucune objectivité.

J'estime que la constitution guinéenne de 2010 a été bien rédigée par des gens qui étaient habilités et qui en avaient la légitimité. Il faut dire bravo au CNT qui a permis à bon nombre d'acteurs de se présenter ils auraient pu prévoir la limite d'âge. Mais un grand combat a été mené à l'époque pour faire sauter la limite d'âge pour permettre à tout le monde de se présenter.

Alors retenez que Maitre Kabélé n'a jamais fait partir du comité de rédaction de la constitution avant 2010. C'est fait pour des desseins inavoués politiques politiciens.

Donc, M. le président du parti RGD, vous voulez dire ici que les députés ne doivent pas continuer à siéger ?

Bon moi je ne suis pas adepte de la politique de la chaise vide. J'ai encouragé les députés à siéger pour surveiller la mouvance présidentielle. Pour barrer la route à toute tentative de manipulation des textes à l'assemblée nationale.

Parce que maintenant dès lors que la cour constitutionnelle a confirmé, moi je suis respectueux des décisions des magistrats ou de la cour constitutionnelle ou en tout cas des membres de ceux-là qui composent la cour constitutionnelle.

Qu'elle soit tordue ou pas, de toutes les façons, c'est une décision qui a été rendue. Je suis respectueux de ça.

Alors si on pratique de la politique de la chaise vide, c'est un boulevard qui va être offert à ses quelques députés de la mouvance qui n'ont rien compris et qui vont se permettre de faire ce qu'ils veulent. C'est pourquoi l'opposition doit être-là pour les tacler comme de défenseur de football.

Quel est votre mot de la fin pour clôturer notre interview ?

Le mot de la fin, levons nous tous guinéennes et guinéens pour barrer la route à toute tentative de modification de la constitution. Barrons la route au troisième mandat. Le Front sera-là pour travailler dans ce sens-là.

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