17 Avril 2019

Soudan: Incarcération du président soudanais déchu - Grande diversion destinée à calmer la rue ?

Il n'y a pas loin du Capitole à la roche Tarpéienne (Arx Tarpeia Capitoli proxima). Derrière les barreaux depuis hier, le président déchu soudanais doit sans doute à présent méditer cet aphorisme datant de l'ère romaine. On peut, en effet, rapidement passer des honneurs à la déchéance, de la célébrité à la chute*.

Quelle chute aussi brutale que vertigineuse, que celle de l'ancien raïs soudanais ! Les tuiles qui continuent de lui tomber sur son crâne dégarni de roi déchu et nu, risquent de l'abattre davantage. Il faut dire que les événements ont évolué à un rythme inouï au Soudan !

Hier seulement placé en résidence surveillée, le voilà à présent contraint de subir les rigueurs de la prison et, ce faisant, d'abandonner ses grands boubous amidonnés, pour enfiler le costume du déshonneur. Quelle triste et pitoyable fin !

Mais qui pourrait plaindre cet homme aux mains dégoulinantes de sang, qui aura régné sans partage sur son pays trois décennies durant ? C'est, hélas, le sort généralement réservé aux satrapes.

Et c'est pourquoi tous autant qu'ils sont, toujours agrippés à leur trône comme l'huître à son rocher, qui s'imaginent que le pire n'arrive qu'aux autres, devraient se résoudre enfin à se ranger du « bon côté de l'Histoire ».

Faure Gnassingbé du Togo, Idriss Déby Itno du Tchad, Paul Biya du Cameroun, Denis Sassou N'Guesso de la République du Congo, Obiang N'Guema de la Guinée Equatoriale et on en oublie, seraient bien inspirés de prendre conscience que ce n'est pas en se fossilisant au pouvoir tout en repoussant à la Saint-Glinglin l'alternance au sommet de l'Etat, qu'ils se prémuniront contre toute morsure venimeuse de l'Histoire.

Evidemment, tous ces assoiffés de pouvoir peuvent croire que les lames de fond contestataires qui ont récemment emporté leurs homologues algérien et soudanais, parce qu'elles ont déferlé à mille lieues de chez eux, ne les concernent nullement.

On peut se demander maintenant si l'on s'achemine vers un procès

Mais c'est perdre de vue que les peuples africains d'aujourd'hui constitués en majorité de jeunes, partagent et font les mêmes rêves, notamment ceux de liberté et de démocratie.

Certes, ces princes régnants rétifs à toute idée d'alternance, peuvent continuer d'éprouver un sentiment de toute-puissance, en bunkerisant leur pouvoir et en s'assurant d'avoir mis à leur disposition tous les moyens de dissuasion et de répression possibles pour faire échec à toute velléité populaire de faire tomber leur régime.

Mais, en vérité, rien de tous ces moyens ne garantit la tranquillité. Et les récents exemples sont là pour montrer qu'un rien peut suffire à causer la perte d'un pouvoir vomi.

Assurément, le seul moyen pour un chef d'Etat de n'éprouver aucune peur du lendemain, le seul antidote, c'est de suivre la voie tracée par tous ces chefs d'Etat démocrates dans l'âme, qui ont réalisé à quel point l'alternance au sommet de l'Etat était essentielle pour toute Nation et ont par conséquent passé la main de bon gré.

Cela dit et pour revenir au cas soudanais, on peut se poser la question suivante : comment les choses ont-elles pu évoluer aussi vite pour que de sa résidence surveillée, Omar el-Béchir se retrouve subitement derrière les grilles d'une prison de triste réputation ?

Une question qui taraude d'autant plus l'esprit que très récemment, l'Armée soudanaise qui s'est accaparé du pouvoir, avait donné l'impression de s'être imposée une limite à ne pas franchir et un minimum de décence : ne pas livrer à la CPI, un compagnon d'hier qui, après tout, aura été son chef.

Bref, on avait vite cru que ce que l'ancien parachutiste devenu, par effraction, président en 1989, avait perdu à l'issue de son long bras de fer avec son peuple, se résumait juste à son éviction du fauteuil présidentiel.

Erreur : car en plus d'avoir été contraint de lâcher son trône, il se voit à présent confisquer sa liberté et qui sait ce qu'il aura à endurer encore comme épreuves !

Doit-il son incarcération à des propos qu'il pourrait avoir tenus en privé, et qui auraient fâché la junte militaire au pouvoir ? Ou cet emprisonnement procède-t-il d'une grande diversion de l'Armée destinée à calmer la rue toujours gonflée à bloc et déterminée à balayer le système ?

On peut, par ailleurs, se demander, maintenant que le vieux lion est édenté et sans crinière en cage, si l'on s'achemine vers un procès, comme le réclame du reste une bonne partie du peuple soudanais. Et dans un tel scénario, que risquerait l'Armée si le wanted de la CPI venait à faire le grand déballage ?

En tous les cas, un jugement de Omar el-Béchir, au-delà de sa valeur pédagogique, serait un moindre mal pour le Soudan qui a soif de réponses face aux nombreuses questions qu'il se pose, toutes liées aux innombrables crimes de sang qui ont caractérisé les trente années de règne el-Béchir.

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