Afrique du Nord: Migrants - A Palerme, deux agents du NISS témoignent contre l'Erythréen Medhanie

En Italie, à Palerme plus précisément, deux agents des services de renseignement soudanais ont témoigné mercredi 17 avril dans le procès intenté à un Érythréen accusé d'être le chef d'un réseau de trafiquants de migrants, responsable notamment d'un naufrage meurtrier en octobre 2013, au large de l'île de Lampedusa.

RFI a déjà évoqué l'affaire : un jeune homme a été arrêté en juin 2016 à Khartoum et transféré aussitôt en Sicile, dans le cadre d'une enquête internationale, impliquant l'Italie, le Royaume-Uni, la Suède et le Soudan. Mais de sérieux doutes se sont très vite fait jour après son arrestation sur sa véritable identité.

De nombreux éléments indiquent en effet que Medhanie Tesfamariam Berhe n'est pas l'homme recherché, mais un réfugié ordinaire confondu avec Medhanie Mered Yedehgo, le vrai chef du réseau. Or les procureurs en charge de l'affaire ont obtenu de la cour que les hommes qui l'ont arrêté témoignent contre lui, malgré les protestations de l'avocat du prévenu et d'Amnesty International.

Le premier se fait appeler le « colonel Ibrahim ». En costume civil, sans cravate, il répond poliment à la cour. L'autre, c'est son adjoint. Lui est plus fuyant. Il refuse d'abord d'admettre travailler pour le NISS, le redoutable service de renseignement soudanais, tout-puissant sous le règne d'Omar el-Béchir, avant de finalement reconnaître l'évidence.

Ces deux hommes étaient appelés à la barre par les procureurs de Palerme. Seuls témoins à charge depuis le début du procès voici deux ans, on attendait qu'ils confirment l'identité du prévenu, toujours silencieux dans son box, et le sérieux de leur enquête. Mais selon l'avocat de l'accusé, ce qui devait être accablant pour son client s'est révélé désastreux pour l'accusation.

Car le prévenu a, du coup, eu l'occasion de raconter son arrestation. Les coups reçus en détention, le vol de son argent de poche, la destruction par les agents du NISS de ses papiers d'identité. Devant la cour, les deux hommes ont nié. Mais ils ont aussi raconté comment ils avaient organisé l'arrestation. Un travail préparatoire sommaire, basé seulement sur une photo envoyée par les renseignements britanniques, et quelques jours de recherche.

Interrogé sur sa certitude sur l'identité de l'homme qu'ils allaient arrêter, le colonel Ibrahim a répondu simplement : « C'était le même prénom ».

C'est très inquiétant pour nous de voir que deux membres des services de sécurité, clairement impliqués dans des violations sérieuses des droits de l'homme, sont appelés à témoigner. C'est leur service qui a arrêté Medhanie, qui l'a probablement torturé, qui l'a maintenu en détention sans lui fournir l'accès à un avocat.

Notre position consiste à dire que leur témoignage n'est pas recevable devant un tribunal. Mais au fond, j'ai le sentiment que les procureurs avaient besoin de désigner un responsable pour le naufrage de 2013. Et d'ailleurs, ce procès obéit surtout à une volonté des autorités de maintenir de bonnes relations avec le Soudan, dans le cadre de la lutte contre l'immigration clandestine.

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