18 Avril 2019

Maroc: Les prévisions de la production annuelle de céréales sont en deçà des attentes

Statu quo pour le consommateur et calvaire pour les agriculteurs et autres éleveurs de bétail

Dans la sphère agricole marocaine, il y a deux constats qui ne sont plus un secret pour personne. D'une part, la saison 2018-2019 connaîtra sans aucun doute un niveau de pluviométrie bien en deçà des attentes et des espérances. Et de l'autre, ce constat plus que probable impactera forcément et négativement la production annuelle de céréales. Mais pas que. Par un effet domino, les éleveurs de bétail le seront également.

A l'échelle nationale, la production annuelle de céréales devrait atteindre 40 à 50 millions de quintaux. Soit moitié moins que l'année précédente (100 millions de quintaux). Cela dit, si cette prévision a de quoi inquiéter, elle n'aura en fait, quasiment, aucun impact sur le consommateur final, contrairement aux agriculteurs et autres éleveurs de bétail.

Les céréales, à savoir, entre autres, le blé, le riz et secondairement le maïs, sont consommés par les Marocains, comme partout ailleurs dans le monde, pour s'alimenter et préparer du pain notamment. Et comme l'Etat marocain fixe le prix et subventionne le pain via la Caisse de compensation, le prix de la baguette ne risque pas d'augmenter.

Limiter les dégâts

Si vous jetez un coup d'œil vers le ciel en lisant ces lignes, vous saurez si Abdessamad est heureux ou non. Propriétaire d'une parcelle de terre de neuf hectares, à flanc de montagne, dans la commune rurale d'Isekssi, située à environ 30 km de Béni Mellal et perchée à 1300 m d'altitude, cet agriculteur indique en maniant l'euphémisme que «l'impact du niveau de pluviométrie bas sera négatif pour tout le monde ». Toutefois, il reconnaît qu'il y a encore un peu d'espoir : «Pour moi, si la pluie tombe demain (aujourd'hui), je serai content. Mais seulement pour une semaine, car je ne vois qu'à court terme. Et du coup, je vais continuer à espérer semaine après semaine. Parce que pour l'instant, on est dans de beaux draps». Et de nuancer :«Même si dans cette région montagneuse, ici à Isseksi ou à Aït Bouguemez, la situation est moins grave qu'ailleurs ».

Il est évident qu'Abdessamad voit le verre à moitié plein, mais en parallèle, il ne nie pas que « mon bonheur sera celui d'un agriculteur qui veut atténuer les pertes. Ma production a déjà baissé de moitié par rapport à l'année dernière. Donc en gros, on espère limiter les dégâts. C'est tout ce qu'il nous reste comme espoir», confesse-t-il, tout en révélant avec désarroi : « Maintenant, nous cherchons les moyens pour atténuer cet impact négatif. Nous avons instauré la rationalisation de l'eau. J'avais justement prévu la sécheresse en mettant en place le goutte-à-goutte. Mais pour cela, j'ai dû liquider mon bétail, afin de réinvestir dans mes terres, notamment en modernisant l'irrigation, via le goutte-à-goutte».

Vendre une part pour sauver la plupart

Ainsi Abdessamad a vendu son bétail pour améliorer son système d'irrigation et ne pas être totalement dépendant des aléas météorologiques. Vendre son bétail, Talaa Ali s'y est également résolu. Ou du moins, en partie. Représentant lors du SIAM de la province de Rehamna, dans la région de Marrakech-Safi, et dont le chef-lieu est Benguerir, Talaa Ali fait partie de ces éleveurs qui n'ont pas eu le choix que de vendre une partie du bétail pour subvenir aux besoins des têtes restantes du cheptel. Et pour cause, les céréales ne fournissent pas seulement la majeure partie (45 %) des calories alimentaires de l'humanité, mais une grande partie de la production mondiale est destinée à l'alimentation des animaux d'élevage : pour les pays développés, 56 % de la consommation de céréales sont destinés à nourrir le bétail, 23% dans les pays en voie de développement. Mondialement, 37% de la production de céréales est destinée à nourrir les animaux d'élevage. Du coup pour lui, c'est clair :« Nous allons évidemment ressentir les répercussions de cette récolte céréalière mitigée. L'année dernière, la nourriture était disponible et à bas prix. Cette année ce ne sera sûrement pas le cas».Et d'ajouter :« Maintenant, nous allons être obligés d'acheter de la nourriture importée. Comme lors des années sèches. Pourtant, on préfère les céréales du pays. Il n'y a pas mieux», avoue-t-il.

Ce patriotisme exacerbé, les semences étant standardisées de la même manière quasiment partout dans le monde, n'a en fin de compte que peu d'importance au regard des sacrifices qu'il aura à faire. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, ce n'est pas parce qu'il va acheter de la nourriture à un coût plus élevé que la différence sera répercutée sur le prix du bétail. «Le prix du bétail aujourd'hui est en baisse par rapport à l'année précédente. On est obligé de vendre quelques têtes à bas prix, les sacrifier, pour pouvoir acheter de la nourriture pour les autres. Et comme il nous faut vendre pour nourrir, on vend à tout prix, même s'il est bas et à perte», conclut-il d'un air résigné, comme plusieurs autres éleveurs et agriculteurs du pays, animés par l'infime espoir que la pluie finira par tomber, même s'il sera déjà trop tard.

Semence locale et semence certifiée

Le SIAM n'est jamais aussi passionnant que lorsqu'on rencontre des professionnels du domaine. En atteste cette rencontre que nous avons eue avec un ingénieur agronome en flânant à travers les pavillons du salon. Une rencontre qui nous a permis de mettre la lumière sur les semences. Vous savez, ces graines choisies pour être semées, arrosées puis récoltées. Que ce soit des céréales ou autres, ce schéma se répète. Mais les semences ont aussi des spécificités. Par exemple, dans le cas des céréales, l'ingénieur agronome nous explique qu'il existe «la semence locale qui se vend sur le marché. L'agriculteur l'achète et effectue ce qu'on appelle une multiplication. Il la plante et replante ce qu'il récolte. La semence récoltée est cette fois-ci vendue. Néanmoins elle manque d'homogénéité et n'est pas de très bonne qualité. C'est une semence de marché». Mais il ne s'arrête pas là. En effet, l'ingénieur agronome nous explique qu'il existe également « la semence certifiée qui est faite de génération. Il y a les générations G0 G1 G2 G3 G4 et R1 R2. Ces deux dernières sont les plus vendues sur le marché», précise-t-il avant de nous exposer son rôle dans ce processus de certification. «Mon travail réside dans l'amélioration génétique des semences. Par exemple, un agriculteur peut apporter des semences qui ne résistent pas à la sécheresse, alors que nous, nous en avons une pourvue de cette particularité. Dans ce cas, nous effectuons un croisement entre les deux variétés. Ainsi, le gène de sécheresse est transféré à la variété de l'agriculteur. C'est ce qu'on appelle la semence certifiée». Ainsi dit par un professionnel, c'est beaucoup plus simple à comprendre.

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