18 Avril 2019

Sénégal: Cannes 2019 - Mati Diop et Ladj Ly aspirent à la Palme d'or

Photo: facebook
Mati Diop réalisatrice franco sénégalaise

Chaque grande chose commence petite... Au Festival de Cannes 2019, deux versions longues de deux courts métrages ont été propulsées sur la liste des films en lice pour la Palme d'or.

Annoncé ce jeudi 18 avril par le délégué général Thierry Frémaux, la Franco-Sénégalaise Mati Diop et le cinéaste français Ladj Ly, né au Mali, se trouvent ainsi en compétition à côté de cinéastes déjà palmés d'or comme Terrence Malick, Ken Loach ou les frères Dardenne.

Entre le 14 et le 25 mai, le Festival de Cannes présentera une 72e édition en or. Pas moins que trois réalisateurs déjà couronnés une ou plusieurs fois de la plus haute distinction du plus important festival de cinéma au monde, reviennent sur la Croisette avec un film en lice pour la Palme d'or. Le réalisateur britannique Ken Loach a trouvé en quelque sorte la bonne formule pour ces retrouvailles : Sorry We Missed You raconte l'histoire d'un couple modeste en mode de survie.

Également déjà deux fois palmés, les frères belges Luc et Jean-Pierre Dardenne ont charmé le délégué général avec un récit filmé sur la genèse de la radicalisation du Jeune Ahmed.

Quant à Terrence Malick, Palme d'or 2011, il foulera le tapis rouge avec A Hidden Life (Une vie cachée).

Et un autre palmé d'or pourrait encore rejoindre la liste de la compétition. Le dernier opus de Quentin Tarantino, Once Upon A Time In Hollywood, se trouve pour l'instant encore en phase de montage.

La surprise Ladj Ly

La France sera représentée en compétition avec quatre films, dont celui de la réalisatrice césarisée Céline Sciamma (Portrait de la jeune fille en feu).

Justine Triet, connue pour son premier long métrage La Bataille de Solférino, sortie en 2013, est en lice avec Sibyl. Arnaud Desplechin revient six ans après sa « cinémathérapie » Jimmy P. en compétition avec Roubaix, une lumière (Oh Mercy!).

Et puis, il y a la surprise de la sélection de Ladj Ly. Né en 1978 au Mali, arrivé en France à l'âge de trois ans, il n'a plus quitté son quartier des Bosquets. Depuis le début de sa carrière de cinéaste, il veut témoigner de la vie en banlieue.

Une vocation. Sans relâche, caméra au poing, il filme ce qui l'entoure. Cela va de la vie de ses amis, dont un tournage avec JR, l'artiste-plasticien célèbre, à Montfermeil, jusqu'aux interventions musclées et bavures des policiers dans son quartier. Et c'est avec ces vidéos « copwatch » qu'il gagne une certaine notoriété.

Celui qui trouve ouvertement le cinéma français trop monochrome et ennuyeux s'engage alors à représenter autrement la réalité : 365 jours à Clichy Montfermeil, 365 jours au Mali, À voix haute, les films s'enchainent, les sujets restent les mêmes. En 2017, son premier court métrage Les Misérables sera nominé aux César.

Et avec la version longue de son court, il réussit aujourd'hui l'entrée en compétition et ainsi dans le Graal des festivals de cinéma. Il fera en sorte qu'après Notre-Dame de Paris, l'autre versant de Victor Hugo, Les Misérables, entrera pleinement dans l'actualité en France, et dans le monde entier.

Atlantique, entre le Sénégal et la France, la traversée de Mati Diop

La Franco-Sénégalaise Mati Diop produira également une version longue d'un film court remarqué. Atlantiques, montré en 2010 au Cinéma du réel, parle de Serigne, jeune homme de 20 ans qui quitte sa famille au Sénégal pour se mesurer aux vagues hautes comme des immeubles.

Souvent qualifiée comme la relève du cinéma sénégalais, Mati Diop est née en 1982 à Paris comme fille du musicien Wasis Diop. « Je viens à la fois d'ici et d'ailleurs, du Sénégal », explique cette nièce du cinéaste sénégalais Djibril Diop Mambety, surnommé le « Godard » de Dakar.

En 2013, elle avait décroché le Grand prix du Festival international du documentaire de Marseille pour Mille Soleils, un documentaire sur Touki Bouki, un long métrage que son oncle avait réalisé en 1973 sur le rêve de quitter le Sénégal pour la France.

Aujourd'hui, en lice pour la Palme d'or au Festival de Cannes avec Atlantique, Mati Diop semble avoir réussi sa traversée et celle de sa famille.

Sur le tapis rouge, elle sera cette année en bonne compagnie pour espérer la Palme d'or qui sera remise par le président du Jury, le réalisateur mexicain Alejandro González Iñárritu. Il n'y aura pas Apichatpong Weerasethakul ni John Cassavets, deux représentants d'un cinéma indépendant que Mati Diop admire, mais pleins d'autres réalisateurs réputés pour leurs visions originales sur le devenir du monde : de l'Américain Jim Jarmusch en passant par l'Espagnol Pedro Almodovar ou le Chinois Diao Yinan jusqu'au Sud-Coréen Bong Joon Ho ou le Palestinien Elia Suleiman.

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