Guinée: Cellou Dalein Diallo - "Nous sommes des opposants-proposants"

interview

Premier ministre de décembre 2004 à avril 2006 et candidat à l'élection présidentielle de 2010 et 2015, le Chef de file de l'opposition guinéenne nous a accordé une interview lors de son passage à Abidjan, invité par la Fondation Mo Ibrahim qui tenait son forum annuel au Sofitel Ivoire en présence de nombreuses personnalités africaines et internationales.

Votre parti a finalement rejoint l'hémicycle

Après plusieurs échanges et réflexions, nous avons estimé qu'il était de notre devoir, vis-à-vis du peuple guinéen, que nous servons sans relâche, de siéger à l'Assemblée nationale. Notre rôle n'est pas de laisser les chaises vides, nous sommes responsables et engagés pour la population.

Et pourtant vous contestez le décret de prolongation du mandat des députés pris par le chef de l'Etat.

La question de siéger à l'Assemblée nationale a beaucoup agité l'opposition depuis la décision du Président de prolonger le mandat des députés alors que la législature était terminée depuis le 13 janvier.

De nouvelles élections devaient se tenir cette année mais jusqu'à ce jour, aucune date de scrutin n'a été proposée. Nous avons donc exprimé notre désaccord avec cette violation manifeste de la Constitution.

Notre combat pour exiger du Gouvernement et de la CENI le respect du calendrier électoral nous a conduit à organiser de nombreuses manifestations pacifiques sauvagement réprimées.

L'amélioration du dispositif juridique et institutionnel des élections se fait au Parlement, il va sans dire que les prochaines élections législatives et présidentielles se préparent aussi à l'Assemblée nationale ; de même que le débat parlementaire relatif à une éventuelle réforme constitutionnelle.

Au regard de ces enjeux vitaux pour la jeune et fragile démocratie guinéenne, nous avons estimé nécessaire de ne pas quitter l'hémicycle et j'ai donc accepté que les 37 députés de l'UFDG continuent de siéger et assurent un contre-pouvoir afin d'empêcher que le Président Alpha Condé ne s'accroche illégalement au pouvoir.

Vous pensez que le pouvoir veut sincèrement modifier la Constitution ?

J'ose croire qu'ils n'oseront pas franchir ce pas ! Mais les signaux sont négatifs et assez clairs avec les vastes campagnes de promotion de troisième mandat en cours, orchestrées par les plus hauts dignitaires du pays, au mépris de notre Constitution qui introduit des dispositions qui limitent la durée et le nombre de mandats à deux de cinq ans chacun. Ces dispositions intangibles ne peuvent faire l'objet de révision.

Une telle entreprise hasardeuse serait de nature à menacer la stabilité politique, économique et sociale et les conséquences pour la sous-région, s'avérer incontrôlables. Voilà pour le volet constitutionnel et juridique... quant à la justification politique, chacun jugera du bilan d'Alpha Condé.

Aujourd'hui la Guinée a besoin de revivre. Les Guinéens sont fatigués de vivre dans la pauvreté, le chômage, le désespoir qui condamnent notre jeunesse à l'exil forcé.

Ils sont frustrés de voir leur pays régresser alors qu'autour de nous, les choses avancent, particulièrement dans un pays comme la Côte d'Ivoire, où les autorités s'attaquent de façon sérieuse au sous-développement.

Pensez-vous que la Guinée et la Côte d'Ivoire devraient avoir ensemble des programmes de développement ?

Absolument. Aujourd'hui la priorité dans les relations internationales est accordée au volet économique.

La Côte d'Ivoire et la Guinée gagneraient beaucoup à intensifier leurs relations. Abidjan a par exemple une expertise en matière de développement agricole qui pourrait bien servir à la Guinée.

Les Guinéens qui aspirent au bien-être et au réconfort, veulent un gouvernement qui se penche réellement sur leurs préoccupations. Un gouvernement qui dispose d'un véritable plan de sortie de la pauvreté.

L'UFDG, votre parti, dispose-t-il d'un tel programme ?

Evidemment. Nous ne faisons pas seulement critiquer le pouvoir. Nous avons des propositions concrètes. Nous sommes des opposants-proposants.

Et les Guinéens qui connaissent ma détermination, mon acharnement au travail et toute la rigueur que j'y mets, font confiance à l'UFDG. J'ai servi mon pays à tous les échelons de l'administration, de simple fonctionnaire au poste de Premier ministre. J'y ai consacré toute ma vie.

Quand on dit unanimement que je suis un homme de dossiers, disposant d'une crédibilité certaine au niveau des instances financières internationales comme le FMI ou la Banque mondiale, cela veut simplement dire que je suis un agent de développement. Et ça, les Guinéens qui aspirent à un meilleur avenir le savent (ça se dit meilleur être ?)

Vous êtes, avant d'être un homme politique, un économiste de renom. Quel regard jetez-vous sur le franc Cfa ?

Le CFA est devenu un instrument d'intégration. De mon point de vue, le CFA joue bien son rôle. C'est une monnaie qui protège le pouvoir d'achat des citoyens concernés puisque la Bceao a une politique monétaire qui vise à protéger le pouvoir d'achat des consommateurs et a une monnaie stable, qui est susceptible d'attirer les investisseurs et de favoriser les anticipations et l'organisation des entreprises.

Je ne pense pas que c'est un handicap, c'est plus un atout. Maintenant, cela ne signifie pas qu'il n'y a pas de réformes à faire. Si le nom gène tant, on peut même changer d'appellation mais pas détruire l'instrument d'intégration.

Je pense qu'il faut aller vers l'intégration. La Guinée a souscrit à beaucoup d'engagements au niveau de la Cedeao pour aller vers une monnaie commune.

Ce que je retiens c'est que les pays de l'Uemoa ont une banque centrale commune, une monnaie commune, un droit des affaires, ce qui est considérable. Ce qui est un atout énorme.

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