Mali: Motion de censure contre le Premier ministre malien - L'assemblée nationale va-t-elle crucifier Boubèye Maïga en ce vendredi saint ?

Photo: lejecom
Soumeylou Boubèye Maïga nouveau premier ministre du Mali

C'est en principe aujourd'hui que sera votée à l'hémicycle malien, la motion de censure déposée mercredi dernier contre le Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga. L'initiative est portée par des députés issus tant de l'opposition que du parti présidentiel. « De quels péchés s'est rendu coupable le chef de l'Exécutif malien pour faire ainsi l'unanimité contre sa personne ? », pourrait-on se demander.

Le dépôt de la censure fait suite à une manifestation monstre organisée le 10 février par le Haut conseil islamique (HCI) dont les leaders entendaient dénoncer la gouvernance désastreuse, la corruption endémique, la propension au vol organisé des deniers publics et la culture du mensonge érigée en système de gouvernance par le pouvoir malien.

Ces griefs sont aussi ceux de l'opposition qui, chose inhabituelle dans le ciel malien, a réussi à rallier à sa cause des députés du parti majoritaire, le RPM, qui reprochent aussi au chef du gouvernement son incompétence face aux crises actuelles qui secouent le pays, en l'occurrence la crise sécuritaire et la crise dans le secteur de l'éducation.

C'est donc à un véritable désaveu du Premier ministre qui apparaît de plus en plus comme le mal aimé de la scène politique malienne, que l'on assiste.

Les représentants du peuple seront galvanisés à voter la motion de censure

Face à la fronde, Soumeylou Boubèye Maïga a, jusque-là, choisi de faire dans la résistance en refusant d'obtempérer aux appels à la démission. Mais l'homme échappera-t-il à la crucifixion en ce vendredi saint ?

A priori, mathématiquement, la motion de défiance contre le haut commis de l'Etat malien, passera comme une lettre à la poste, étant soutenue par plus d'une centaine de députés sur les 147 élus que comporte l'Assemblée nationale malienne.

Les représentants du peuple seront d'autant plus galvanisés à voter cette motion qu'ils peuvent se prévaloir de la légitimité du soutien des associations religieuses qui ne comptent pas pour du beurre dans le pays de l'ancien empereur Kankan Moussa.

Mais faut-il pour autant penser que la messe est dite pour le Premier ministre Boubèye Maïga qui porte tous les traits de l'agneau sacrificiel de Pâques ? Le chef du gouvernement semble toujours bénéficier de la confiance du chef de l'Etat, Ibrahim Boubacar Keïta, qui lui doit en grande partie sa réélection.

Sans nul doute donc que le duo gagnant des élections passées ne se laissera pas conduire comme un agneau à l'abattoir.

Et en pareilles circonstances, des manœuvres politiques où l'argent se le dispute aux promesses mirobolantes de postes, ont dû se dérouler sur les rives du Djoliba, facilitées par le fait que le vote se fera à bulletin secret.

Il ne faudra donc pas s'étonner que lorsque les urnes livreront leur secret, celui-ci soit différent des intentions de vote de départ.

A ces tractations souterraines, il faut ajouter l'effet des incantations des grands marabouts et des pratiques ésotériques des grands sorciers africains, car nous sommes bien au Mali où les pratiques irrationnelles font partie intégrante de la vie en société.

Mais tout ceci suffira-t-il à sauver le soldat Maïga ? Rien n'est moins sûr surtout quand on sait que le soutien affiché du chef de l'Etat à son Premier ministre, peut être de façade.

Ibrahim Boubacar Keïta doit revoir sa gouvernance

En effet, bien conscient que les griefs portés par la classe politique le visent in fine, IBK peut être tenté de pousser le PM à son autodestruction comme un fusible électrique, pour protéger son pouvoir.

Et même si, par extraordinaire, Soumeylou Boubèye Maïga parvenait à sauver sa tête pour l'instant, il ne serait pas à l'abri des attaques des caciques de son propre camp car l'on peut bien penser que cette crise politique est aussi le résultat d'une guerre de positionnement au sein du parti présidentiel.

Par ailleurs, l'on peut aussi s'interroger sur la légitimité et les moyens dont peut disposer un Premier ministre en guerre ouverte contre l'Assemblée nationale, pour conduire son action. En attendant que tombe le verdict des urnes, l'on peut, en tout cas, saluer la vitalité de la démocratie malienne qui résout ses contradictions par la voie des urnes.

Mieux, l'on peut déjà se féliciter des retombées positives de cette crise pour le peuple malien. Dans une adresse à la Nation, le chef de l'Etat a non seulement fait la promesse de sévir contre les milices qui sèment la désolation sur le territoire malien, mais il a aussi annoncé le déblocage d'un milliard de F CFA pour les victimes de l'insécurité et de 12 milliards pour les services sociaux de base. Au passage, il promet aussi de débloquer le salaire des enseignants grévistes, l'un des points qui achoppaient dans les négociations.

A contrario, l'on peut redouter aussi les conséquences de cet embrouillamini politique qui pourrait accentuer le fossé avec le Nord-Mali quand on sait l'important rôle que jouait le PM dans le rapprochement avec Kidal et la mise en œuvre de l'Accord d'Alger.

L'on peut aussi craindre pour la continuité des projets de développement au Mali où en deux mandats du président IBK, l'on a vu se succéder 6 Premiers ministres. En attendant l'épilogue de la crise, l'on peut déjà en tirer d'importantes leçons.

Ibrahim Boubacar Keïta doit revoir sa gouvernance. Cela est d'autant plus nécessaire qu'au-delà du PM, c'est son action à la tête de l'Etat qui est ainsi dans le viseur.

Autre aspect de la crise qui donne à réfléchir, c'est l'immixtion grandissante des associations religieuses dans les débats politiques dans un Etat qui se veut laïc.

Le Mali est-il en train de sombrer à l'appel des théocraties qu'il a pourtant combattues dans son septentrion avec le MUJAO et Ansardine ?

Ne ratez pas ce que tout le monde regarde

Plus de: Le Pays

à lire

AllAfrica publie environ 700 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.