Libye: L'ONU en quête d'unité pour réclamer un cessez-le-feu en Libye

L'Organisation internationale pour les migrations a fait état mercredi de 25.000 déplacés, dont plus de 4.500 ces dernières 24 heures

L'ONU cherche à se mettre d'accord sur une demande de cessez-le-feu en Libye, après le lancement par le maréchal Khalifa Haftar d'une offensive contre la capitale Tripoli, visée cette semaine par des tirs de roquettes qui ont fait six morts.

Soumis lundi par le Royaume-Uni à ses 14 partenaires du Conseil de sécurité de l'ONU, un projet de résolution réclamant un cessez-le-feu et un accès humanitaire inconditionnel aux zones de combats près de Tripoli, ne recueille toujours pas le consensus nécessaire à son adoption, selon des diplomates.

Une version légèrement amendée du texte a été proposée mercredi par Londres mais rejetée peu après par les trois pays africains siégeant au Conseil de sécurité (Côte d'Ivoire, Guinée équatoriale, Afrique du Sud), a-t-on précisé de sources diplomatiques.

Outre l'Afrique, la Russie et les Etats-Unis ne soutiennent guère la démarche britannique. En revanche, Londres, Berlin et Paris sont sur la même longueur d'onde, a assuré sous couvert d'anonymat un diplomate.

La présidence allemande du Conseil de sécurité a convoqué une nouvelle réunion à huis clos qui a eu lieu hier pour étudier "le chemin à suivre".

Depuis le début le 4 avril de son offensive, l'Armée nationale libyenne (ANL) du maréchal Khalifa Haftar piétine au sud de la capitale, même si elle proclame des percées. Les combats ont fait en deux semaines au moins 189 morts dont des civils et 816 blessés, selon un dernier bilan de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

L'Organisation internationale pour les migrations (OIM), a fait état mercredi de 25.000 déplacés, dont plus de 4.500 ces dernières 24 heures. "Nous avons constaté la plus forte augmentation de déplacements en un jour, avec plus de 4.500 personnes déplacées" par les combats.

Mardi soir, plusieurs roquettes ont frappé Tripoli, tuant six civils, dont trois femmes, dans les quartiers résidentiels d'Abou Slim et Al-Antissar, a indiqué le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (Ocha).

Le maire du quartier d'Abou Slim, Abdelrahman Al-Hamdi, a confirmé le bilan de six morts, ajoutant que 35 autres personnes avaient été blessées.

Fayez al-Sarraj, le chef du gouvernement d'union GNA, siégeant à Tripoli et reconnu par la communauté internationale, s'est rendu sur place dans la nuit.

Dans une vidéo diffusée par son service de presse, il a dénoncé "la sauvagerie et la barbarie" du maréchal Haftar qualifié de "criminel de guerre".

Il a ajouté que son gouvernement présenterait "tous les documents à la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité".

Selon lui, il est "de la responsabilité juridique et humanitaire du Conseil de sécurité et de la communauté internationale, de tenir ce criminel responsable de ses actes".

Dans un communiqué, le commandement de l'ANL du maréchal Haftar a toutefois démenti être à l'origine des tirs contre Tripoli. Il a accusé des "milices terroristes qui contrôlent la capitale de tirer aveuglément des roquettes de type Grad et des obus" sur la ville.

L'émissaire de l'ONU en Libye, Ghassan Salamé, a "condamné avec la plus grande fermeté les bombardements, rappelant que la responsabilité d'actes pouvant constituer des crimes de guerre incombe non seulement aux auteurs des attaques aveugles, mais également à ceux qui les ont commandés". Tirer sur des zones résidentielles "est inacceptable", a souligné Stéphane Dujarric, le porte-parole de l'ONU à New York.

La veille, la procureure de CPI Fatou Bensouda a prévenu qu'elle n'hésiterait "pas" à élargir ses enquêtes pour "crimes de guerre" et "crimes contre l'humanité" en Libye.

Dans un communiqué mercredi soir, le département des Affaires humanitaires de l'ONU a annoncé le déblocage de 2 millions de dollars pour une aide humanitaire d'urgence à destination des civils pris au piège dans les combats "incluant les réfugiés et les migrants vulnérables".

Jusqu'à présent, le maréchal Haftar ne veut pas entendre parler d'un cessez-le-feu. Et Fayez al-Sarraj refuse tout processus politique en l'absence d'un cessez-le-feu et d'un retrait sur les lignes d'avant le début de l'offensive. "Des positions irréconciliables", note un diplomate.

Avec le risque d'enlisement dans ce pays pétrolier en proie au chaos depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, les belligérants vont chercher à se réarmer auprès de leurs soutiens, en dépit de l'embargo sur les armes décrété par l'ONU pour la Libye, craignent des diplomates.

L'ANL veut légitimer son offensive en la présentant comme une guerre contre le "terrorisme". "Nous nous battons pour toute l'humanité, pas seulement pour la Libye. Nous voulons débarrasser la capitale des terroristes", a dit son porte-parole Ahmad Al-Mesmari.

Le GNA a lui démenti que ses forces comptaient des personnes accusées de "terrorisme" dans ses rangs, accusant le maréchal Haftar de vouloir "vendre son agression" à la communauté internationale.

M. Salamé semble du même avis. L'offensive de Khalifa Haftar "ressemble davantage à un coup d'Etat qu'à une lutte antiterroriste", a-t-il déclaré à la BBC.

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