Sénégal: Pour un fast-track de la réalite et de la vérité !

En politique, c'est comme si tout était fait pour bercer les populations d'illusions. Tout est astucieusement énoncé, malicieusement annoncé et minutieusement réalisé pour entretenir l'espoir. Tantôt c'est l'accélération de la cadence, tantôt le fast-track.

Trop souvent, c'est la désillusion, la déception, le désespoir. On eut dit un espoir plus proche d'une illusion fuyarde. Un faux espoir. Hier, ce fut Wade prestidigitateur, aujourd'hui Macky hypnotiseur. Encore faudrait-il que le peuple qu'on endort de slogans, d'effets d'annonce et d'expressions magiques recouvrât ses esprits dans le bienêtre.

Toujours est-il que les Sénégalais attendent, résilients, mais avec beaucoup d'impatience, les changements qualificatifs et quantitatifs promis, dus. Ils espèrent qu'ils impacteront durablement et positivement leur vécu quotidien. Ils se disent que leur résilience a une ligne rouge que leurs gouvernants ne sauraient franchir.

Certes, nous sommes pour le droit légitime des peuples à disposer des moyens de leur subsistance matérielle nécessaires pour vivre. Ils ont, comme le disait le regretté Kéba Mbaye, droit à la survie et au développement. Ce qui, pour la majorité des Sénégalais, est loin d'être le cas. Il n'y a donc plus de temps à perdre. L'heure n'est plus à la palabre stérile. Pour le président Macky Sall, il s'agit d'aller vite.

Certainement pour marquer son temps et les esprits, il choisit la voie la plus rapide pour atteindre ses objectifs. Nouvellement réélu, il fait du Fast-track le viatique pour la mise en œuvre de ses politiques publiques. D'autant plus que pour son quinquennat, le nouveau mot de passe pour ses ministres, directeurs de sociétés et agents de l'administration semble être emprunté aux anglo-saxons. Ainsi l'on ne parle que de Fast-track. Il est devenu le nouveau concept magique, l'expression fétiche en vogue.

Mais le Fast-track ou le chemin court, voire le raccourci, est-il si sûr ? Pourquoi cette option, cette obstination ? La sagesse et la rigueur n'imposent-elles pas parfois de faire un périple ou de passer par un labyrinthe pour des résultats probants et durables? Le peuple ne sera-t-il pas une fois de plus victime de logorrhées ennuyeuses et pathétiques ? Autant d'interrogations pour, à travers des actes, actions et réalisations concrètes, visibles et palpables, donner à ce vocable tout le sens, la beauté, la splendeur et la magie qu'il requiert.

L'avènement du Programme d'Urgence pour le Développement Communautaire (PUDC) n'était-il pas facilité par les lourdeurs administratives, précipité par des procédures totalement en déphasage avec l'urgence du résultat ou l'efficacité et l'efficience dans la démarche? N'était-ce pas une astuce, une trouvaille, une vision prospective de Macky Sall pour mieux préparer sa réélection ? La cadence a-t-elle réellement été accélérée avec Mimi Touré, Première ministre ? N'a-t-elle pas plutôt été ralentie ? Avaiton apporté les correctifs nécessaires suite au Forum National de l'Administration organisé au Centre International de Conférence Abdou Diouf en avril 2016 ?

Quelle évaluation a-ton faite de ce forum ? L'administration en est-elle ressortie rénovée ? Le Président Sall n'at-il pas intelligemment appris de la promptitude, de l'efficacité, de la diligence et de la célérité de certaines ONG ? Les agents de l'administration ont-ils le culte du résultat, la culture de la ponctualité, de l'assiduité, de la probité, de la loyauté, de l'humilité, de la simplicité, bref du sacerdoce ? Le Sénégal a-t-il une administration de développement ? Une administration pleinement consciente de son impérieuse nécessité d'être, en tout lieu et en tout temps, performante et compétitive dans ce monde globalisé ? Une administration au service d'un environnement propice aux affaires et plus soucieuse de l'attractivité et de la compétitivité du Sénégal ?

N'a-t-il pas au contraire une administration procédurière, rivée, empestée dans des goulots d'étranglements, des cloisonnements rétrogrades avec trop de paperasse ? Une administration source à problèmes et non de solutions ? Une administration de sous-développement ? Une administration qui combat la décentralisation ? A-t-on un code de conduite, un code d'honneur, d'éthique et de déontologie auquel tous les agents de l'administration seraient soumis ? Un code de conduite qui serait le socle des valeurs d'éthique et de morale dans l'exercice des fonctions administratives et professionnelles?

La réflexion entamée en 2016 avec Mme Viviane Laure Elisabeth Bampassy, alors ministre de la Fonction publique a-t-elle rappelé les obligations qui pèsent sur le personnel administratif et sur tous les commis de l'Etat ? Ce code de conduite (s'il existe) est-il vu, perçu comme un contrat de confiance entre l'administration dans sa totalité et les administrés y compris les partenaires ? Les Anglais ne disent-ils pas que Time is money ? Mieux St-Augustin ne prévient-il pas que le temps ne chôme pas ? La compétitivité économique est-elle plus une question d'infrastructures que d'ordre, d'organisation, de méthode, de discipline comportementale ?

Nous attendons le président réélu dans la mise en œuvre de son programme éclaté dans divers projets. Nous sommes plus qu'impatients que la patrie avant le parti, la gouvernance sobre et vertueuse, l'équité territoriale, le Sénégal de tous et le Sénégal pour tous passent de slogans à des réalités ancrées dans le cœur et la mémoire des Sénégalais. Nous le guettons dans le déroulement des activités mais surtout dans le suivi et l'évaluation des programmes/ projets. Nous le soutiendrons sans réserve pour tout ce qui ira dans le sens du développement du Sénégal des profondeurs. Mais nous le combattrons sans le ménager pour toute mal gouvernance.

Plutôt que de manquer d'ambitions en ne visant que l'autosuffisance en riz, ne conviendrait-il pas mieux d'œuvrer pour une autosuffisance intégrale en céréales locales (mil, sorgho, riz, mais, niébé, ... ) ? N'est-il pas temps pour le Sénégal d'amorcer sa révolution agricole, non seulement pour son autosuffisance alimentaire mais surtout pour la création d'emploi et de richesse pour sa jeunesse, et pour l'exportation ? N'est-ce pas la voie royale pour rééquilibrer sa balance commerciale ? La voie indiquée pour rendre sa balance commerciale excédentaire ?

Pourquoi ne pas, avec ses multiples atouts, diversifier son économie de manière à rendre les fruits de la croissance profitables à tous? Son tourisme, sa pêche, son agriculture, son élevage, sa culture, ses énergies renouvelables combinées à la prochaine exploitation de ses importantes ressources pétrolières et gazières ne sont-elles pas autant de mamelles pour faire entrer triomphalement Macky Sall dans l'histoire ? Pourquoi pas pour le faire davantage aimer, désirer, une fois qu'il aura dignement et honorablement quitté ses fonctions présidentielles ?

Ne serait-il pas dommage qu'il accordât une oreille attentive à ceux qui l'invitent, l'incitent à briguer un troisième mandat ? Il raterait une chance unique d'entrer à jamais dans l'histoire en dépit des insuffisances de son magistère.

Comment permettre aux corps de contrôle de l'Etat de jouer pleinement leur rôle pour éviter que le pays ne soit soumis à une gestion sombre et vertigineuse mais plutôt sobre et vertueuse? Comment ne pas être scandalisé, horrifié par cette hémorragie de nos matières premières vers l'Occident ? Ne serait-il pas plus judicieux et avantageux pour le Sénégal d'engager la bataille pour son industrialisation ? L'industrialisation méthodique ne serait-elle pas pour le Sénégal un vivier d'emplois ?

Comment est-ce possible d'accepter ce prolongement de la détérioration de termes de l'échange et se complaire à vivre sous perfusion étrangère ? Y a-t-il un seul pays au monde qui s'est développé avec l'aide ? Au Sénégal d'abandonner le biberon-sangsue pour se nourrir au sein maternel. Seul le lait maternel contient les micronutriments nécessaires à sa croissance, à son développement durable.

Consultant-formateur

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