20 Avril 2019

Ile Maurice: Nouvelles lois sur l'immigration - Des expatriés dans le flou

La loi c'est la loi: ils en concèdent. Mais pour les expatriés, l'absence de consultation et le vote rapide du nouvel Immigration Amendment Bill et de la Non-Citizen (Employment Restriction) Act, notamment faisant obligation aux étrangères mariées à des Mauriciens d'obtenir un permis de travail avant de s'engager, suscitent des inquiétudes.

En ce jeudi 18 avril au matin, un bazar des Plaines-Wilhems grouille de monde. À l'entrée, un étranger s'affaire à découper des noix de coco. Interrogé sur les nouveaux règlements de l'Immigration Amendment Bill, votés à 2 h 45 ce mercredi 17 avril au Parlement, le «marchand» lâche à peine quelques mots: «Écoutez, je ne suis pas au courant. Laissez-moi, j'ai du travail.» Si ce dernier s'avère des plus expéditifs dans sa réponse, d'autres expatriés soulignent leur inquiétude.

À l'exemple de Manuel Mota, 51 ans, originaire du Portugal, qui est invalide, et de son épouse mauricienne, Bhagwatteea. «Nous nous sommes mariés depuis 2008. C'est un mariage d'amour. J'ai fait une demande de nationalité mauricienne. Et depuis six mois, je suis toujours dans l'attente», indique-t-il.

De plus, suite à un accident de travail, Manuel Mota a perdu l'usage d'un bras. Il perçoit une pension d'invalidité de la France, où il exerçait et vivait depuis ses 13 ans. «Pour le travail, c'est une loi à double sens. Mais les règlements doivent être appliqués. On doit s'y plier», ajoute-t-il. Son épouse demeure perplexe: «Je ne trouve pas cela logique. Cela pourrait s'appliquer pour les professionnels ou jeunes venus travailler. Mais mon mari ne travaille plus.»

Qu'adviendra-t-il de sa demande de nationalité puisque certains amendements concernent les restrictions de la citoyenneté mauricienne en cas de «prohibited immigrants» tels que les étrangers souffrant d'un handicap physique ou mental. Idem pour les «undesirable inhabitants or visitors». Pire encore: que feront les étrangères mariées à des Mauriciens et salariés qui doivent maintenant obtenir un permis de travail ? En effet, cette mesure intervient suite à des amendements à la Non-Citizen (Employment Restriction) Act appliquée depuis fin mars 2019.

Pour Julien Faliu, originaire de France, marié à une Mauricienne, et qui habite à Maurice depuis huit ans, l'incompréhension est toujours de mise: «Ce n'est pas très clair. J'ai reçu un communiqué émis par Business Mauritius, indiquant que les expatriés vivant à Maurice avant le 8 mars 2019 n'ont pas besoin de permis de travail. En revanche, ceux qui s'installent après cette date doivent en avoir un.»

«Si j'ai bien compris, ceux qui s'installent à partir du 9 mars sont concernés par la nouvelle mesure. Pourquoi ? On reste dans le flou car cela implique que les nouveaux arrivants, la diaspora, ne vont jamais rentrer», déclare le directeur du site Expat.com. Bien sûr, indique-t-il, il y a la volonté de faire revenir les Mauriciens installés à l'étranger. Néanmoins, la mesure pose des contradictions : «Quelle est la motivation derrière ? Les autorités devraient justifier le pourquoi. Mais on fait des trucs complètement à l'envers de toute l'intégration.»

Sollicité pour un commentaire sur la question, Pradeep Dursun, Chief Operating Officer de Business Mauritius, affirme que les nouvelles modalités pour le permis de travail exigé pour les étrangers sont en cours: «Les guidelines, les formulaires à remplir, entre autres procédés, seront bientôt finalisés. Il faudrait que ce soit flexible et sans contrainte et rapide.»

De son côté, Xavier Dubourg de la Tour, Conseiller consulaire de la circonscription de Maurice et des Seychelles, qui représente les Français des deux îles, soutient qu'il doit y avoir des raisons précises derrière ces amendements: «Je ne vais pas me prononcer dessus. Simplement, il y a des mariages d'amour ou des mariages achetés. Il y a des étrangers qui sont installés en couple et ont des enfants. La question est de savoir si l'étranger ne répondant pas aux critères comme pour l'Occupation Permit (octroyé aux professionnels touchant un salaire mensuel de Rs 60 000) va devoir faire sa valise. Il faut rassurer cette communauté qui vit en toute légalité et apporte de la valeur ajoutée à l'île.»

Ces nouvelles lois font également débat face à la concentration de pouvoirs du Premier ministre qui statuera sur l'octroi de la citoyenneté. Pravind Jugnauth mentionnait d'ailleurs, le mardi 16 avril, que l'objectif est d'exercer une meilleure protection contre le terrorisme. Mais cela rajoute aux craintes. «L'inquiétude, c'est que par le fait d'un fonctionnaire ou d'un élu, l'étranger ait à faire sa valise. Pour le terrorisme, je pense qu'il y a d'autres moyens de le contrer», ajoute notre interlocuteur.

Sollicités, d'autres étrangers avouent qu'ils préfèrent éviter de se prononcer sur ces questions, craignant des «déportations».

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