Libye: Guerre à Tripoli - Eviter à tout prix l'enlisement

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analyse

Les combats s'intensifient en Libye. Pas plus tard qu'hier, les forces fidèles à Fayez-el-Sarraj dont le gouvernement est reconnu par la communauté internationale, ont dit avoir repoussé des combattants du maréchal Haftar.

A en croire des organisations de défense des droits de l'Homme, plus de 220 personnes auraient été déjà tuées et plus de 1000 blessés sont enregistrés. Et tout porte à croire que ce n'est pas demain la veille que cette escalade de violence s'estompera.

Ce, d'autant plus que le gouvernement Fayez-el-Sarraj, a émis le 18 avril dernier, un mandat d'arrêt contre le maréchal Khalifa Haftar. Signe que la guerre de Tripoli vient de franchir un autre palier. Reste que l'on se demande comment le gouvernement de Fayez-el-Sarraj pourrait-il mettre le grappin sur l'homme fort de Tobrouk, puisqu'en dehors de Tripoli, et même là, il convient de relativiser, il ne peut assurer sa propre sécurité.

Du reste, s'il tient encore tête au maréchal, c'est sans doute grâce à l'appui des Occidentaux, mais surtout de quelques groupes qui disposent en leur sein d'anciens soldats dont certains auront fait leur preuve aux côtés du guide de la révolution de la Grande Jamahiriya libyenne.

En tout cas, une chose est d'émettre un mandat mais, une autre est de pouvoir le mettre à exécution. Sarraj a-t-il les moyens de sa politique ? On peut en douter. S'il disposait d'une puissance de feu à l'image de son rival, il aurait sans doute débarrassé Tripoli des milices et terroristes de tous poils qui l'écument.

A dire vrai, le mandat d'arrêt de Sarraj ressemble bien plus à un épouvantail pour juste effrayer un épervier qui cherche à bondir sur sa proie qu'un instrument pour alpaguer un guerrier de la trempe de Haftar. En tout cas, les hauts faits d'armes de ce dernier parlent en sa faveur. L'homme de la Cyrénaïque n'a-t-il pas cassé du terroriste à Benghazi? Et ce n'est pas tout.

Les populations civiles libyennes sont abandonnées à elles-mêmes

Il aura également travaillé à rallier plusieurs tribus à sa cause grâce à ses nombreuses victoires militaires sur bien des adversaires y compris les hommes de Sarraj. En tous les cas, le valet des Occidentaux comme certains le qualifient Sarraj, devra prouver qu'il a les moyens de mettre son rival aux arrêts.

Que sait-on, peut-être qu'il en a les moyens. Car, comme on le dit, si un margouillat se coud un pantalon, c'est qu'il sait où mettre sa queue. Si Sarraj a pris une telle décision, c'est peut-être parce qu'il est assis sur du roc.

En tout état de cause, il faudrait bien que l'un ou l'autre camp l'emporte. Le dialogue n'ayant pas prospéré, il faudra donc amener l'un ou l'autre à courber l'échiner. Le hic est que malgré cette tragédie qui se joue sous les yeux impuissants des Libyens, la communauté internationale semble y assister en simple spectatrice.

Pouvait-il en être autrement quand on sait que cette communauté internationale a toujours brillé par son hypocrisie sur fond de mésentente ? Le cas de la Libye est d'autant plus complexe qu'après avoir envoyé ad patres le guide libyen, elle n'a pas assuré le service après-vente.

Conséquence, la Libye patauge dans la crise depuis 2011 sans parvenir à trouver le chemin de la paix. Si les combats ont repris entre frères libyens, c'est sans doute parce que la communauté internationale n'a pratiquement rien fait pour empêcher cette nouvelle escalade de violence en Libye.

Obnubilés par les ressources naturelles de ce pays, notamment son pétrole de qualité supérieure, Occidentaux et Américains ont transformé le pays de Mouammar Kadhafi en un vaste champ où des milices et terroristes de tout poil se disputent la dépouille de cette nation qui, quoi que l'on dise, fut un havre de paix. Le moins que l'on puisse dire, c'est que les populations civiles libyennes sont abandonnées à elles-mêmes.

Les moins chanceuses sont victimes de balles perdues tandis que les plus veinardes traversent la frontière pour trouver refuge dans les pays voisins. Plaise au Ciel que les combats ne s'inscrivent pas dans la durée comme ce fut le cas dans certains pays où le sort des populations civiles était devenu un fait banal.

Nombreux sont ceux qui croyaient que le maréchal mènerait une guerre éclair et ce, au regard des victoires enregistrées face aux terroristes, notamment de Benghazi. Mais, c'était ignorer l'adage selon lequel « On sait quand commence la guerre, mais on ne sait jamais quand elle finit ». Cela dit, il faut éviter à tout prix l'enlisement.

En tout cas, il faut émettre le vœu que la guerre entre les troupes du maréchal Haftar et celles de Fayez-el-Sarraj, soit la plus brève possible afin d'alléger la souffrance des Libyens qui, depuis la mort de Mouammar Kadhafi, n'ont plus goûté aux délices de la paix.

A la vérité, cette guerre traduit l'échec de l'Union africaine (UA) qui n'aura pas réussi à résoudre la crise à l'africaine, c'est-à-dire à asseoir les frères ennemis sous l'arbre à palabre pour construire la paix par le dialogue. Mais comme on le dit, il n'est jamais trop tard pour bien faire.

L'UA doit peser de tout son poids si elle en a encore, pour faire taire au plus vite les armes. Il ne fait aucun doute que si cette guerre perdure, ses conséquences pourraient être dramatiques pour les pays voisins, voire l'Afrique tout entière.

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