22 Avril 2019

Congo-Kinshasa: Confusion autour de l'élection du bureau définitif/Assemblée nationale - C'est mal parti

H.T. Lokondo : « le FCC a peur de ma candidature »

L'élection du bureau définitif de l'Assemblée nationale est entourée d'une grande confusion. Rien ne prouve que la date du 23 avril 2019 prévue pour cette élection soit maintenue. Outre l'opposition qui a décidé de boycotter ce scrutin, la majorité parlementaire ne parvient pas non plus à se mettre d'accord sur le ticket à aligner à la présidence de la chambre basse du Parlement. La candidature surprise de Henri-Thomas Lokondo au perchoir, à côté de celle de Jeannine Mabunda présentée par le FCC, semble avoir brouillé les cartes. On est donc en face du premier couac de cette mandature, avec d'un côté, un FCC triomphaliste qui veut tout rafler, et de l'autre côté, une opposition qui tient à faire entendre sa voix. C'est mal parti !

L'élection du bureau définitif de l'Assemblée nationale devrait encore se faire attendre. Samedi dernier, la plénière censée servir en même temps de présentation de candidats aux sept postes du bureau définitif de la chambre basse du Parlement s'est terminée dans la confusion. A la base, une motion incidentielle de Lambert Mende, député de la majorité parlementaire, qui a voulu tout remettre en cause. En réalité, le FCC peine à se remettre de la candidature rebelle d'Henri-Thomas Lokondo à la présidence de l'Assemblée nationale face à la candidate désignée Jeannine Mabunda.

Le Palu et Alliés, le regroupement politique dont est issu Lokondo, a tenté de contrecarrer cette candidature, sans jamais y parvenir. C'est maintenant le FCC qui a décidé de prendre le relai, en envoyant au front l'un de ses lieutenants, en l'occurrence Lambert Mende.

Y aura-t-il finalement élection du bureau définitif de l'Assemblée nationale ce 23 avril 2019 comme prévu ? Au regard des informations en provenance de l'Assemblée nationale, ça devient de moins en moins probable. Un report n'est donc plus exclu. Car, au-delà de la candidature de Lokondo qui secoue sérieusement le FCC, il y a également cette volte-face de l'opposition parlementaire qui a décidé de boycotter ce scrutin, en signe de protestation contre l'option levée par la majorité parlementaire (FCC, UDPS et UNC) de s'approprier six postes sur les sept prévus, ne laissant finalement à l'opposition que le seul poste de rapporteur adjoint.

Dans l'opposition, Albert-Fabrice Puela, a tenté d'y aller en solitaire en postulant audit poste mais son regroupement politique, la Dynamique de l'opposition, l'a vite rappelé à l'ordre, poussant le bureau provisoire de l'Assemblée nationale à rejeter sa candidature. C'est dire qu'à ce jour, aucun député national ne s'est donc présenté au poste de rapporteur adjoint du bureau définitif. Dans ces conditions, organiser cette élection sans un candidat de l'opposition parait presqu'invraisemblable pour le bureau provisoire.

L'on apprend que le bureau provisoire de l'Assemblée nationale a mis à profit le week-end pour tenter de ramener l'opposition autour d'une table des discussions. Pour l'instant, aucune information n'a encore fuité sur des négociations initiées par le bureau provisoire de l'Assemblée nationale. On sait néanmoins que l'opposition a posé ses conditions, dont la plus importante consiste à lui donner un deuxième poste au bureau définitif de l'Assemblée nationale, c'est-à-dire celui du 2ème vice-président, comme le veut la tradition parlementaire en vigueur depuis les premières élections de 2006. Le FCC qui a déjà pourvu à ce poste par la désignation de Balamage Nkolo, élu d'Idjwi dans le Sud-Kivu, n'est pas prêt à revenir sur cette décision.

Toutes les tentatives antérieures entreprises par le bureau provisoire de l'Assemblée nationale pour parvenir à un compromis se sont avérées infructueuses. Si on n'est pas encore face à un blocage. En tout cas, à l'Assemblée nationale, tous les signaux convergent dans ce sens.

La peur gagne le FCC

Pour le moment, le Palais du peuple est dans un décor électoral. Effigies, affiches, banderoles des prétendants aux postes du bureau définitif de l'Assemblée nationale dominent les lieux au rythme d'une campagne sans enjeu pour des postes avec des candidats FCC-CACH sans concurrents. Le perchoir est en ébullition. L'on devra certainement assister à un combat mortel entre le FCC et Henri-Thomas Lokondo, candidat indépendant, décidé d'en découdre avec Jeannine Mabunda, portée par la coalition FCC-CACH.

C'est derrière cet enjeu qu'un scénario a été vécu lors de la plénière du samedi 20 avril au Palais du peuple. Une plénière consacrée pourtant à l'audition des candidats aux différents postes et à l'audition du rapport de la Commission spéciale chargée de valider les élus de Béni-ville, Béni territoire, Butembo, etc., des élus qui devront gonfler sans doute les rangs de l'Opposition favorable à la candidature de Lokondo. Du coup, c'est une motion du député FCC Lambert Mende qui tombe. L'élu de Sankuru a exigé que la plénière se prononce préalablement sur la recevabilité ou non des candidats aux postes du bureau de l'Assemblée nationale. Une manière de contrer la décision du bureau sur le calendrier électoral qui en est déjà dans sa phase de campagne.

La démarche de l'élu de Sankuru a été qualifiée « de manœuvre dilatoire » par Lokondo. L'élu de Mbandaka tout comme d'autres élus, notamment le FCC Noël Botakile, ont estimé qu'une motion ne peut pas annuler une décision du bureau qui est déjà en exécution avec notamment la campagne électorale. Et pour Lokondo, c'est sa candidature qui fait peur au FCC. Il est exprimé en ces termes : « la motion de mon collègue Mende relève des manœuvres dilatoires. Il faut dire la vérité. Les amis du FCC ne veulent pas de ma candidature. Ils ne veulent pas de la validation des mandats des députés des élus à Beni-ville, Beni-Territoire, Butembo et Yumbi. Une motion ne peut pas annuler une décision du bureau qui est déjà en exécution. La campagne électorale en cours fait suite à l'application de la décision du bureau. C'est une décision administrative. Et la plénière n'est pas compétente pour juger de la recevabilité des candidats au poste du bureau de l'Assemblée nationale. C'est de la compétence exclusive du bureau qui informe la plénière. On n'a même pas à discuter sur ça ».

Henri-Thomas Lokondo est déterminé à aller jusqu'au bout. « Ma candidature, c'est l'expression de la liberté et de la démocratie », souligne Lokondo à ceux qui estiment que sa démarche est suicidaire. Et de poursuivre : « J'ai la conviction qu'ils ont peur de ma candidature. Je dirai que j'ai déjà gagné cette élection sur le plan de l'opinion... »

Selon les analystes, dans un vote où l'Opposition devra lui faire la part belle pour contrer le candidat du FCC-CACH, Lokondo a derrière lui les aigris du FCC qui n'ont pas apprécié la procédure de désignation de Jeannine Mabunda. Ceux-ci auraient préféré l'organisation des consultations en interne.

De son côté, la candidate PPRD Mabunda, qui est intervenue dimanche sur les ondes de la radio Top Congo, a souligné que sa candidature est un choix du consensus entre le Président de la République Félix-Antoine Tshisekedi au travers de sa plateforme CACH et la plateforme politique de l'ex-Majorité présidentielle, le FCC, dont Joseph Kabila est l'autorité morale.

Premiers signes de friction

L'élection du bureau définitif de l'Assemblée nationale a mis à nu les intentions cachées de la majorité parlementaire où le FCC, regroupement politique de Joseph Kabikla, tient à s'imposer comme le seul maitre du jeu dans l'Hémicycle. Dans un premier temps, le FCC s'est constitué en bloc pour arracher 6 de 7 postes du bureau définitif de l'Assemblée nationale, ne laissant qu'une portion insignifiante à l'opposition. Et comme si cela ne suffisait pas, le FCC se bat pour embrigader Fabrice Puela et faire valider sa candidature comme rapporteur adjoint, malgré le véto de son regroupement politique, la Dynamique de l'opposition.

A tout prendre, l'Assemblée nationale est à son premier couac. Ce n'est que le début. Car, dans la configuration actuelle de la chambre basse du Parlement, le FCC et ses nouveaux alliés, à savoir l'Udps et l'Unc, réservent bien des surprises. En face, l'opposition se tient sur ses gardes. Elle a d'ailleurs promis d'user de tous les moyens en sa possession pour laisser le champ libre au FCC. Autant dire que c'est mal parti. La confusion qui entoure l'élection du bureau définitif de l'Assemblée nationale est le prélude de vives tensions qui vont entourer cette mandature.

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