Afrique: Risque pays 2019 - La Côte d'Ivoire obtient 6,1 sur 10

L'agence de notation Bloomfield Investment retient les bonnes performances macro-économiques et s'attarde sur l'environnement politique à un peu plus d'un an de la prochaine présidentielle.

« Tout le monde est d'accord sur les performances de l'économie ivoirienne », lance un diplomate accrédité en Côte d'Ivoire dans une salle de la patinoire du Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire pleine de hauts cadres de l'administration et du secteur privé national et international venus prendre part à la conférence sur le risque pays organisée jeudi dernier par l'agence de notation Bloomfield Investment.

Pour la troisième année consécutive, l'agence fondée et dirigée par l'Ivoirien Stanislas Zézé, a évalué le risque pays Côte d'Ivoire, l'édition 2019 revêtant un caractère particulier en raison de la proximité de l'échéance économique et politique de 2020.

Le rapport, produit par le département Bloomfield Intelligence de l'agence, est une évaluation du risque pays Côte d'Ivoire à travers notamment, l'analyse des performances économiques, des finances publiques, du système financier et du risque socio-politique.

L'objectif à travers cette étude est d'établir une cartographie du risque pays de la Côte d'Ivoire, mettant en relief ses atouts, ses opportunités et faiblesses afin d'éclairer au mieux les décisions d'investissement et de politiques de développement, peut-on lire en exergue de ce document. Concrètement, l'étude retient cinq paramètres: climat des affaires, performances macro-économiques, gestion des finances publiques, solidité du système financier, et risque socio-politique, et attribue à chacun d'eux une note allant de 1 à 10 (performance la plus élevée) afin de déterminer une note globale. Sur l'échelle de notation de Bloomfield, la notation n'a pas varié par rapport à 2017. Elle s'établit en effet à 6,1/10, avec des perspectives à court et à long terme stables.

Climat des affaires.

Sur ce paramètre, la Côte d'Ivoire affiche une progression (6,5 contre 6 l'année dernière). La Côte d'Ivoire, indique le rapport, fait à nouveau partie des 10 pays les plus réformateurs, dans l'édition 2019 du Doing Business. Cette position résulte de la poursuite des réformes dans le cadre de l'amélioration de l'environnement des affaires.

Le climat des affaires a été également renforcé par l'élaboration du nouveau code des investissements dont les retombées devraient contribuer au développement des régions, de secteurs clés et à la mise en valeur du contenu local, souligne le document.

S'agissant des performances macroéconomiques, Bloomfield fait savoir que l'économie ivoirienne demeure dynamique avec un taux de croissance estimé à 7,4% en 2018. Cette croissance a été tirée par l'ensemble des secteurs d'activité. Toutefois, tempèrent les économistes de l'agence, « le changement structurel voulu par le gouvernement ivoirien n'est pas encore perceptible, malgré de nombreuses initiatives ».

Gestion des finances publiques.

Sur ce chapitre, le Gouvernement a fait preuve de flexibilité à la suite des critiques du secteur privé relativement à l'annexe fiscale 2018, estime l'agence pour qui cette flexibilité s'est également traduite par une annexe fiscale 2019 plus consensuelle. « L'exercice budgétaire 2018 a été marqué par un déficit en baisse qui confirme la volonté de l'Etat ivoirien de se conformer aux critères de convergence de l'Uemoa », peut-on lire.

Concernant le paramètre solidité du système financier, le rapport souligne que « le taux d'inflation est demeuré faible en 2018, en dessous de la norme communautaire de 3 %. Le secteur bancaire a poursuivi son dynamisme, avec une hausse significative des nouveaux crédits octroyés. Par ailleurs, la tendance généralisée à la baisse des cours des actions sur la Brvm s'est maintenue en 2018. Toutefois, les actions en vue de son attractivité se sont poursuivies ».

Sur le risque sociopolitique, le commentaire de Bloomfield partagé au public présent est le suivant : « La faible redistribution de la richesse créée reste une problématique majeure en Côte d'Ivoire. Les solutions proposées par l'Etat n'ont pas pour le moment eu d'effet significatif pour dissiper le mécontentement des ivoiriens, vu que le taux de pauvreté reste à un niveau important (46%). De nombreux événements ont contribué à la mutation de la scène politique ivoirienne. L'environnement socio-politique demeure fragile à l'approche de l'élection présidentielle de 2020 ».

Pour l'agence, « Il s'avère fortement important de remédier à ces insuffisances, surtout avec le lancement par le Chef de l'Etat d'un programme social (Psgouv 2019-2020) d'un montant estimé à plus de 727,5 milliards FCfa ». Quant au risque politique, les débats de jeudi dernier ont fait ressortir, in fine, un certain optimisme, les différents orateurs s'attachant à relativiser les tensions politiques et à souligner plutôt une maturité certaine des citoyens ivoiriens échaudés par la crise post-électorale de décembre 2010-avril 2011 dont ils refusent un quelconque remake.

Des perspectives à court et long terme, il est aussi question dans le rapport 2019. « La croissance de l'économie ivoirienne devrait se situer au-dessus de 6% en 2019 et en 2020. Même si cette croissance pourrait s'afficher en ralentissement par rapport aux niveaux observés antérieurement depuis 2012, elle demeure vigoureuse. La volonté des autorités à maintenir le dynamisme de l'économie devrait les amener à renforcer leurs actions en faveur d'une économie véritablement transformée structurellement et tournée vers un secteur secondaire plus dynamique afin qu'il assure ce rôle de relai de croissance effectif ». Bloomfield a énuméré quelques facteurs tant sur le plan national comme international qui modèleront, selon elle, les perspectives à court et moyen terme de l'économie ivoirienne.

Sur le plan national, l'économie ivoirienne devrait tirer parti des investissements importants du gouvernement ivoirien, rapporte l'agence pour qui ces investissements dans les infrastructures socioéconomiques viendront renforcer les acquis de la Côte d'Ivoire. Les investissements dans les chaînes de valeur agro-industrielles en particulier, poursuit le document, devraient contribuer de façon significative à la transformation structurelle de l'économie. Il en découlerait une impulsion de l'investissement privé, avec l'adoption du nouveau code des investissements.

Cependant, les changements climatiques sont une menace importante pour le secteur primaire avec des risques de pluviosité importante et des saisons sèches plus agressives ou plus longues, préviennent les économistes de l'agence de notation. « Les retards dans l'exécution de la mise en œuvre effective des agropoles, les mesures d'accompagnement (amélioration de l'environnement des affaires, renforcement de la gouvernance et des institutions... ) pour le développement des secteurs à fort potentiel constitueront un frein à l'expansion de l'économie ivoirienne ».

Au plan international, les incertitudes liées à la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis constituent un facteur de risque non négligeable en raison de son impact sur la croissance de l'économie mondiale et ses implications sur la demande et l'offre aussi bien des matières premières que des biens de consommation », analyse Bloomfield.

Les débats autour du rapport ont par ailleurs ressortir la nécessité d'un financement domestique de l'économie plus important. Ce qui permettrait d'avoir des impacts sociaux plus forts, à la mesure des performances économiques reconnues du pays.

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