22 Avril 2019

Burkina Faso: Ebullition du front social. - Personne ne sortira indemne si le pays sombre

Il nous est revenu que les conclusions des travaux sur la remise à plat des salaires des fonctionnaires, seront bientôt rendues publiques et à ce qu'on dit, les résultats permettront de ramener un tant soit peu la sérénité dans notre Administration publique.

Si cela se confirme, ce sera un ouf de soulagement pour tous les usagers qui souffrent énormément de la prise d'otage en cours de notre Administration publique par des fonctionnaires qui font de plus en plus preuve d'une incroyable inventivité, en abandonnant momentanément la grève comme moyen favori de défense de leurs intérêts corporatistes, pour adopter de nouvelles stratégies de lutte en s'illustrant par le ralentissement et le blocage dans le service public, en toute impunité, puisqu'ils ne subissent pas de retenue de salaire.

Cette catégorie d'agents publics entend ainsi protester contre le mutisme pour ne pas dire l'indifférence du gouvernement face à ses besoins existentiels, et refuse ipso facto et en dehors des cadres syndicaux habituels, d'être cantonnée à un rôle d'observateur passif de l'exécution de la loi de finance qualifiée de scélérate parce qu'elle érode pour ainsi dire, les faramineux avantages financiers dont ils bénéficiaient du fait de la "spécificité" de leur corps ou de leur emploi.

Vous l'avez bien compris, nous parlons là des agents du ministère de l'Economie, des finances et du développement (MINEFID) qui ont sorti le sabre depuis que leurs ministres, Amina Bila sous la Transition et surtout Rosine Coulibaly passée à la trappe lors du dernier remaniement, ont fait preuve d'indiscrétion par rapport à leur fameux fonds commun et aux accords "mouta mouta" que les régimes successifs ont signés avec leurs syndicats.

On peut bien comprendre que ces agents du MINEFID s'offusquent aujourd'hui du rétropédalage du gouvernement qui, à leurs yeux, n'est pas seulement foncièrement injuste, mais est aussi nuisible pour une Fonction publique de qualité.

Il y a véritablement péril en la demeure

Ils oublient malheureusement qu'ils ont conclu ces accords avec des politiciens qui sont « des gens dont l'unique et véritable conviction est l'absence de conviction, associée à une insolence importune et à un art éhonté du mensonge», pour reprendre les propos de Adolf Hitler.

Conséquence, ils sont aujourd'hui plutôt surpris du retournement de situation, et particulièrement agacés par les critiques acerbes formulées à leur encontre par une opinion publique qui répond benoîtement aux appels de détresse lancés par le gouvernement, pour décrédibiliser, pour ne pas dire criminaliser « la lutte politique » que mèneraient ces agents du MINEFID.

Disons-le tout net, la position jusqu'au-boutiste de ces derniers est intenable même à court terme, malgré le profil bas affiché par leur nouveau ministre depuis sa prise de fonction, puisque le Burkina Faso a d'autres défis bien plus importants à relever, comme la sauvegarde de l'intégrité territoriale et de la cohésion sociale.

Tous les Burkinabè, y compris les travailleurs du public comme du privé, doivent comprendre qu'il y a véritablement péril en la demeure, et se serrer les coudes malgré les peines souvent justifiées et les frustrations diverses, afin de sauver la maison commune plus que jamais menacée d'effondrement.

Au lieu de cela, les syndicats, surtout dans le secteur public, profitent de la faiblesse de l'autorité de l'Etat et de l'effet de liberté ou de libertinage induit de l'insurrection populaire, exploitent à leurs comptes l'injustice entre catégories de fonctionnaires et la versatilité des membres du gouvernement, pour faire feu de tout bois, avec des revendications paroxystiques et donc irréalistes dans ce contexte où le pays tout entier est au bord de l'abîme, s'il n'y est pas déjà.

On peut d'ailleurs se demander comment des agents publics, conscients du fait que leurs mouvements de grève auront fatalement du plomb dans l'aile puisqu'ils vont contribuer à la ruine économique et sociale de notre pays dans ce contexte plus que difficile, peuvent être aussi masochistes en sciant en toute connaissance de cause, la branche sur laquelle ils sont assis.

Il faut peut-être aller chercher la réponse dans l'allégorie du lépreux qui ne peut plus traire la vache, mais qui, par dépit, est prompt à renverser la calebasse afin que le précieux liquide ne profite à personne. Ils semblent avoir opté pour le suicide collectif, surtout qu'ils ont en face d'eux des interlocuteurs ploutocrates qui se gobergent au caviar et au champagne, des politiciens de carrière gloutons et insatiables, qui n'hésitent pas à prendre des libertés avec les finances publiques malgré les immenses défis auxquels nous sommes actuellement confrontés. Sous cet angle, les financiers du MINEFID ont parfaitement raison.

Au demeurant, le microbe ne se développe qu'en terrain favorable et il est de notoriété publique que le bon exemple doit toujours venir d'en haut. Le comble, c'est que tout cela se passe sous l'œil, le nez et la moustache de nos comptables publics avachis par la perte brusque de 75% de leurs... droits acquis.

Comparaison n'est pas raison, mais rappelons que (même si on était alors dans un Etat d'exception) le gouvernement révolutionnaire de Thomas Sankara avait décidé, au lendemain de la guerre contre le Mali, en 1985, d'instaurer des prélèvements de 7 à 10% sur les salaires de base et de 50% sur toutes les indemnités sans qu'il n'y ait eu de voix discordantes.

La pilule, quoique amère, avait été avalée pas seulement à cause de la peur qu'inspirait le pouvoir de l'époque, mais surtout à cause de l'intégrité et de l'exemplarité du Capitaine. Espérons que le gouvernement actuel s'en inspirera, surtout qu'il est majoritairement composé de sankaristes dans l'âme ou de circonstance, et qu'on verra bientôt le début du commencement de cette cure d'austérité générale avec la remise à plat annoncée des salaires.

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