22 Avril 2019

Soudan: Saisie d'argent au domicile d'El Bechir - Les réticences de l'armée sont-elles liées au trésor qu'elle cacherait aussi ?

analyse

Au Soudan, après la chute du président Béchir, le 11 avril dernier, l'armée traîne le pas pour remettre le pouvoir aux civils. Obligeant l'Union africaine à sortir de sa torpeur pour lui donner un ultimatum de quinze jours pour s'exécuter, sous peine de sanctions.

C'est dans ce contexte de tension que le chef du Conseil militaire de transition, le général Abdel Fattaah al-Burhane, a réaffirmé, le week-end dernier, son intention de remettre le pouvoir au peuple pour répondre aux aspirations des populations mobilisées depuis des mois contre le dictateur déchu et qui maintiennent toujours la pression dans la rue contre la Grande muette.

Une armée qui s'est accaparée du pouvoir et en qui le peuple insurgé voit la survivance du pouvoir de Béchir. Dans la foulée, le patron de l'instance transitoire de la junte militaire a annoncé la saisie, au domicile de l'ex-homme fort du pays, d'une importante somme d'argent évaluée à une centaine de millions d'Euros.

Pendant que le peuple mourait de faim, le dictateur emmagasinait les milliards

Un véritable trésor de guerre qui ferait mourir de rage plus d'un Soudanais, quand on sait qu'à l'origine des mouvements de rue qui ont abouti à la déposition en règle du dictateur, se trouve une sombre histoire d'augmentation du prix du pain.

C'est dire donc que pendant que le peuple criait famine ou mourait de faim, le dictateur emmagasinait les milliards de F CFA et était assis sur une véritable mine d'argent qui aurait pu contribuer à soulager les souffrances de ses compatriotes dont la grande masse croupit dans la misère et vit dans le dénuement le plus total.

Et cela, non seulement en restant sourd aux supplications de son peuple, mais aussi et surtout en usant du bâton pour briser ces émeutes de la faim. Un cynisme d'une indécence criminelle, pour quelqu'un qui prétendait gérer le pouvoir au nom et dans l'intérêt de son peuple, et qui cumulait près de trois décennies de règne.

En attendant que les investigations nous situent sur l'origine de ces fonds, la question que l'on pourrait se poser est de savoir si les réticences de l'armée à transmettre le pouvoir, ne sont pas liées à un éventuel trésor qu'elle cacherait elle aussi.

En tout cas, le fait que la Grande muette soudanaise joue la montre, tend à prouver qu'elle a des idées derrière la... baïonnette. Et l'on est porté à croire que c'est, entre autres, pour se donner le temps de maquiller certains comptes, avant de lâcher les amarres à défaut d'être dans la possibilité de confisquer le pouvoir.

La question est d'autant plus à propos que le magot découvert au domicile du président déchu, pourrait être la partie visible de l'iceberg aux dessous nauséabonds. Et quand on sait que la Grande muette a toujours été au cœur du système Béchir, ceci pourrait bien expliquer cela.

Quoi qu'il en soit, le constat est que face à l'armée qui fait dans le dilatoire, le peuple semble focalisé sur son objectif de déboulonner tout le système. Et à ce rythme, l'on se demande jusqu'où ira le bras de fer entre le peuple et la soldatesque qui semble déterminée à rester dans les arcanes du pouvoir. Va-t-on vers le clash ? L'histoire le dira. Mais en attendant, s'il y a une chose dont on peut se convaincre, c'est que le président Béchir est loin d'être à plaindre.

La course aux trésors semble avoir pris le pas sur les convictions politiques et idéologiques

Et le pactole découvert à son domicile montre à quel point il y a à redire sur sa gouvernance. Fort malheureusement, des Béchir-Picsou, il y en a à la pelle sous nos tropiques où la politique est malheureusement devenue un marchepied vers la richesse. C'est à se demander même si sous le couvert de la prétendue défense des intérêts du peuple, ce n'est pas la raison fondamentale de l'engagement de certains en politique.

En tout cas, le constat est là, que la course aux trésors et aux biens mal acquis sur le continent, semble avoir pris le pas sur les convictions politiques et idéologiques.

Une attitude d'une indécence morale inqualifiable, d'autant que nos princes régnants n'ont souvent aucun scrupule à monnayer la misère de leur peuple en tendant la sébile à l'extérieur ou encore en endettant le pays jusqu'au cou, alors que certains en profitent pour thésauriser des fortunes colossales, qui vont souvent au-delà de l'imagination.

C'est pourquoi il faut encourager le peuple soudanais dans sa lutte pour le changement, surtout si cela peut contribuer à nettoyer les écuries du dictateur.

Il faut surtout souhaiter que ce combat aboutisse et que Béchir paye non seulement pour ses crimes de sang, mais aussi pour ses crimes économiques. Ce serait un début de justice pour le peuple soudanais. Au-delà, il faut souhaiter que ce combat fasse tache d'huile sur le continent.

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