Congo-Kinshasa: Pas de gouvernement jusque-là - Me Yoko attribue ce "retard" au virement vers un régime semi-présidentiel

Après plus de deux mois au pouvoir, le Président Félix Tshisekedi Tshilombo n'a toujours pas de gouvernement. C'est un fait ! Pourtant, la population, de son côté, attend sans doute que les nouveaux animateurs du Gouvernement soient désignés.

A l'allure d'une trêve, il n'y a aucun signal fort jusque-là. Chose qui inquiète. Selon Me Yoko, juriste et analyste politique, la trêve actuelle s'explique par le fait que l'élection de Félix Tshisekedi ait été un coup de tonnerre dans le chef de tout ce qui s'attendait à un chaos, en considérant, d'une manière abusive, que l'ancien président, Joseph Kabila, pouvait grésiller le processus même de l'alternance pacifique au sommet de l'Etat. C'est d'ailleurs le contraire qui s'est réalisé et tout s'est déroulé démocratiquement, salue-t-il. En revanche, juste après, poursuit Yoko Yakembe, les forces sociales se sont mises à manifester pour faire connaître leurs multiples doléances. Lesquelles doléances ou revendications étaient en quelques sortes une façon de saluer l'avènement de nouvelles institutions et d'espérer des solutions significatives qui allaient être annoncées pour accompagner le changement de régime, estime-t-il. Le fait qu'aujourd'hui tout le monde ait l'impression qu'il y aurait achoppement quelque part ou trêve serait comparable à un "trompe œil" car, d'après lui, personne n'est en retard mais il y a juste changement dans le fonctionnement du système politique du pays.

Pourquoi la trêve ?

«L'explication à donner à cette trêve est qu'elle est liée au changement de politique menée dans le pays. Nous sommes dans le même système, le même régime politique mais qui change dans son fonctionnement au niveau des acteurs », a commenté Me Yoko. Et de poursuivre : « D'après la Constitution congolaise, notre pays pratique pour le moment un régime semi-présidentiel et aussi semi-parlementaire, qui stipule que le président et le parlement partagent le pouvoir». Ce régime, signale-t-il, a fonctionné depuis son instauration en 2006 jusqu'à ce jour, avec des institutions dont les animateurs appartenaient à une même famille politique. Le Président de la République et le Parlement étaient tous le produit d'une même famille politique. Une grande majorité de telle sorte que, dans le fonctionnement, le peuple congolais ne voyait pas en quoi ce régime était semi-présidentiel, semi-parlementaire. « Tout fonctionnait comme si le régime était présidentiel. Comme si, toutes les grandes décisions engageant l'avenir du pays et le fonctionnement des institutions dépendaient exclusivement du Président de la République. Il suffisait que lui veuille ou oriente pour que les choses aillent dans le sens annoncé par lui ou attendu de lui», souligne-t-il.

Retard non intentionnel

Aujourd'hui, nuance-t-il, la donne a changé d'autant plus que les acteurs politiques à la tête du pays ont changé. Et selon la Constitution, c'est de la majorité parlementaire que doit sortir le Chef du gouvernement. «Et donc, il devait y avoir normalement, dans la recherche de la paix et l'harmonie dans le pays, des tractations entre le Président sortant qui regorge d'une majorité dans son regroupement politique, et le Président entrant, qui a tout aussi sa propre famille politique, pour trouver un premier ministre que l'Autorité morale du parti majoritaire doit proposer au Chef de l'Etat», explicite-t-il. A en croire le Patriarche Yoko, ce retard n'est pas lié à la volonté du Chef de l'Etat Félix Tshisekedi, ni aux forces politiques en présence, mais normalement lié au fonctionnement matériel des institutions en vue de la matérialisation du système politique congolais qui sépare le pouvoir du Président au pouvoir du Parlement et qui doit petit à petit être visible avec les nouvelles institutions.

Il faut se concerter

Par ailleurs, Me Yoko Yakembe Placide révèle que dès mardi, date de l'installation du bureau définitif de l'Assemblée nationale, la nomination du Premier Ministre deviendra impérative et le Président de la République doit d'office présenter le Chef du gouvernement qui sera investi à l'Assemblée nationale dirigée, dès lors, par un bureau définitif. Déjà, Yoko Yakembe, sous-tend que des couacs ne se poseraient pas trop dans la désignation du futur locataire de la Primature dans la mesure où les deux animateurs, Tshisekedi et Kabila, se concertent si souvent dans le sens de trouver la bonne tête qui va servir l'intérêt du pays et celui de chacun d'eux. Par-dessus tout, le Patriarche appelle les deux protagonistes à favoriser l'intérêt suprême qui est celui de la nation. « Le problème du pays ne devra se régler qu'entre les peuples congolais et particulièrement entre FCC-CACH, par le biais de leurs représentants. Les étrangers ne peuvent rien amener de bon, si ce n'est de vouloir saucissonner le pays dans leur propres intérêts», a-t-il conseillé.

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