Ile Maurice: Premier trimestre - Les arrivées touristiques en chute libre

Après dix ans, croissance négative pour trois mois consécutif.

Une baisse moyenne de 4,5 % a été recensée pour l'ensemble des marchés pour le premier trimestre de 2019 par rapport à la même époque en 2018. Le leader de l'opposition craint même une croissance négative pour les cinq premiers mois.

Situation alarmante pour le tourisme mauricien. Et pour cause, les arrivées touristiques des principaux marchés sont en nette baisse ou carrément en berne. Les chiffres parlent d'eux-mêmes: une baisse moyenne de 4,5 % pour l'ensemble des marchés pour le premier trimestre de 2019 par rapport à la même période en 2018, avec quatre gros marchés chutant lourdement, le Royaume-Uni (-10 %), La Réunion ( -11%) l'Allemagne (-10 %) et la Chine (-32 %). La dernière fois que Maurice a connu une croissance négative de trois mois consécutifs remonte à dix ans, situation qui survenait dans le sillage de l'épidémie de chikungunya.

Des chiffres qui donnent froid au dos, confirmant l'inquiétude profonde à laquelle l'industrie touristique est confrontée en ce moment. Une lecture attentive des statistiques indique que sur les 12 marchés émetteurs classés comme étant les plus gros générateurs de touristes, par Statistics Mauritius, il y en a sept où Maurice ne parvenait pas à tirer son épingle du jeu, enregistrant une décroissance durant ce premier trimestre.

La baisse varie de -32 % pour la Chine à -20 % pour la Suisse et l'Australie, en passant par l'Inde (- 6 %). De leur côté, la France et l'Afrique du Sud, jadis deux gros pourvoyeurs de touristes, ont eu des arrivées plutôt stagnantes, enregistrant respectivement 1 % et 0 % de hausse. Trois pays où la croissance est positive sont les Pays-Bas ( +10 %), l'Italie ( +7 %) et la Russie( +4 %).

Une situation qui interpelle les hôteliers. «Il ne faut pas se voiler la face. La situation ne peut pas être traitée à la légère. Nous avons de réels défis à surmonter et ce n'est pas en refusant de voir la réalité qu'on parviendra à résoudre la problématique liée à ce secteur», explique le directeur d'un établissement, qui a voulu garder l'anonymat.

L'Association des hôteliers et des restaurateurs de l'île Maurice tente, pour sa part, de relativiser la situation. Son directeur, Jocelyn Kwok, se confiant à l'express récemment, déclarait qu'il existe «un noyau dur de sept marchés émetteurs qui consolident environ 70 % des arrivées touristiques». Il ajoutait «qu'en ce début de 2019, quelques pays de ce noyau dur subissent les effets de phénomènes propres à eux» alors que «le Brexit et ses incertitudes ralentissent l'achat de vacances et posent une menace certaine sur la livre sterling».

Pour La Réunion, «il est devenu beaucoup plus facile de partir en métropole grâce à des principes d'aide améliorés au titre de la continuité territoriale». Sans compter, poursuivait Jocelyn Kwok, que «la Chine reste un peu comme un dilemme car on tarde à trouver le juste équilibre entre la demande des voyageurs, l'intervention des tour-opérateurs chinois, et la connectivité aérienne directe».

Or, ces arguments ne tiennent pas nécessairement la route en analysant de près des chiffres des arrivées touristiques des principaux compétiteurs de Maurice. Pour la même période, soit de janvier à mars 2019, les Seychelles, qui se trouvent également dans l'océan Indien comme Maurice, ont vu leurs arrivées touristiques françaises dopées de 17 %.

Les maldives s'en sortent

Même tendance pour l'Allemagne, +41 % ; l'Inde, +3 % ; et la Suisse, +29 %. Autre concurrent de taille: les Maldives qui, pour la période de janvier à février uniquement, ont vu une hausse de 24 % des arrivées touristiques venant de la France; il y a également +16 % des touristes allemands; + 14 % des Britanniques; + 63 % de Sud-Africains; +67 % d'Indiens et +17 % d'Australiens.

Quant au Sri Lanka, autre destination touristique qui concurrence directement Maurice, la posture est la même. Ce pays a enregistré plus de 6 % d'arrivées touristiques britanniques; 9 % de la Suisse; et 18 % d'Australiens pour les trois premiers mois.

Dès lors, l'ex-ministre des Finances Xavier-Luc Duval soutient que le pays ne peut pas tout mettre sur le phénomène de «gilets jaunes» en France ou du Brexit en Grande Bretagne pour justifier la décroissance des arrivées touristiques de ces deux marchés. «Comment les Maldives et le Sri Lanka parviennent-ils à faire le plein des touristes de ces deux pays et non Maurice ? La situation est beaucoup plus grave que ce que pense le ministre de tutelle. Cela d'autant plus que les forward bookings dans les hôtels pour les mois d'avril et mai sont, selon nos renseignements, inférieurs à celles de la même époque l'année dernière.» Et le leader de l'opposition d'ajouter que les risques d'une croissance négative pour les cinq premiers mois sont réels.

Et quid du corridor Asie-Maurice-Afrique lancé en mars 2016 ? Est-ce un échec au vu du trafic des touristes asiatiques utilisant cet axe ? Megh Pillay, qui était CEO d'Air Mauritius lors du lancement de ce couloir aérien, répond que «c'est un business model qui n'existe plus dans un monde où chacun veut arriver à destination le plus vite possible et sans escale». Et d'ajouter: «En privé, tout le monde le savait dans l'industrie, mais personne n'osait en parler.»

Pour leur part, les spécialistes s'appuient sur les chiffres pour jauger les retombées de cette route et son impact sur les arrivées touristiques. Or, c'est la même tendance baissière avec dans le cas de la Malaisie, une croissance négative (- 25 %) ; idem pour Singapour (- 11 %) et Hong Kong (- 28 %).

Loin de demi-mesures, il faut tirer la sonnette d'alarme, clament les opérateurs souhaitant une réflexion sur la stratégie avec toutes les parties prenantes pour renverser la vapeur. Et éviter que la croissance économique y soit affectée car le tourisme y contribue 24 % du PIB.

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