Burkina Faso: Blocage des activités judiciaires - La réaction de Me Prosper Farama

Consécutivement à la suspension de la participation des avocats du Burkina Faso à toutes les audiences des cours et tribunaux sur toute l'étendue du territoire pour 96h à compter du mardi 23 avril 2019, la reprise de l'audience du procès du coup d'Etat manqué du 16 septembre 2015 a aussitôt été grippée.

Les maîtres de la parole ont informé Seidou Ouédraogo et les autres membres du tribunal de la tenue, la veille, de l'assemblée générale extraordinaire des avocats et des décisions qui en ont résulté. Etant donc dans l'impossibilité de plaider, ils ont souhaité le renvoi du dossier au 30 avril prochain ; une requête à laquelle ont accédé les juges de la chambre de première instance du tribunal militaire de Ouagadougou. Pourquoi ce nouveau report et quel est l'objectif visé à travers cet arrêt de travail ? Est-ce que la décision de suspension rencontre l'assentiment de tous les avocats ? Me Prosper Farama a apporté des réponses à ces questions hier à l'issue du renvoi de l'audience du putsch manqué.

«Il y a eu une assemblée générale des avocats à l'instigation de l'Ordre des avocats, qui a pris une résolution de suspendre toutes les activités devant les cours et tribunaux du pays pendant 96 heures pour dénoncer une situation que la justice vit depuis un certain temps. Depuis le mois d'octobre 2018, les juridictions pénales sont dans l'impossibilité de fonctionner parce qu'il y a eu d'abord le mouvement des Gardes de sécurité pénitentiaire (GSP), puis a commencé, depuis la semaine passée, celui des greffiers. Cette action a pour but d'interpeller le ministère en vue de lui faire comprendre qu'il y a des violations flagrantes des droits humains parce qu'il y a des gens qui sont détenus.

Ces personnes ont droit à un jugement dans un délai raisonnable, mais elles sont détenues depuis des mois. Nous pensons que c'est assez grave et qu'il est temps que les autorités prennent en main cette situation et y trouvent une solution le plus rapidement possible ; c'est dans ce sens que cette résolution a été prise par l'Assemblée générale des avocats. Nous avons tenu à nous présenter ce matin pour expliquer cela au tribunal et avons demandé le renvoi au regard de cette résolution.

Nous sommes des avocats et, à titre personnel, je n'étais pas à l'AG. Mais je ne dirai pas pour autant que la décision de suspension ne rencontre pas l'assentiment de tous les avocats. Vous savez comment fonctionne un Ordre. Lorsqu'il y a une AG, de ce que je sais au niveau du barreau, il n'y a pas de quorum requis, ceux qui n'y participent pas s'obligent à se soumettre à la décision prise qui en ressort. Lorsqu'on est contre une décision, on va à l'AG. Je ne voudrais pas discuter sur cette question du nombre de personnes qui a décidé, l'AG a été portée à la connaissance de tous les avocats, moi je n'y étais pas pour des raisons personnelles mais j'ai l'obligation de respecter la décision qui a été prise.

Quand on est dans un Etat de droit, la faute incombe principalement aux autorités politiques, c'est à elles de tout mettre en œuvre pour que le service de la justice soit continu. Il y a des revendications qui sont posées par des acteurs de la justice. Je ne sais pas comment ça se passe, je ne connais même pas les tenants exacts de ces revendications mais en tant qu'avocat, j'ai des clients détenus depuis des mois à la MACO qui ne peuvent pas voir un juge et encore moins être jugés, ce n'est pas normal. Ce que nous faisons, c'est interpeller les autorités en disant qu'il faut que la justice fonctionne normalement pour tout le monde sinon ce sont d'autres problèmes qu'on pose. On ne peut pas emprisonner des gens, parmi lesquels il y a probablement des innocents qui attendront des mois, voire des années, avant que leur innocence ne soit reconnue. Ce serait injuste.

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