23 Avril 2019

Burkina Faso: Décès de suite de couches - «L'hémorragie en est le premier coupable» (Mariam Nonguierma, présidente de l'ASFB)

Le taux de mortalité maternelle aurait-il augmenté ces derniers temps au Burkina ? Même s'il n'y a pas eu d'étude récente sur le sujet, c'est en tout cas ce que laissent croire des informations véhiculées actuellement par les réseaux sociaux.

Pas un seul jour sans qu'on publie une information relative au décès d'une femme des suites de couches. Carnet de santé s'en est ouvert à la présidente de l'Association des sages-femmes du Burkina, Mariam Nonguierma, qui assure que ce n'est qu'une perception, car il n'y a pas plus de décès liés à l'accouchement. Tout en déplorant ces décès, elle relève différentes situations qui peuvent provoquer la mort de suite de couches.

En Afrique le meilleur vœu qu'on aime formuler à l'endroit d'une femme enceinte, c'est : «Que Dieu te donne un bon jour». Et ce n'est pas pour rien. En effet, comme le fait remarquer la sagesse populaire, une femme enceinte a un pied dans la tombe. C'est dire que de façon inattendue, elle peut passer de vie à trépas aussi bien pendant la grossesse, lors de l'accouchement qu'après. L'enquête démographique et de santé de 2015 situe le ratio de mortalité maternelle à 330 pour 100 000 naissances vivantes.

Selon la présidente de l'association des sages-femmes du Burkina, Mariam Nonguierma, en service à l'hôpital Yalgado, la mortalité maternelle « est une mort survenue au cours de l'accouchement ou dans les 42 jours suivant la naissance ou un avortement ».

La saignée

Les causes de cela, dira la sage-femme, sont diverses et multiformes. «Mais la plus grande cause reste les hémorragies. Une femme qui vient pour accoucher et qui saigne ou qui saigne même après l'accouchement est très en risque», a-t-elle déploré avant d'ajouter : «Il y a des femmes chez qui, quand elles se mettent à saigner rien ne peut réparer l'hémorragie. Alors que si l'hémorragie atteint un certain stade, le sang ne se coagule pas. Elles ne font donc que se vider de leur sang et même si on le remplace, elles se vident jusqu'à en mourir».

A ce facteur s'ajoutent d'autres, non des moindres. Il s'agit, a continué d'énumérer celle qui a une trentaine d'années d'expérience dans la prise en charge de la femme, de :

- L'éclampsie. « Elle se manifeste comme l'épilepsie mais est due à la montée de la tension artérielle. Quand ça démarre chez une parturiente, elle fait des crises convulsives, se mord les dents. A ce moment, si on n'y prête pas attention pour extraire rapidement le bébé, il peut s'ensuivre la mort de la mère et de l'enfant », a-t-elle expliqué.

- Les infections. Si lors de l'accouchement, a relevé Mme Nonguierma, par un quelconque matériel, la femme est infectée, elle se met à faire de la fièvre. Tout son organisme s'infecte et ça provoque de la septicémie. Elle peut en mourir.

- L'anémie ou le manque de sang qui peut survenir avant même que la femme ne vienne pour accoucher. « Alors que si une parturiente complètement anémiée entre en travail sans une transfusion de sang pour compenser, elle peut mourir ».

- Les ruptures utérines. L'utérus, a indiqué la sage-femme, peut se rompre lors de l'accouchement et provoquer des hémorragies.

- Les complications dues aux avortements qui peuvent provoquer une rétention du fœtus et aussi des hémorragies très intenses. Dans le cas des avortements clandestins, a souligné l'agent de santé, le fœtus peut même percer l'utérus, provoquant également des hémorragies. Toujours dans le cadre des avortements clandestins, il peut y avoir une intoxication due aux produits ingurgités pour avorter.

- L'âge avancé, à en croire Mme Nonguierma, peut constituer un facteur de risque de mortalité : « Pour les femmes d'entre 45, 46 ans, l'utérus est fatigué. Et généralement ce sont des multipares dont l'utérus est déjà fragilisé. En plus, la plupart viennent de milieux défavorisés et sont dénutries. Autant de risques qui peuvent conduire à la mort ».

Et la césarienne dans tout ça ?

Un autre constat fait actuellement au Burkina en ce qui concerne les accouchements, c'est la forte tendance à la césarienne. Pourtant, des études ont démontré que l'accouchement par césarienne comporte beaucoup plus de risques que celui par voie basse. Alors la césarienne ne pourrait pas être une autre cause de mortalité maternelle ? Selon notre sage-femme, il n'y a pas de doute que l'accouchement par césarienne est moins sécurisant que celui par voie basse. En effet, a-t-elle relevé, déjà en ce qui concerne l'anesthésie, beaucoup de femmes y réagissent très mal et peuvent en mourir. A ce risque se greffent les saignements et les infections nosocomiales. Toutefois, a-t-elle aussi relevé, la césarienne n'est pas appliquée à qui le veut au Burkina. « On ne fait pas plus de césariennes au Burkina que dans les autres pays. Le médecin n'opère pas parce que la femme, face à la douleur, a demandé à être opérée. En tout cas, pour ce qui est des hôpitaux publics, on opère sur une indication bien précise :soit parce que l'enfant est gros, qu'il y a une souffrance fœtale ou que la vie du bébé ou de la mère est menacée pour toute autre cause », a-t-elle fait remarquer.

«Qu'on laisse les sages-femmes se faire la main avant de les affecter»

Face à la mortalité maternelle, d'aucuns n'hésitent pas à pointer un doigt accusateur sur le manque d'expérience de certaines accoucheuses dans nos hôpitaux. Pour Mariam Nonguierma, on ne peut pas jeter l'opprobre sur les sages-femmes, car à l'impossible nul n'est tenu. « Il est conseillé aux sages-femmes d'avoir toujours à l'esprit le serment prêté qui est de sauver des vies. A cet effet, elles sont tenues de donner les soins jusqu'à n'en plus pouvoir. Et la mortalité maternelle n'épargne personne. En 2018, au moins 4 sages-femmes sont mortes en voulant donner la vie, vous voyez que c'est désolant.

Parfois les références tardives, la méconnaissance du diagnostic et le retard dans la prise en charge peuvent justifier ces décès. En plus, beaucoup de sages-femmes, après leur sortie des écoles, n'ont pas eu le temps de se faire la main, c'est-à-dire de faire face à des cas compliqués, avant d'être affectées parfois dans des centres de soins reculés où elles se retrouvent seules, face aux complications », s'est-elle défendue avant de plaider pour plus de formation et d'équipement des agents de santé.

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