Egypte: Sommet d'urgence sur le Soudan et la Libye - Al-Sissi, un pompier pas si désintéressé que ça

Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi (centre), le chef des Services de renseignement égyptien Abbas Kamel (Droite) et le général libyen Khalifa Haftar (gauche), au palais présidentiel, au Caire, le 14 avril 2019.
analyse

Hier, mardi 23 avril 2019, la capitale égyptienne a abrité, l'un après l'autre, deux sommets d'urgence sur le Soudan et la Libye. Deux Etats en proie à une crise, l'un depuis seulement quelques semaines et l'autre depuis 2011 avec la chute de Kadhafi.

Ces rencontres visaient, selon un communiqué des autorités égyptiennes, à éviter le dérapage et à assurer la stabilité et la paix dans les deux pays concernés. Initiées par le maréchal Abdel Fattah al-Sissi en sa qualité de président en exercice de l'Union africaine (UA), elles ont connu la participation d'une bonne brochette de chefs d'Etat africains qui ont fait le déplacement sur les rives du Nil afin de trouver des «solutions africaines» aux équations soudanaise et libyenne.

Ont, en effet, répondu à l'appel du nouveau Raïs du pays des Pharaons le Sud-Africain Cyril Ramaphosa, le Tchadien Idriss Déby Itno, le Congolais Denis Sassou-Nguesso, le Djiboutien Ismaël Omar Guelleh et le Somalien Mohamed Abdullahi Mohamed.

Au sujet du Soudan, le communiqué final du conclave a indiqué que les chefs d'Etat sont parvenus à un consensus visant à accorder un délai supplémentaire de trois mois au Conseil militaire de transition pour qu'il remette le pouvoir aux civils. Cette décision apparaît comme un fléchissement de la position de l'organisation régionale puisque quelques jours plus tôt, elle sommait les nouveaux maîtres de Khartoum de rendre le tablier sous quinzaine, sous peine de sanctions. Et il y a fort à parier que l'hôte des discussions n'est pas étranger à ce desserrage de vis, lui qui avait apporté implicitement son soutien à la junte soudanaise.

Cette « recommandation » venant du Caire intervient alors que les manifestants du côté de Khartoum ne lâchent pas du lest, continuant à réclamer sans plus attendre la mise en place d'un gouvernement expurgé de la soldatesque. Une revendication que le nouvel homme fort du pays, le général Abdel Fattah Abdelrahmane al-Burhan, et ses compagnons d'armes se hâtent lentement de satisfaire, espérant maintenir un embryon militaire dans le prochain exécutif. Autant dire donc qu'une fois Omar el-Béchir débarqué par ses généraux, l'alliance entre la rue et la caserne a vite volé en éclats. Dans ces conditions, les risques de chaos et d'instabilité ne sont pas à écarter. Ce qui inquiète le président en exercice de l'UA, qui a battu le rappel de ses pairs au Caire.

Si les participants sont parvenus à concocter une potion, le plus difficile sera de la faire avaler par les Soudanais, pour qui la revendication d'un gouvernement civil n'est pas négociable. Al-Sissi et ses commensaux parviendront-ils à assurer le service après-vente de ce sommet dont les participants ne sont pas de bons élèves de la démocratie, que les anti-Béchir réclament après trois décennies d'un règne sans partage ? En effet, à l'exception du président sud-africain Cyril Ramaphosa, on cherchera en vain parmi ceux qui étaient réunis autour de la table celui qui est très à cheval sur les principes de l'Etat de droit.

Dans ce registre, on pense en premier lieu à l'initiateur de la rencontre lui-même, le président Al-Sissi, qui non seulement est parvenu au pouvoir par des voies tortueuses mais aussi, et surtout, déploie des trésors de manœuvres pour garder le sceptre le plus longtemps possible. Ces deux réunions de crise sur le Soudan et la Libye n'interviennent-elles pas au lendemain d'un référendum constitutionnel visant à permettre au maréchal de rester aux affaires jusqu'en 2030 ? Le tombeur en 2013 de Mohamed Morsi, certes issu des Frères musulmans, une organisation considérée comme terroriste par de nombreux Etats, mais démocratiquement élue en 2012, semble oublier que les maux auxquels il s'échine à trouver des remèdes ont pour origine les longs règnes et le pouvoir absolu.

Cependant, il convient de voir en cette initiative du président en exercice de l'UA la parfaite illustration de cet adage bien connu en Afrique qui enseigne que quand la case de votre voisin brûle, il faudrait l'aider à éteindre l'incendie avant que le feu n'atteigne la vôtre. Les risques de dérapage et d'instabilité qui menacent le Soudan et la Libye, où le général Khalifa Haftar, l'homme fort de l'Est, a lancé une offensive sur Tripoli, inquiètent à l'évidence le pays des Pharaons, qui ne veut pas voir un foyer se déclarer à ses frontières sud et ouest, d'autant plus que le pays est déjà en proie au terrorisme dans la zone du Sinaï.

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Plus de: L'Observateur Paalga

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