24 Avril 2019

Burkina Faso: Reprise du travail au MINEFID - Le réseau ferait toujours défaut

«Chaque travailleur du ministère de l'Economie, des Finances et du Développement est invité à reprendre convenablement le travail à partir du mercredi 24 avril 2019».

L'information émane de la Coordination des syndicats du ministère de l'Economie et des Finances (CS-MEF) qui, à l'issue d'une rencontre avec le gouvernement le 23 avril, a annoncé qu'un terrain d'entente a été trouvé sur les préoccupations des travailleurs.

Si la reprise est effective dans quelques divisions fiscales à Ouagadougou, le problème de réseau qui entame la bonne marche des activités, lui, serait toujours d'actualité et réel selon un de nos interlocuteurs qui a requis l'anonymat.

Une sorte d'omerta sur l'accord entre les syndicats et l'exécutif existe même si la CS-MEF entend communiquer en temps opportun.

10 h sur l'avenue Charles de Gaulle. L'aire de stationnement jouxtant la Direction régionale des impôts du Centre, Ouaga V, n'est pas rebondé d'engins, mais il y avait de quoi montrer aux passants que cette division fiscale est belle et bien fonctionnelle.

Des vendeuses d'arachides et d'oranges par-ci, des parqueurs, des cireurs de chaussures ou encore des vendeurs de crédits de communication par-là.

L'heure n'est pas aux longues files devant les guichets mais les agents sont là. «Est-ce que vous avez une autorisation de la Direction régionale du Centre ?

Pour votre collègue de la télé, nous avons été informés de sa venue », nous expliquent deux responsables des lieux. Après quelques minutes à discutailler, l'accès aux locaux est autorisé.

Cependant, la consigne est ferme : pas de prises de vue du personnel dans les bureaux mais cela ne concerne pas les usagers du service.

La mise au point terminée, l'un d'eux nous conduit tour à tour dans les sections «Publicité foncière», «PUH» (ndlr : Permis urbain d'habiter), dont les occupants sont présents mais inutile de chercher à leur arracher un mot. Dans un des guichets, une dame se démène avec son ordinateur.

«Le travail a repris, tout le monde est là. Nous avons, cependant, des problèmes de connexion. Vous voyez que ça ne marche pas, si elle insiste, le nombre de fois qu'elle va cliquer équivaudra au nombre de fois que l'usager doit payer alors qu'il paye une fois.

Si elle insiste, c'est elle qui va payer le surplus », nous explique notre guide, avec un léger rictus.

En ces lieux, il autorise le JRI (Journaliste reporter d'image) à filmer l'écran et se montre disposé à nous conduire dans d'autres sections. «Mais cela est-il vraiment nécessaire ?», nous demandions-nous avant de nous résoudre à accoster des usagers.

Mariam Zallé/Coulibaly est une stagiaire dans une association. Elle est venue s'acquitter de l'IUTS (Impôt unique sur les traitements et salaires) de sa structure. «Je suis là depuis 7h, actuellement, il est presque 11 h mais je n'ai pas encore eu gain de cause, du fait d'un problème de connexion.

Même si nous sommes contentes de la reprise normale des activités, l'attente est longue. Les agents nous ont fait savoir que le retard est dû à la connexion», explique-elle. Elle détiendrait la somme par devers elle depuis deux mois et espère cahin-caha la verser à la faveur de cette reprise.

Hamidou Rel-Windé Ouédraogo est également dans l'enceinte de la direction depuis 7h. C'est un agent d'une organisation non gouvernementale (ONG).

Pour lui, passer 30 mn à payer des impôts, c'est déjà trop. «Ce n'est pas facile d'être là pendant 4 ou 5h alors qu'on veut évacuer ces instances et vaquer à autres choses », ajoute-t-il.

La reprise lui laisse tout de même un arrière-gout, lui qui avait été balloté par des «guichetiers qui nous font tourner en rond avec des explications qu'on ne comprend pas ». Une situation qui était difficile en ce qui concerne la gestion de la comptabilité de l'organisation.

Hamidou Rel-Windé Ouédraogo ne s'est pas empêché de donner son avis, estimant que c'est préférable que «chacun fasse normalement le travail qui lui a été assigné et que c'est ensemble qu'on peut élever haut l'étendard du Burkina Faso».

L'occasion s'y prêtant, il exhorte les agents des impôts à mettre un peu d'eau dans leur vin parce que les Burkinabè et le pays, dit-il, veulent «avancer ».

«De 5000 francs CFA par jour, je suis passé à 1500 »

Le ralentissement des activités au niveau de la direction a aussi impacté le «marché» d'Aboubacar Gouem. C'est lui le «boss» des jeunes parqueurs.

A cause de la baisse de la fréquentation du service, il a eu son chiffre d'affaires journalier baissé considérablement. «Depuis un certain moment, nous n'avons pas vraiment travaillé.

Nous venons le matin et avec le peu de clients, nous descendons à 12h au lieu de 17h. Cette fois-ci la situation a beaucoup joué sur mon contrat.

Par jour, je pouvais avoir 5000 francs CFA mais je suis passé à 1500 », raconte-t-il, tout sourire comme pour dire que les choses vont également reprendre de plus belle.

L'origine de ce mouvement d'humeur, d'après ce qu'il a entendu ça et là, est un problème de connexion qui se cacherait derrière l'affaire du Fonds commun, l'Etat ayant décidé de plafonner ce fonds à 25% de la masse salariale annuelle des bénéficiaires.

Après le quartier Wemtenga, cap sur Dassasgho qui abrite la Direction régionale des impôts du Centre, Ouaga VII. Là, les engins à deux roues sont rares.

«Tout va bien ici, tout le monde a repris », dit la secrétaire. Sur sa table, se trouve une fiche, probablement une liste de présence (noms, prénoms, et signatures). Elle ajoute que la directrice vient de sortir pour «aller voir le problème de réseau».

A la Direction régionale des impôts du Centre, un des responsables s'étonne d'emblée qu'on lui parle de reprise du travail comme s'il y en avait eu un arrêt. «Il n'y a pas eu d'arrêt de travail dans nos locaux. Vous pouvez le constater dans les différents bureaux », indique l'agent, qui soutient n'avoir jamais quitté son poste et avoir régulièrement accompli la tâche a lui confiée.

Il nous propose de visiter les différentes sections du service comme l'ont fait nos interlocuteurs de Ouaga V. La difficulté majeure, selon lui, est le problème de réseau qui est bien réel.

«Après le service de l'enregistrement contenant les données des contribuables (remplissage de formulaire), c'est ici qu'ils se font imposer avant d'aller payer.

C'est à ce niveau également que les dieux de la connexion nous lâchent par moments », nous explique notre accompagnateur. Selon ses propos, dans la même enceinte, il arrive que certaines machines fonctionnent et d'autres pas.

Pour celui qui a requis l'anonymat, le réseau est très souvent défaillant ou très faible si bien qu'ils ne peuvent pas imprimer les documents ; ce qui irrite les usagers.

«Les gens abandonnent généralement leurs activités et s'ils n'ont pas gain de cause rapidement, ils finissent par être outrés ou fulminent parce que l'attente a été longue », déclare-t-il tout en confiant qu'il a parfois joué au médiateur face à des situations similaires afin de ramener le calme.

La vétusté des installations et du matériel justifie également les dysfonctionnements, à écouter notre vis-à-vis.

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