24 Avril 2019

Cote d'Ivoire: A'salfo (commissaire général du FEMUA) - "Cette année, nous allons mener beaucoup d'actions en faveur des femmes"

interview

Lead-vocal de Magic System, Salif Traoré dit A'salfo est aussi le patron du Femua, festival des musiques urbaines d'Anoumabo. Un événement qui sera à sa 12ème édition, du 23 au 28 avril prochain à Abidjan et Gagnoa.

Entre deux rendez-vous, la vedette du zouglou livre, dans cet entretien, les grandes lignes du Femua 12 et se prononce sur les difficultés du marché musical en Côte d'Ivoire. Entretien.

Après 2011, la Première Dame de Côte d'Ivoire, Mme Dominique Ouattara, sera, de nouveau, la marraine du Femua en 2019. Qu'est-ce qui justifie ce second choix ?

Ce sont les actions qu'elle mène par rapport au thème qui a été défini pour cette 12ème édition du Femua. On ne peut pas parler de la place de la femme en Côte d'Ivoire, sans avoir une pensée tout de suite pour Mme Ouattara.

Vu le thème « Genre et développement », elle est la personne la mieux indiquée pour parrainer ce 12ème Femua. Elle mène de nombreuses actions pour le bienêtre des femmes. C'est ce qui a guidé notre choix.

Mais au-delà de cela, elle reste la marraine attitrée du groupe Magic System. Elle nous accompagne dans toutes nos activités. C'est aussi une façon de lui rendre hommage pour son engagement fort en faveur de la cause des femmes.

 Le pays accueille pour la première fois cette année un pays invité d'honneur. Pourquoi cette innovation ?

La Côte d'Ivoire est une terre d'accueil et d'intégration. Et en termes de brassage culturel, Abidjan reste l'une des capitales africaines qui promeut fortement le brassage culturel. C'était important que nous allions cet aspect intégration au festival.

C'est pourquoi, nous avons jugé utile et surtout indispensable d'inviter chaque année un pays pour que ce pays puisse montrer ses valeurs culturelles, promouvoir ses valeurs artistiques et surtout permettre à la communauté de ce pays résidant en Côte d'Ivoire de se retrouver pour une fois.

Donc, le Burkina Faso, de par ses liens historiques, de fraternité et d'union avec la Côte d'Ivoire, était le premier pays, le mieux indiqué, pour entamer ce cycle de brassage culturel. Le premier pays invité ne pouvait donc qu'être le Burkina Faso. Pour les autres éditions, d'autres pays seront choisis.

Concrètement, comment cela va-t-il se traduire ?

Il s'agira, pour le Burkina Faso, de promouvoir à travers ses artisans et ses artistes, ses potentialités culturelles. Il y aura un village du Burkina Faso, avec des stands d'exposition.

La journée du 25 avril sera dédiée au Burkina Faso, et elle sera meublée par une série d'activités à Anoumabo et à l'Injs.

Il y aura également une nuit du Burkina Faso qui se tiendra à l'Institut Français, au Plateau.

Quelles seront les autres innovations de ce Femua 12 ?

La grande innovation, c'est la petite scène, qui sera mise en place du 23 avril au 24 avril à l'Injs. Elle permettra à tous les artistes qui n'ont pas la chance de se produire sur la grande scène, de s'exprimer.

Plusieurs artistes, de tous genres musicaux (zouglou, couper décaler, dj, variété), vont se retrouver sur scène.La liste est ouverte, tout le monde peut s'inscrire. Nous aurons aussi le Femua Carnaval, qui sera un moment de ferveur totale et de communion avec les populations.

 Comme en 2018, les deux grandes soirées dmusicales du Femua 12 à Abidjan auront encore lieu à l'Injs, et non à Anoumabo. Cette délocalisation est-elle définitive ?

Le Femua n'a jamais quitté Anoumabo qui abritera la cérémonie d'ouverture, le Femua Kids, le Femua Carnaval. Comme vous le savez, le Femua a grandi. Et compte tenu de ses exigences logistiques, sécuritaires, il est difficile de le faire aujourd'hui à Anoumabo.

Nous étions dans une allée, et nous avons frôlé le pire au Femua 10. Et pour éviter cela, nous avons jugé utile d'aller dans un espace plus grand afin de permettre aux festivaliers, qui sont de plus en plus nombreux, d'être dans un espace plus confortable et spacieux.

Je crois qu'Anoumabo comprend cela. Et quoi qu'il arrive, le Femua commence toujours à Anoumabo.

Comme têtes d'affiche, on annonce Allah Thérèse, Oumou Sangaré, Extra Musica, Kaaris, Molière... Pour certains, ce n'est pas la première fois qu'ils reviennent au Femua. Qu'est-ce qui justifie le choix de ces artistes ?

Ce sont les valeurs que nous pouvons partager ensemble. Et, chacun à sa matière contribue au bien-être des populations de son pays. Après, il fallait faire des choix par catégories générationnelles.

Le choix d'Allah Thérèse est par exemple un clin d'œil à toute une génération. C'est aussi le partage des expériences, la rencontre des visions et des générations. Cette sélection est également la rencontre des genres musicaux.

Nous avons surtout respecté la parité du genre avec huit artistes femmes et huit artistes hommes. Pour nous, c'est un thème qui est d'actualité et nous avons estimé que le Femua peut être un bon canal pour promouvoir la parité du genre.

Je précise que les rencontres professionnelles, dénommées Carrefour Jeunesse, se dérouleront à Abidjan et à Gagnoa.

Pendant deux jours, mercredi 24 et jeudi 25 avril, il y aura des débats avec les jeunes à l'Injs (Institut national de la jeunesse et des sports) ; et le vendredi 26 avril, ces mêmes rencontres débats auront lieu à Gagnoa, en prélude au concert de clôture, prévu le dimanche 28 avril 2019.

Justement, pourquoi allezvous à Gagnoa cette année pour la décentralisation ?

Le Femua se veut un festival national et international, un festival rassembleur. L'année dernière, nous étions à Korhogo dans le Nord, et en 2019, on a décidé d'aller dans le Centre-ouest afin d'égayer les populations qui y vivent. Cela contribue aussi à la réconciliation et à la cohésion sociale.

En quoi ce Femua 12 serat-il différent des précédents ?

Les Femua se suivent mais ne se ressemblent pas. Chaque Femua a son ADN. Cette année, nous mènerons beaucoup d'actions en faveur des femmes. Le Femua 12 est dédié à l'émancipation des femmes.

Ce sera la différence avec les autres Femua. Nos partenaires vont aussi mener beaucoup d'actions.

L'Union européenne a décidé de nous rejoindre cette année et une journée lui est dédiée le 26 avril. La Première Dame viendra apporter un élan de solidarité aux femmes.

En marge du Femua 12, vous avez lancé récemment l'Ue Magic Tour. Quels sont les enjeux de de cette tournée qui vous conduira à travers le pays jusqu'en novembre prochain?

Nous allons promouvoir les valeurs communes de l'Ue et la Côte d'Ivoire. L'idée, c'est de rencontrer les populations pour parler d'éducation, de santé, d'immigration, de développement durable. Comment faire comprendre à ces populations que leur prise en charge dépend d'ellesmêmes ?

Il s'agira, pour nous, de promouvoir des valeurs de solidarité d'initiative. C'est vrai que c'est une grosse tournée, mais la musique vient en dernière position. C'est plus des actions de sensibilisation que nous mènerons.

Il y aura des rencontres avec les populations, des débats, des activités sportives. Nous allons visiter de nombreuses villes du pays dont Odienné, Daloa, Abengourou. C'est une fierté pour Magic System d'avoir été choisi par l'Ue pour conduire ce projet.

Entre vos nombreuses tournées et vos myriades d'actions sociales, les fans attendent fiévreusement votre nouvel album. C'est pour quand ?

C'est que nos actions sociales nous ont un peu éloigné des studios. Mais, on rassure nos fans qu'on arrive bientôt.

Nous venons de boucler un single intitulé « Jeans & baskets » qui va être lancé dans les prochains jours. Vous entendrez les premières notes, avant la fin du mois. C'est une exclusivité que je vous donne.

 Et l'album ?

Le groupe a tellement de chose à faire qu'on va pas à pas pour sortir un album cohérent. Il ne faut pas sortir un album parce que les gens en redemandent. D'ici la fin de l'année 2019, nos fans auront de quoi chanter et danser.

On assiste aujourd'hui à l'éclosion d'une nouvelle génération d'artistes zouglou. Pensez-vous que la relève est bien assurée ?

Oui. Parce qu'il y a du talent derrière. Mais, nous voulons que cela s'inscrive dans la pérennité. Il faut que ceux qui arrivent derrière puissent tirer le mouvement afin de permettre à d'autres générations de pouvoir émerger après eux. Révolution, Zouglou Makers, Magic Diesel, Les Leaders... on est fier de voir éclore une génération qui fait beaucoup de live que de play-back. Et cela est important.

 Mais, quel soutien leur apportez-vous ?

Nous en avons produits certains notamment Zouglou Makers, Succès Nimy que j'ai découvert à The Voice. Rico Amaj a rejoint notre écurie. Notre production n'est pas seulement ivoirienne, elle est aussi africaine.

En Côte d'Ivoire, il n'y a presque plus de marché pour les œuvres musicales. Les artistes sont résignés à vivre essentiellement de leurs spectacles. Avez-vous peur pour le futur ?

Effectivement, ça fait peur. Même en France, le marché du disque physique est en baisse. Nous avons un taux de bancarisation très faible. Sur 10 personnes, deux ou trois personnes ont des cartes bleues.

Donc, il n'y a que 30% de personnes qui ont accès aux nouvelles méthodes d'achat de la musique notamment les téléchargements.

Ce qui fait que c'est dur. Avant le citoyen lambda pouvait se rendre avec 1500 ou 2000 FCFA pour acheter une cassette ou un CD. Maintenant, on parle de téléchargement.

Tout le monde n'a pas une carte bleue pour aller sur iTunes. C'est la fracture numérique qui cause cette situation. Tout le monde n'a pas accès à internet et ensuite tout le monde n'a pas une carte bleue pour acheter de la musique sur les plateformes de téléchargement.

Nous avons nos feuilles de paie à la Sacem et nous voyons bien que les gens téléchargent nos chansons et c'est payé. Ici, ce n'est pas le cas. On a la chance d'avoir le mobile banking, mais pour l'instant il ne permet d'acheter de la musique sur ITunes, digster ou spotify.

La nouvelle économie de la musique passe nécessairement par le digital et ces plateformes de téléchargement de la musique. Avec une fracture numérique très forte, et un taux bancarisation faible, c'est très difficile, pour la Côte d'Ivoire, de s'adapter à cette nouvelle donne.

La jeunesse africaine est aujourd'hui décimée par le phénomène de l'immigration avec ces jeunes qui échouent dans la Méditerranée en voulant rallier l'Europe. Avez-vous, en tant que leader d'opinion, un message particulier à leur lancer ?

On ne dit à personne de ne pas partir en Europe. Mais, on conseille aux jeunes d'aller en Europe par des moyens réguliers. Sinon, l'immigration a toujours existé. Immigrer, c'est d'aller d'un pays à un autre, pour une raison précise.

Mais, on déconseille aux jeunes d'aller en Europe par des moyens détournés au risque de perdre leur vie.

Nous leur demandons d'éviter d'aller mourir dans la Méditerranée. Souvent, certains ont de petits moyens qu'ils peuvent utiliser pour mener une activité, mais ils engagent tout cela dans un voyage sans être sûrs de pouvoir arriver à destination.

A ceux qui ont encore des oreilles pour écouter, ne tentez pas ce voyage. Un temps viendra où vous pourrez aller en Europe quand vous le voulez. On ne peut pas risquer sa vie pour l'aventure.

On peut rester à Abidjan et entreprendre. C'est notre musique qui nous a fait découvrir l'Europe. Donc, le mécanicien peut y aller grâce à sa profession.

Idem pour le menuisier. Je connais des gens qui ont fait de petites choses ici et je les vois venir à Paris en vacances avec leur famille, parce qu'ils ont cru en ce qu'ils faisaient ici. Je demande aux jeunes de croire en ce qu'ils font ici.

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