Congo-Brazzaville: Droits de l'enfant - Les mineurs gagnent du terrain dans le commerce

Dans les marchés, les grandes artères de Brazzaville et de Pointe-Noire notamment, les commerçants mineurs sont de plus en plus nombreux. La loi contre la traite des personnes qui protège aussi les enfants, récemment adoptée par le parlement, peut contribuer à combattre le phénomène. Encore faudrait-il que le texte d'application ne tarde pas à venir.

Ils ont sur la tête, des cuvettes d'eau fraîche, de bissap, de gingembre, entre autres. Des boissons contenues dans des bouteilles en plastique usées ou dans des sachets dont l'usage est pourtant interdit sur le territoire national depuis quelques années déjà. D'autres mettent les marchandises dans des brouettes pour ne pas vite s'épuiser et mieux arpenter les rues.

A la criée, ces mineurs, commerçants ambulants, interpellent les passants pour leur proposer des produits en vente. Dans les arrêts de bus implantés près des grands marchés de Brazzaville : Total, Poto-poto, Ouenzé, Moungali, certains sédentaires étalent les marchandises sans percevoir le risque d'être fauchés par les véhicules au moment de stationnement, puisqu'aucun garde-fou ne les met pas à l'abri.

Ces mineurs ne se lancent pas dans le commerce pour les mêmes raisons. Certains reçoivent l'aval des parents. Le but étant de rapporter un peu d'argent dans le ménage pour subvenir aux besoins vitaux.

« Maman fait des yaourts, de l'eau, du bissap... Il y a des clients qui viennent acheter à la maison mais on prend une partie pour venir vendre au marché », a expliqué Gloire, âgé de 10 ans, qui arpente les artères du marché Total, à Bacongo, deuxième arrondissement de la capitale. D'autres encore pactisent avec les teneurs des boutiques qui mettent à leur disposition des marchandises à faire écouler sur le marché.

En retour, une partie des recettes est mise à leur disposition. Dans ce sens, le phénomène prend les allures de l'exploitation des enfants à des fins commerciales.

Par ailleurs, il y en a qui le font furtivement, s'arrangeant à ce que les parents ne s'en aperçoivent. Ceux-ci sortent de la maison en tenue scolaire pour mieux tromper la vigilance des parents et se retrouvent dans les marchés en train de commercer, après s'être débarrassé de l'uniforme scolaire.

L'Etat prend des mesures

Devant les sénateurs, sur la loi contre la traite des personnes, le ministre de la Justice, des droits humains et de la promotion des peuples autochtones, Aimé Ange Wilfrid Bininga, a été clair.

« Dans notre pays, la place des enfants est à l'école. Nous devons donc contribuer à ce que notre société prenne un nouveau départ sur ces faits qui menacent dangereusement même la formation de nos enfants. Ce phénomène est en train d'entrer chez nous parce que la législation n'a pas suffisamment encadré ces comportements. Il s'agit de nous mettre au diapason, faire en sorte que la loi puisse permettre aux juges de trouver matière à incriminer, à juger, à punir », a-t-il déclaré.

La loi contre la traite des personnes, adoptée par le parlement au cours de ce mois, peut juguler le phénomène, puisqu'elle définit les éléments constitutifs de l'infraction. Seulement, le retard dans la prise des textes d'application est une réalité. Pour sortir ces enfants de ce cercle vicieux, il est nécessaire que les pouvoirs publics ne soient pas lents. L'interdiction des mineurs à faire des actes de commerce est universellement reconnue. Les parents non plus n'ont le droit de pousser leur progéniture à le faire ou encore à le faire en leur nom. La loi adoptée, sans amendement par le Congo, est une preuve de la volonté du pays, au plus haut niveau, d'honorer ses engagements internationaux en matière de protection des droits humains.

Avec les textes d'application, il est donc possible d'espérer que dans un avenir proche, le phénomène pourra être maîtrisé et que les enfants retrouveront leur place sur les bancs de l'école.

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