25 Avril 2019

Ile Maurice: Lainkana Zafivanona Ernest - «Le point de rendez-vous des trafiquants était entre Sainte-Marie et Maurice»

interview

Le tout nouveau directeur des douanes malgaches nous raconte comment s'est déroulée l'opération qui a conduit à la saisie de 46 kg d'héroïne, dans la Grande île, lundi 22 avril dernier. Deux des cinq suspects, Papa Freddy et Ismaël N'Zo, ont été arrêtés aujourd'hui. Quant à la drogue, vu sa valeur et le risque que la garder, elle a été détruite.

Vous démarrez sur les chapeaux de roues. Quatre jours après votre entrée en fonction (la passation de services entre l'ex-DG Eric Narivony Rabenja et lui s'est faite le 18 avril), la douane et les forces de l'ordre malgaches ont effectué la saisie de 46 kilos d'héroïne suite aux renseignements des services des douanes mauriciens...

Depuis la semaine dernière, avant même la passation avec mon prédécesseur, j'ai dû prendre les choses en main. Depuis, je cumule des journées très chargées. J'arrive au bureau à 6 heures et repars à 21 heures. C'est le métier. Je sors justement d'une réunion de deux heures avec les forces de l'ordre sur cette affaire dont vous parlez.

Quelle est l'origine de cette opération ?

Suite aux échanges d'informations avec le directeur général des douanes mauriciennes, nous avons pris les choses en main dès jeudi 18 avril avec des agents déjà en poste à Sainte- Marie, une petite île au nord de Tamatave. Dans l'après-midi, avec l'intervention des différentes forces de l'ordre, y compris les forces navales, nous avons commencé à ratisser les côtes de la zone concernée. Notre périmètre de bouclage était entre le sud de Tamatave et Sainte-Marie. Sauf qu'à 16 h 30, jeudi après-midi, un bateau a pu quitter Sainte-Marie.

Comment ça ?

Selon les informations reçues, le point de rendez-vous du bateau était entre Sainte- Marie et Maurice. Nous n'avons pas détecté l'embarcation de 15 à 20 mètres qui, toujours selon les indications, était de couleur blanche à l'extérieur et bleu à l'intérieur.

Qu'avez-vous fait alors ?

Nous ne pouvions pas faire d'intervention en haute mer en raison des moyens limités en termes d'économie du bateau. C'était plus facile pour nous d'opérer sur la terre ferme. Car, en parallèle, nous avons déployé des agents pour surveiller et suivre cinq complices à Sainte-Marie: un Sud-Africain répondant au surnom de Papa Freddy, un Africain connu des services malgaches comme un complice des trafiquants et répondant au nom d'Ismaël N'Zo, ainsi que trois Malgaches. Le service des douanes mauricien nous avait communiqué l'identité de deux des suspects. Nous avons donc, depuis jeudi, mené quatre jours de surveillance sans résultat. Puis, nous avons eu des renseignements comme quoi les cinq suspects allaient embarquer le lundi 22 avril à 7 heures, le matin, sur El Condor, un bateau de plaisance qui fait la traversée entre Sainte-Marie et Mahambo, à 100 km de Tamatave.

Racontez-nous la suite...

Lundi matin, nous les avons attendus à Mahambo. Les complices étaient à bord de deux véhicules, une Range Rover grise et une Audi noire. Nous les avons alors pris en filature. Nous avions demandé à la brigade mobile de surveillance basée à Tamatave de les arrêter à un barrage. Sauf que l'Audi, à bord de laquelle il y avait des personnes non identifiées, s'est arrêtée quelque part à quelques kilomètres de Mahambo. Comme nous avions une seule voiture qui les suivait, nous avons choisi de suivre la Range Rover dans laquelle ils avaient embarqué des bagages. Au barrage, avec la police et la douane, le suspect Papa Freddy qui était au volant de la Range Rover a pu malgré tout prendre la fuite

Comment vos hommes et la police ont-ils pu laisser les suspects prendre la fuite ?

En fait, pendant que la brigade mobile de surveillance a arrêté la voiture au contrôle douanier, elle était encore en train de faire l'enquête. La Range Rover devait ensuite être escortée par la brigade mobile de surveillance, sauf que Papa Freddy a pris la fuite au volant de la Range Rover. Place alors à une course-poursuite. Ce sont les Forces d'intervention de la police nationale qui ont pu mettre la main sur la Range Rover, prise dans un cul-de-sac. Les suspects ont laissé la drogue sur place avant de prendre la fuite.

Pourtant, lundi, vos services et ceux des forces de l'ordre malgaches ont pu saisir moins d'un quart de la cargaison ciblée. Le reste de la drogue se trouve-t-elle encore sur le territoire malgache ?

En effet, selon nos renseignements, il devait y avoir 220 kilos d'héroïne. On ne saurait dire si le reste de la drogue se trouve toujours sur notre territoire. L'enquête se poursuit de notre côté aussi bien que du côté de la police.

A quel marché cette drogue était-elle destinée?

On ne sait pas. Tant que l'enquête n'est pas bouclée par nos services et ceux de la gendarmerie et autres services de police, on ne saurait le dire.

La drogue provient bien de l'Afrique du Sud ?

Sur l'emballage de la drogue saisie, c'était écrit Tanzanie.

Vous démarrez certes à ce poste mais que pouvez-vous nous dire sur l'ampleur du trafic de drogue entre l'Afrique, Madagascar et Maurice ?

Je suis en poste depuis une semaine (ce jeudi). Compte tenu des informations et la quantité de saisie qu'il y a eu ces dernières années, Madagascar constitue certes une plaque tournante de l'héroïne, voire un point de transit de la drogue. Les trafiquants ont comme lieu de prédilection, les îles comme Sainte-Marie et Nosy Be car ils savent qu'en termes d'interventions, nous avons moins de moyens sur place. Ils se déplacent donc plus facilement. Il est vrai aussi que ceux-ci changent souvent de mode opératoire.

Et qu'en est-il de cette coopération entre la douane mauricienne et la douane malgache ?

Elle marche très bien qu'on a pu mettre la main sur une importante saisie avec ma première grosse opération. Je sais aussi que l'année dernière, il y a eu d'autres opérations fructueuses avec la coopération de la douane mauricienne et aussi la douane réunionnaise. On espère bien continuer notre collaboration de manière étroite.

Ile Maurice

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