Burkina Faso: Ibrahim Yanogo, président du RCK - «Quand on porte un club dans son cœur, on ne peut pas rester indifférent à ses difficultés»

interview

Elu par acclamation à la tête du Rail club du Kadiogo (RCK) le 24 mars dernier lors d'une assemblée générale, Ibrahim Yanogo préside désormais aux destinées des Faucons. Leur supporter numéro 1 ne voulait pas voir les cheminots sombrer davantage dans la crise qui sévissait depuis lors.

Ambitieux, il veut ramener le club au premier plan du Fasofoot, avec dans l'immédiat, une place sur le podium. Dans cette interview, l'administrateur de l'Agence d'exécution des travaux et de l'équipement rural (AGETEER) parle de la dynamique qu'il veut insuffler au Rail.

Quelles ont été vos motivations lorsque vous avez accepté de prendre les rênes du RCK ?

Il faut dire que c'est à l'issue de l'assemblée générale du 24 mars 2019 que j'ai été porté à la tête du club. Pour ce qui concerne mes motivations, je suis un fan du RCK depuis ma tendre enfance.

Cela a commencé du temps de l'ASRAN (Association sportive de la RAN) ; l'attachement et l'amour pour le club m'ont toujours animé.

C'est d'ailleurs ce qui m'a orienté au moment de l'AG et, Dieu merci, les autres ont estimé que j'étais en mesure de porter cette équipe.

Quelle était la situation du club lors de votre prise de service ?

Je profite de l'occasion pour remercier l'équipe que nous avons remplacée. Pour ceux qui connaissent le RCK, en début de saison, quand on s'installait ce n'était pas facile, il y avait des départs massifs de joueurs et des moyens limités. Le club comptait à 90% sur les subventions de l'Etat et l'apport de la fédération.

On est venu trouver une situation tendue sur le plan financier, mais il fallait faire avec. Après l'état des lieux, on s'est dit que malgré tout, avec le niveau que le club a atteint, nous félicitons ceux qui étaient aux affaires.

Vous prenez le Rail club à un moment où pratiquement personne ne semblait être intéressé par la présidence. N'est-ce pas une patate chaude qu'on vous a refilée ?

Je ne vois pas les choses sous cet angle. Depuis le départ du PCA Hamado Traoré, le comité transitoire qui avait été mis en place avait un mandat de 3 mois et devait organiser l'AG. L'appétit venant certainement en mangeant, cela s'est poursuivi.

C'est une situation irrégulière. Mais, au fil de l'année, la gestion s'est avérée plus complexe, ce qui fait qu'en fin décembre 2018, l'équipe faisait face à une crise.

Il a fallu faire appel au Dr Edouard Traoré, que je salue au passage, qui a élargi un comité de crise dont je faisais partie. Depuis décembre en début de phase retour du championnat, on gérait la situation match après match. Je ne dirai pas qu'on nous a refilé une patate chaude.

Quand on porte une équipe dans son cœur, on ne peut pas rester indifférent. Nous pensons que la situation est passagère et qu'ensemble nous allons ramener le RCK à son niveau d'antan.

Et quelles sont vos ambitions ?

Pour un club comme le nôtre qui fait partie de l'élite nationale, dans un avenir proche, nous allons travailler à faire du RCK le champion du Burkina Faso.

Nous ambitionnons de participer aux compétitions internationales, de travailler à professionnaliser le club.

On compte développer les petites catégories. Vous savez que le RCK est un club omnisports. Il y a plusieurs disciplines. Il faut donc progresser avec la base pour que l'équipe ait une vision meilleure.

Et vous arrivez à gérer le volet financier ?

Merci d'aborder cette épineuse question. En dehors des clubs-services, notamment l'AS SONABEL, l'USFA... , il faut dire que les clubs comme le RCK et ceux de la 1re division qui tirent leurs revenus des subventions ont des moyens limités.

Il faut alors avoir recours à tous les niveaux, notamment aux supporteurs. Quand on est arrivé, les joueurs avaient 3 mois d'arriérés de salaire et des primes de signature non encore honorées.

Il fallait tenir un langage franc avec l'encadrement, les joueurs et les anciens dirigeants pour qu'ensemble, on envisage de résoudre les problèmes.

Il y a eu des efforts qui ont été faits pour apurer un tant soit peu les dettes, qui demeurent. Les acteurs du club ont compris le message et on essaie de juguler la situation avec pour objectif de terminer le championnat au moins sur le podium.

Quelle formule comptez-vous trouver pour contourner ces difficultés ?

Nous travaillons à avoir des partenaires. C'est d'abord cela. Vous verrez que le nouveau bureau est fort de 15 membres avec deux vice-présidents dont un a la charge de travailler à la recherche du partenariat.

Dans ce volet, en réunion hebdomadaire, nous discutons et faisons la prospection. Nous avons des contacts qui sont favorables à un échange gagnant-gagnant.

Hormis cela, nous nous sommes fixé pour objectif de travailler à placer les joueurs à l'extérieur. Nous restons dans cette dynamique parce que cela nous permettra d'engranger les ressources pour nos ambitions.

Dans les clubs qui ont connu un passé glorieux comme le RCK, il y a toujours des supporters dans l'ombre qui tirent les ficelles. Parvenez-vous à concilier tous les courants de pensée ?

A cette question, je répondrai que les supporters au Burkina Faso ont de l'amour pour leur club, mais côté contribution, ils ne sont pas réactifs.

Nous avons discuté avec nos supporters pour organiser cela pour qu'ils s'approprient ne serait-ce que les cartes de membres. Il faut que chacun se sente concerné en apportant sa cotisation. Un conseil consultatif a été mis en place à cet effet.

Il compte 26 membres. Nous allons essayer de catégoriser les supporters en fonction des contributions.

Nous allons donner la parole à certains d'entre eux en AG en fonction aussi de leur implication. Pour les supporters moyens, il faut des cartes qui vont permettre de les accompagner dans leurs difficultés. Cela nous permettra de plaider leur cause.

Hier ASRAN (Association sportive de la RAN), aujourd'hui RCK (Rail club du Kadiogo). Est-ce qu'au-delà du nom, le club est toujours adossé à la Sitarail ?

De l'ASRAN des années 80 au RCK, c'est un héritage que nous a légué le chemin de fer du Burkina. Nous sommes en train de vouloir entrer en contact avec la SOPAFERB, gestionnaire des infrastructures de la Sitarail.

Nous avons eu des échanges avec l'ancien président Hamado Traoré qui était déjà sur le dossier en son temps. Nous comptons reprendre les démarches pour voir dans quelle mesure on pourrait bénéficier d'un appui.

L'équipe porte déjà leur nom. Donc c'est la leur et nous pensons qu'ils doivent faire des efforts pour accompagner le RCK. Nos bureaux même se trouvent sur le domaine de la Sitarail et lorsqu'on remonte un peu plus haut, l'équipe s'entraînait à l'intérieur de la gare du train.

Pourquoi n'avoir pas attendu la saison prochaine pour la reprise en main du club plutôt que la mi-saison ?

Il faut dire que depuis le dernier match de la phase aller, il y avait crise au RCK. Il fallait y trouver une solution pour achever le championnat. Si, depuis décembre, on n'avait pas entamé la gestion de la crise, il n'eût pas été évident qu'on atteignît ce niveau.

C'est alors que le comité de crise a travaillé à ce qu'on aille en AG. C'est un problème qui est connu de tous. C'est ensemble que nous pouvons porter le club. Il fallait vivre les difficultés pour comprendre. Donc rien n'a été précipité.

La saison est presque finie et il faut se projeter sur l'année prochaine...

Nous travaillons d'ailleurs à cela et c'est la raison pour laquelle nous avons rencontré les joueurs et l'encadrement technique.

Nous sommes effectivement en contact avec les différents partenaires pour qu'à la fin du championnat, nous puissions commencer le renouvellement de certains contrats ou le recrutement de certains athlètes.

Nous avons à cœur de consolider notre effectif afin qu'il soit le plus compétitif possible. L'ensemble du bureau est dans cette dynamique et nous voulons relever les défis du futur.

C'est vrai que c'est un challenge, mais un club comme le RCK devrait pouvoir se donner les moyens d'atteindre ses objectifs.

Il reste 4 journées pour la fin du championnat national de D1, êtes-vous optimiste quant à son issue pour votre club ?

C'est vrai que le sprint final est difficile, mais nous sommes sereins et déterminés. Quand vous rencontrez une équipe qui se bat pour le maintien, c'est très compliqué.

Il en est de même lorsque c'est face à des clubs qui jouent au haut du tableau. Mais qu'à cela ne tienne, je pense qu'on va gérer au mieux ces 4 matches restants et rester sur le podium.

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