28 Avril 2019

Soudan: Accord entre civils et militaires - Compromis ou compromission ?

Photo: Radio Dabanga
'Hundreds of thousands' on the streets of Sudan capital

Va-t-on vers la fin du bras de fer qui oppose les civils aux militaires au Soudan ? Question à mille inconnues puisque les deux parties, sans autre forme de précisions, annoncent un accord sur la plupart des revendications sur la table.

« Nous avons un accord sur la plupart des exigences présentées dans un document de l'Alliance pour la liberté et le changement (ALC) », a déclaré le porte-parole du Conseil militaire qui s'est emparé du pouvoir depuis la chute de Omar El Béchir, le 11 avril dernier.

En quoi consiste donc cet accord dont on dit qu'il contente civils et militaires ? Difficile d'y répondre pour l'instant. On sait seulement que les deux parties sont convenues de former un conseil conjoint et que dans la foulée, trois hauts gradés ont annoncé leur démission du directoire militaire en place.

En tout cas, une chose est sure : l'armée soudanaise sera au coeur du jeu politique pour ne pas dire qu'elle jouera les premiers rôles durant tout le temps que durera la transition au Soudan. C'est à se demander si elle n'a pas été ragaillardie par l'Union africaine (UA) qui semble lui avoir donné suffisamment de temps pour manœuvrer.

Si fait que certains, ne cachant pas leur pessimisme, voient dans cet accord, une véritable entourloupe destinée à divertir l'opinion pour permettre à la Grande muette d'avoir du répit. Pour eux, plutôt que d'un compromis, il ne s'agit ni plus ni moins que d'une compromission. Ils n'ont peut-être pas tort.

Car, les hommes politiques sont ainsi faits qu'ils sont capables de privilégier leurs intérêts personnels au détriment de ceux du peuple qui a pourtant payé un lourd tribut pour que soit opéré un véritable changement au sommet de l'Etat soudanais.

Quand on connaît l'attachement viscéral de l'armée au pouvoir, on peut craindre qu'elle ne s'adjuge les postes les plus importants

On a en tout cas, des raisons de rester prudent car ni l'armée ni les leaders de la contestation ne précisent les contours de l'accord que tous se félicitent d'avoir signé dans une atmosphère empreinte de convivialité.

Ce qui fait craindre le syndrome centrafricain où, parvenus à un accord, les protagonistes avaient commencé à se chamailler plus tard quand était venue l'heure du partage des postes.

Conséquence, le gouvernement d'union nationale aussitôt formé, a été remis en cause. Au Soudan, on n'en est pas encore là.

Mais quand on connaît l'attachement viscéral de l'armée au pouvoir, on peut craindre qu'elle ne s'adjuge les postes les plus importants ; toute chose qui pourrait provoquer des grincements de dents.

On attend de voir. Mais le moins que l'on puisse dire, c'est que le peuple soudanais n'est pas dupe et ne se laissera plus conter fleurette.

Et c'est de bonne guerre car on l'a vu en Algérie et peu avant, en Egypte, où les militaires ont fini par récupérer la révolution des peuples alors même que pendant des décennies, ils passaient pour les meilleurs soutiens des dictateurs qui réprimaient et opprimaient leurs concitoyens.

En tout cas, le Soudan de demain sera ce que le peuple veut qu'il soit, pour peu que celui-ci ne baisse pas les bras face aux hommes en treillis qui s'accrochent au pouvoir.

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