28 Avril 2019

Burkina Faso: Assassinat de cinq enseignants dans le centre-est - Le coup de trop

Photo: RFI
Localisation de Maytagou, au Burkina Faso.

Le village de Maïtaougou dans la commune rurale de Comin-Yanga dans le Centre-Est du Burkina, a été le théâtre d'une attaque terroriste vendredi dernier, qui n'a laissé aucune chance à la quasi-totalité du personnel enseignant et à un conseiller municipal dudit village. Cinq instituteurs au total ont été abattus devant leurs élèves qu'on imagine durablement traumatisés par cet acte inqualifiable et inédit dans notre pays.

C'est vrai que le monde enseignant a été déjà endeuillé des suites d'attaques terroristes, notamment dans la province du Soum, en mars 2017 et en mars 2019, mais c'est la première fois que les fameux individus non identifiés frappent le cœur de nos valeurs, mais aussi de notre avenir, avec une telle cruauté en décimant le personnel enseignant de l'école de Maïtaougou.

Ils ont ainsi mis leurs menaces à exécution, puisqu'il nous revient que les assaillants avaient fait passer des messages sans ambiguïté à certains instituteurs de la région, selon lequel ils ne laisseraient pas ces derniers vivants s'ils continuaient à enseigner dans les écoles classiques qu'ils considèrent comme des antichambres de l'enfer, ou des hauts-lieux de la mécréance, de la perversion et de l'abomination.

En clair, ils veulent réduire dans leurs zones d'action, le nombre d'institutions ou de cadres qui diffusent des idéologies contraires à leur vision obscurantiste du monde, et, même s'il ne faut pas tomber dans le catastrophisme ou dans la paranoïa, force est de reconnaître qu'ils sont en passe de réussir leur funeste pari puisque des centaines d'écoles ont fermé leurs portes à l'Est, au Centre-Est, au Sahel, au Nord et dans la Boucle du Mouhoun.

Mais que fait l'Etat dont la mission régalienne est de protéger les citoyens burkinabè sans exclusive, face aux menaces récurrentes contre ces cibles faciles que sont les enseignants, et face au mode opératoire des terroristes ?

Le gouvernement ne doit pas se méprendre sur la gravité de la situation

Le plus malheureux dans l'attitude de nos autorités, n'est pas leur incapacité à venir à bout de ce fléau transfrontalier que nos moyens matériels et financiers ne permettent pas de juguler objectivement, mais c'est surtout le fait qu'elles donnent l'impression d'être dépassées par les événements et qu'elles nous cachent la majeure partie de la vérité et de la menace.

Dans la série d'attaques dont notre pays a fait l'objet, il y a indubitablement la main des djihadistes puisqu'ils en ont revendiqué certaines, même s'il ne faut pas exclure des actes crapuleux ou d'autres perpétrés par ceux qu'on pourrait appeler « les déçus de la République ». Face donc à toutes ces menaces qui sont combinables et qui ne faiblissent pas, bien au contraire, le régime en place doit faire preuve de fermeté et surtout de lucidité.

C'est bien de bander les muscles, de concocter des plans d'urgence pour le développement de telle ou telle région, de multiplier les opérations militaires, mais il faudrait songer à allumer d'autres contre-feux comme la promotion de la cohésion sociale, le redressement des torts à travers une justice équitable.

Le président du Faso qui semble être déjà en train de peaufiner ses stratégies de campagne pour sa réélection en 2020, devrait plus que quiconque se rendre à l'évidence que le Burkina Faso est en passe de se déglinguer sous son magistère et l'histoire qui a toujours besoin de repères, le retiendra.

Comment d'ailleurs va-t-on organiser sereinement des élections dans ce contexte où les choses sont en train d'aller manifestement en vrilles, avec ces attaques tous azimuts et une administration publique paralysée par des séries de grèves ?

L'année scolaire en cours est en pointillés avec le mouvement d'humeur annoncé par les syndicats du secteur de l'Education, qui sera certainement accentué par l'assassinat de cinq des leurs qui apparaît à leurs yeux, comme le coup de trop.

Le gouvernement actuel ne doit pas se méprendre sur la gravité de la situation globale du pays, et le président Roch Marc Christian Kaboré, pour avoir vu le sort réservé à son prédécesseur, devrait reconnaître la justesse des propos de Denis Didérot selon lesquels « sous quelque gouvernement que ce soit, la nature a posé des limites au malheur des peuples.

Au-delà de ces limites, c'est ou la mort, ou la fuite, ou la révolte ». En tout état de cause, la nécessité et l'urgence du colmatage des brèches profondément ouvertes dans notre pays, du fait de l'insécurité, des mouvements sociaux et des frustrations diverses, commandent des concertations « intégrales et inclusives » afin que les pogroms enregistrés à Yirgou, à Zoaga, à Arbinda et l'assassinat glaçant des enseignants dans le Centre-Est, soient élucidés, pour apaiser les cœurs et rabibocher nos compatriotes qui ne regardent plus dans la même direction depuis que les démons de la haine, de l'intolérance et de la stigmatisation ethnique, ont pris place dans notre tissu social.

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