Congo-Kinshasa: Le Nord-Kivu entre trois feux - Groupes armés, Ebola et crise alimentaire

Jeunes homme armées dans le Nord-Kivu. (archive)
29 Avril 2019

Le mauvais sort que l'on redoutait tant, semble s'acharner depuis sur la province touristique du Nord-Kivu. Et les alertes viennent de partout. D'abord, des populations locales victimes de l'insécurité et de l'épidémie d'Ebola. Ensuite, des ONG internationales qui craignent une crise alimentaire. Cette série noire a commencé, on s'en souvient, avec des incursions sporadiques des groupes armés locaux, les fameux Maï-Maï. Une dizaine de ces forces négatives recensées lors de la Conférence de paix « Amani »de Goma en 2009, avaient promis de renoncer à leurs activités criminelles, à condition que leurs membres soient intégrés au sein des Fardc et de la Police nationale, avec leurs grades acquis dans le maquis.

Pour n'avoir pas obtenu satisfaction à leurs exigences, ces groupes armés basés dans la forêt et les montagnes, s'étaient tournés vers l'exploitation artisanale des minerais. Dans certaines localités où ils imposent leur loi, ces miliciens recourent aux enfants encore en bas âge, filles et garçons, pour renforcer leurs rangs et aussi pour le creusage, la collecte et le transport du coltan. L'exportation de ce minerai stratégique est orientée vers les pays voisins qui aujourd'hui, en sont devenus de grands producteurs. Cette activité clandestine leur procure des ressources importantes pour l'achat des armes et munitions et le paiement de leurs membres.

Il y a aussi les rebelles étrangers de l'ADF-NALU. Provenant de l'Ouganda voisin, ces rebelles multiplient des incursions à Beni et Butembo, où ils tuent, pillent les habitants dont les cases et autres maisons sont incendiées. Cette politique de terreur a contraint les populations d'évacuer leurs localités pour aller se cacher dans la forêt. Ces déplacés, dont la plupart refusent de regagner leurs champs, connaissent une situation dramatique : famine, maladies et mauvaises conditions de vie.

Ceux restés dans les villes et villages ne sont toujours pas en paix. Depuis des mois, l'épidémie d'Ebola a pris le relais des groupes Maï-Maï et décimé près d'un millier d'hommes, femmes et enfants. Et si le gouvernement congolais, appuyé par l'OMS et d'autres partenaires internationaux, n'avait pas pris des mesures urgentes pour sensibiliser les populations, installer des centres de traitement pour soigner les malades, la riposte n'aurait pas donné des résultats escomptés.

Mobiliser urgemment des interventions humanitaires pour les habitants du Nord Kivu

Une autre alerte venant de la Société civile locale fait état de la campagne d'intoxication de la population invitée à déserter les centres sanitaires mis en place pour regagner leurs communautés. Ce qui favorise quelque extension de la maladie vers des localités et villages voisins dont ceux de l'Ituri, compliquant la tâche aux équipes médicales dépêchées sur place. Et comme si cela ne suffisait pas, l'insécurité est revenue au galop avec des menaces de mort proférées contre les membres du personnel soignant des centres de traitement et de riposte contre Ebola. Le Docteur Richard Mouzoko, médecin camerounais, de la coordination des actions de riposte, a été abattu par ces hommes armés dont on ignore les revendications réelles.

La semaine passée, de nouvelles menaces de conflits intercommunautaires et interethniques qui planaient dans cette partie de la république, ont fait craindre le pire. Et pendant que l'on s'interrogeait sur la manière d'éviter l'embrasement, des ONG internationales, dont le Conseil Norvégien pour les Réfugiés ont tiré la sonnette d'alarme sur la crise alimentaire.

A en croire Maureen Philippon, directrice pays de cette organisation en RDC, en moyenne 87 % de personnes déplacées au Nord-Kivu, ne vivent qu'avec un peu plus d'un repas par jour dans des zones touchées par les conflits et le virus Ebola au Nord Kivu. Les familles touchées par le virus mortel, a-t-elle indiqué, ont perdu l'accès à la nourriture et sont au bord de la malnutrition. En effet, la crise actuelle liée au virus Ebola aggrave encore les conditions d'existence de ces populations. Et d'ajouter qu'une conséquence involontaire de l'épidémie est a été son effet néfaste sur l'économie de la province. Les personnes infectées ou soupçonnées d'avoir contracté la maladie, ont été forcées d'abandonner leur travail.

Selon des données récentes des Nations- Unies, plusieurs régions du Nord-Kivu affectées par le virus Ebola, connaissent une forte augmentation du taux de la faim. Et si des interventions urgentes ne sont pas enregistrées dans les semaines qui suivent, il y a lieu de craindre une situation catastrophique. L'autre mauvais signal est la stigmatisation des commerçants du Nord Kivu en déplacement en Ituri et d'autres territoires. Avec de mauvaises récoltes, la baisse des marchés et le faible niveau d'interventions humanitaires face aux besoins immenses, la situation alarmante risque d'échapper au contrôle et causer d'immenses pertes en vies humaines.

Le gouvernement devrait déployer une action vigoureuse multisectorielle sur le terrain et tenter de mobiliser des financements des partenaires pour venir à bout de cette crise.

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