29 Avril 2019

Afrique de l'Ouest: Sommet extraordinaire du G5 Sahel - Des mots contre des maux

Photo: L'Observateur Paalga
La chancelière Angela Merkel est en effet arrivée à l’aéroport international de Ouagadougou pour une rencontre bilatérale entre la République Fédérale d’Allemagne et le Burkina Faso, suivie dans la foulée d’un sommet extraordinaire avec les chefs d’Etat membres du G5 Sahel.
analyse

« La chancelière allemande, Angela Merkel, effectue les 1er et 2 mai 2019, une visite d'amitié et de travail à Ouagadougou. Dès son arrivée, le 1er mai, elle aura une rencontre bilatérale avec le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, avant de participer à un sommet extraordinaire du G5 Sahel. (... ). Au cours du sommet extraordinaire du G5 Sahel, qui regroupera les cinq chefs d'Etat de l'organisation, il sera question de la lutte contre le terrorisme, et de l'opérationnalisation de la force conjointe ». Telle est la teneur d'un communiqué de la Présidence du Faso, publié le 23 avril dernier.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que ce sommet extraordinaire du G5 Sahel, ne pouvait pas mieux tomber, puisqu'il semble dicté par l'actualité sous-régionale, qui a vu une recrudescence du terrorisme, principalement au Mali, au Burkina Faso et au Niger où les attaques sont devenues quasi hebdomadaires voire quotidiennes, avec régulièrement des pertes en vies humaines et des dégâts matériels importants.

La pieuvre terroriste est loin d'être vaincue

Au Burkina Faso principalement, l'offensive des Forces de défense et de sécurité à l'Est et au Centre-Est à travers l'opération Otapuanu, avait fait naître l'espoir de réduire la capacité de nuisance de la bête à sa plus simple expression, à défaut de la vaincre, mais la recrudescence des attaques ces derniers temps dans plusieurs autres localités du pays, est la preuve que la pieuvre terroriste est loin d'être vaincue.

Pire, à ce mal devenu chronique dans ces contrées du Sahel depuis maintenant quelques années, sont venus s'ajouter des conflits communautaires qui mettent à mal la cohésion sociale et le vivre-ensemble des communautés locales. Au Burkina, on a encore fraîchement en mémoire les drames de Yirgou, Zoaga et Arbinda, qui ont entraîné des dizaines voire des centaines de morts et des milliers de déplacés et qui ont marqué au fer rouge, la cohésion sociale, avec les relents pestilentiels de stigmatisation ethnique à laquelle la communauté peule semble avoir payé le plus lourd tribut.

Au Mali voisin, Bankass et Ogossagou demeurent les souvenirs les plus récents de ces conflits entre communautés peule et dogon, qui ont entraîné dans chaque cas, plus d'une centaine de morts. Et ce n'est pas tout. Les assassinats ciblés, les enlèvements, les vols, les pillages, les incendies de domiciles et autres symboles de l'Etat, etc., sont autant de maux qui sont venus se greffer comme un gui, à l'arbre du terrorisme dans la sous-région.

C'est pourquoi ce sommet extraordinaire du G5 Sahel, qui s'ouvre sous la présidence du président Kaboré, revêt une importance capitale, pour redonner du souffle à une organisation dont les populations attendaient beaucoup, mais qui peinent toujours à voir l'impact de l'action sur le terrain. Et le risque de la désillusion n'est pas loin, tant que la force commune, tel un albatros, restera clouée au sol, faute de financement. C'est dire si la question de son opérationnalisation ne semble pas préoccuper outre mesure en haut lieu, surtout au niveau de la communauté internationale qui rechigne à cracher au bassinet.

Si la question du financement de la force du G5 Sahel doit être rédhibitoire, il serait mieux d'en prononcer le requiem

Autrement, comment comprendre qu'en moins d'une semaine, on ait pu réunir près du milliard d'euros pour la reconstruction de la Basilique Notre-Dame de Paris, là où le G5 Sahel n'a besoin que de deux fois moins pour boucler le financement de sa force commune et aller à l'assaut des terroristes pour sauver des vies en Afrique ?

Le pire est que depuis la mise en place de la force du G5 Sahel, nos têtes couronnées semblent piquées par le virus de la « réunionite » et volent de sommet en sommet sans que les lignes ne bougent véritablement dans le sens de l'opérationnalisation de ladite force. Ce sont des mots que l'on oppose à des maux qui ont pourtant besoin d'une thérapie de cheval.

Comme si à la puissance de feu de l'adversaire, l'on n'avait que le discours à opposer. C'est pourquoi l'on peut se demander quand est-ce que l'albatros prendra enfin son envol. Car, il est regrettable de constater que face à une question aussi préoccupante que celle du terrorisme et ses effets induits et pervers, nos dirigeants donnent finalement le sentiment d'être plus dans les discours de circonstance que dans les actions vigoureuses que la situation appelle sur le terrain.

En tout cas, force est aujourd'hui de constater que l'espoir né de la mise en place de la force du G5 Sahel qui était perçue comme l'arme adéquate pour porter l'estocade aux « barbus » et les traquer jusque dans leurs chiottes, est en train de s'amenuiser, s'il ne s'est déjà envolé, chez des populations désabusées, qui vivent l'insécurité au quotidien et qui ne savent plus vraiment quel saint protecteur invoquer.

C'est à se demander s'il n'y a pas, quelque part, une main invisible qui prend un malin plaisir à plomber les actions de ladite force conjointe. C'est pourquoi si la question du financement de la force du G5 Sahel doit être rédhibitoire et si cette force commune doit continuer à ressembler à une coquille vide, il serait mieux d'y renoncer et d'en prononcer le requiem pour ne pas continuer à donner de faux espoirs aux populations.

Car, pendant que les rencontres se multiplient et que l'on se perd dans les discours, les terroristes ne restent pas oisifs sur le terrain ; eux qui ont la mauvaise manie de se signaler, à chaque fois que se tiennent de tels sommets. En tout état de cause, il faut souhaiter que ce sommet qui verra la participation de la chancelière allemande, Angela Merkel, pour traduire l'engagement de son pays dans cette cause, puisse donner un coup de fouet à une organisation qui a besoin d'être beaucoup plus visible sur le terrain.

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