30 Avril 2019

Burkina Faso: Marche des avocats - Les robes noires verts de rage

Les avocats du Burkina Faso ont organisé une marche hier lundi 29 avril 2019 au cours de laquelle ils ont remis aux autorités un mémorandum pour les interpeller sur la paralysie de l'appareil judiciaire et le déni des droits humains que cela entraîne.

Cette manifestation clôt la semaine de suspension de la participation des hommes en robe noire aux audiences des cours et tribunaux sur l'ensemble du territoire national.

Hier après-midi, au cours d'une assemblée générale extraordinaire, les avocats ont reconduit pour une semaine leur mouvement de boycott des audiences.

« Si ceux-là sont dans la rue, ça doit être grave ! » C'est ce qu'une dame postée devant le Conseil économique et social affirmait alors que les avocats, très mobilisés, se rendaient au ministère de la Justice pour remettre à qui de droit leur message.

«C'est la première fois que ce corps marche, ajoute-t-elle». Mais à ce sujet, elle fait fausse route car, selon Me Antoinette Ouédraogo, ancien bâtonnier, la première marche des maîtres de la parole date de 1992.

Cette fois, l'affaire est très sérieuse, car depuis le mois d'octobre 2018, à cause des grèves des Gardes de sécurité pénitentiaire (GSP) et des greffiers, en lutte pour l'amélioration de leurs conditions de vie et de travail, l'appareil judiciaire est bloqué.

Les audiences ne se tiennent plus et, tout aussi grave, dans les maisons d'arrêt, les GSP n'assurent plus les extractions, les escortes et les réceptions de détenus.

La marche de ce lundi clôt une suspension de 96 heures de la participation des avocats aux différentes audiences.

Ces deux activités sont la concrétisation des décisions de l'assemblée générale extraordinaire du Barreau du 22 avril dernier. Tout cela vise à dénoncer le blocage du fonctionnement de la justice, principalement de la chaîne pénale.

Car, comme l'explique Me Ignace Tougma, membre du Conseil de l'Ordre et chargé de la Communication et de l'Image publique du Barreau, depuis octobre 2018, il n'y a plus d'audience de flagrant délit, d'audience de citation directe.

Et plus tard, une suspension des activités liées aux audiences civiles et commerciales est intervenue suite au mouvement d'humeur des greffiers.

«Aujourd'hui, rien ne fonctionne dans l'appareil judiciaire ». Etant la sentinelle des droits de la défense, le Barreau a estimé important de donner de la voix pour dénoncer ce qu'il qualifie d'atteinte aux droits humains.

Les autorités sont donc interpellées sur l'urgence à régler les problèmes qui existent entre elles et les deux corps que sont les GSP et les greffiers.

Il y a urgence car aujourd'hui, ils sont 808 prévenus détenus qui attendent d'être jugés, 1640 inculpés détenus et dont les dossiers sont dans des cabinets en instruction, 3641 condamnés emprisonnés dont l'application des peines est sans doute entravée par ce dysfonctionnement judiciaire.

Tout cela constitue, selon les maîtres de la parole, une situation attentatoire aux droits des prévenus, et face à cela, ils ne peuvent se taire.

A cette marche on pouvait noter la présence d'anciens bâtonniers, Maîtres Antoinette Ouédraogo, Mamadou Traoré et Pacéré Frédéric Titinga, même si le dernier cité s'est rendu au ministère de la Justice à bord d'un véhicule.

De la maison de l'Avocat, tous, dans leur robe noire, se sont dirigés vers leur ministère de tutelle. Là, le bâtonnier, Paulin Salambéré, a livré son message adressé au ministère de la Justice et à celui des Droits humains.

Après lui, Me Antoinette Ouédraogo a livré, au nom des anciens bâtonniers, un autre message : un message essentiellement centré sur l'interpellation de l'Etat afin qu'une solution urgente soit trouvée pour que la justice puisse reprendre son fonctionnement normal.

De retour à leur point de départ, c'est-à-dire à la maison de l'Avocat, les hommes en robe noire se sont réunis en assemblée générale extraordinaire pour faire le point de ces 96 heures de suspension d'activités qu'ils ont observées.

Après avoir constaté que le fonctionnement de la justice était toujours bloqué, ils ont reconduit la suspension de leur participation aux différentes audiences durant la période allant du 30 avril au 6 mai 2019.

C'est dire que le procès du putsch manqué ne pourra pas non plus se tenir comme cela avait déjà été le cas lors de la première mesure de suspension.

Burkina Faso

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