Congo-Kinshasa: Les questions soulevées par les redditions de groupes armés

Photo: MONUC/Marie Frechon
Les FARDC en patrouille dans l'Est de la RDC

Les redditions de miliciens et membres de groupes de groupes armés se poursuivent. Mercredi dernier dans le territoire de Masisi, l'armée a annoncé que le colonel autoproclamé Faustin Muhawe s'était rendu avec une soixantaine d'hommes issus d'une branche dissidente de la FFDH. C'est le dernier exemple d'une série de redditions constatée dans plusieurs régions depuis l'arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi. Mais si ce phénomène représente une opportunité pour le nouveau président, elle suscite aussi l'inquiétude tant le défi est important.

Ils seraient, selon les sources, entre 2 000 à 3 000 à avoir déposé les armes ou évoqué l'intention de le faire. Et expriment de nombreuses attentes. Officiellement, une grande partie des combattants qui se sont rendus l'on fait pour saluer l'alternance à la tête du pays et le départ de Joseph Kabila qu'ils disaient combattre.

Mais dans les faits, la réalité est plus nuancée. « Parmi eux, beaucoup n'ont pas de véritable agenda politique, souligne un bon connaisseur du dossier, mais plutôt des revendications sociales » et espèrent que le nouveau président saura y répondre, en particulier dans le Kasaï d'où est originaire Félix Tshisekedi.

Que se passera-t-il si leurs attentes sont déçues ? La question inquiète les observateurs. Mais ce n'est pas tout. Beaucoup parmi ceux qui se sont rendus nourrissent aussi l'espoir d'être systématiquement intégrés dans l'armée. De sources concordantes, dans plusieurs provinces, les FARDC n'auraient d'ailleurs pas hésité à brandir cette promesse pour obtenir des redditions. Or, cette méthode a fait la preuve de son inefficacité dans le passé et Félix Tshisekedi a plutôt promis de travailler à la réintégration « civile » de ces combattants dans leurs communautés.

Un programme de DDR saturé

Mais le programme national de DDR - démobilisation désarmement réinsertion - est arrivé à saturation depuis plusieurs années et n'accepte plus de nouveau candidat. Et en l'absence de programme opérationnel pour le moment, ces ex-combattants qui se sont rendus ne bénéficient pas de véritable prise en charge.

Or mettre sur pied une nouvelle stratégie DDR s'annonce un long chantier qui ne pourra pas débuter sans un nouveau gouvernement, toujours pas formé. Même si la nomination par le président Tshisekedi d'un « Point focal » chargé de ces questions a été perçue notamment pas la Monusco comme un signe de sa « bonne volonté » dans ce dossier, le chercheur Jason Stearns, du Groupe d'études sur le Congo, craint qu'une partie de ces miliciens ou membres de groupes armés qui se rendent retournent en forêt et reprennent les armes si rien n'est fait.

Le spécialiste invite Félix Tshisekedi - qui a promis de faire de la lutte contre l'insécurité l'une de ses priorités - à saisir l'urgence de cette situation. « Si le nouveau président veut vraiment avoir un impact sur l'insécurité à l'est du Congo, il est impossible de le faire sans avoir un processus de démobilisation. Il est donc impératif de relancer le processus, comme partie d'une nouvelle stratégie pour traiter le conflit. Ce qui est lamentable c'est que jusqu'à maintenant - et on est maintenant à plus de trois mois de son investiture - on n'a pas encore vu cette stratégie. Il y a des urgences, du conflit à l'est. Il y a environ 130 groupes armés à l'est du Congo, dans les deux Kivus seulement. Et il y a des urgences de chaque jour pour les populations locales. Donc il ne faut pas seulement avoir rapidement un nouveau processus de démobilisation mais aussi une stratégie pour le conflit. »

Pour les gens qui quittent la brousse, il y a très peu d'options et nous avons des craintes que ces gens regagnent la brousse. (... ) Le problème, c'est que la structure nationale qui gère la démobilisation n'est plus vraiment fonctionnelle. Elle existe toujours mais elle n'accepte plus de nouveaux cas de démobilisés à cause du manque de financement.

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