5 Mai 2019

Algérie: Gaïd Salah à la pêche au gros

Photo: RFI/Marie-Pierre Olphand
(Image d'archives) - Saïd Bouteflika (à l'extréme droite) dans la délégation accompagnant le président Bouteflika qui se rendait aux urnes, le jeudi 17 avril.
éditorial

Un mois après la démission du président Abdelaziz Bouteflika, la rue algérienne gronde toujours. Les vendredis se suivent et se ressemblent avec leurs cortèges de croquants dans les artères des principales villes du pays, ce slogan à la bouche : « système, dégage. »

Au lendemain du 11e vendredi de cette révolution en marche, la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) a fait tomber de grosses légumes, anciens apparatchiks du système Bouteflika. Elle a en effet arrêté ce 4 mai Saïd Bouteflika, ancien conseiller spécial de son frère de président et presque régent du pays depuis l'attaque vasculaire cardiaque (AVC) dont ce dernier a été victime en 2013. Avec Saïd Bouteflika ont été mis sous les verrous les généraux Athmane Tartag et Mohamed Lamine Mediène, dit Toufik, officiellement pour « complot contre l'armée ».

Derrière l'effondrement de ces trois piliers du système Bouteflika, plus d'un observateur voit la main du chef d'état-major de l'armée, Ahmed Gaïd Salah. Ce dernier passe de plus en plus comme l'homme fort de l'Algérie où le rejet du système Bouteflika a ouvert une guerre de clans au sommet de l'Etat.

De fait, ces dernières arrestations font suite à d'autres, opérées parmi les opérateurs économiques proches du président Bouteflika et de sa famille : il s'agit notamment d'Issad Rebrad, la première fortune du pays, d'Ali Haddad, président du tout-puissant Forum des chefs d'entreprises (FCE), des trois frères Kouninef, dirigeants du groupe KouGC, ou de Mohamed Baïri, patron du groupe Ival. Tout se passe comme si Gaïd Salah s'affirme grand vainqueur de son bras de fer avec l'entourage du président Bouteflika : après avoir mis sous éteignoir les oligarques de l'ancien régime, il réduit maintenant au silence les sécurocrates qui jouaient efficacement aux gardiens du temple.

Mais jusqu'où Gaïd Salah ira-t-il dans cette pêche aux gros poissons de l'ancien régime ? S'attaquera-t-il, par exemple, aux 2B, toujours aux affaires, Abdelkader Bensalah, le président intérimaire de la République, et le Premier ministre, Noureddine Bedoui, dont les manifestants n'ont cesse de réclamer le départ ?

Au demeurant, ne nettoie-t-il pas les écuries de Bouteflika pour y installer ses propres coursiers ? Hélas, l'histoire africaine ne manque pas d'exemples où des généraux balayeurs de républiques se sont accrochés aux commandes de l'Etat pour faire pire dans la mal gouvernance que leurs prédécesseurs. Du reste, dans les errements du système Bouteflika, son tout puissant vice-ministre de la Défense et chef d'état-major général des armées, le bien-nommé Gaïd Salah, n'est pas exempte de tout reproche. De là à penser que l'opération main propre qu'il mène tambour battant contre les anciens piliers du système décrié est pour se dédouaner de ses propres fautes et se construire une légitimité politique aux yeux du peuple algérien, il y a un pas vite franchi.

Mais il faut croire que le peuple algérien n'est pas dupe, lui qui ne veut pas d'une révolution à moitié aboutie. Ainsi, après les gros poissons pris dans la nasse, le pêcheur en chef pourrait avoir du souci à se faire. En clair, après le clan Bouteflika, Gaïd Salah aura à subir l'épreuve de la rue et ce n'est pas sûr qu'elle lui déroulera le tapis rouge vers le Palais d'El Mouradia pour services rendus à la Révolution. Qui vivra verra !

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