Congo-Kinshasa: 100 jours de Félix Tshisekedi - Un début qui promet

Photo: Photo Présidence RDC.
Le Président de la RDC, Félix Tshisekedi

Le 2 mars 2019 sur la place de l'Echangeur à Kinshasa, le président Félix Tshisekedi lançait son programme d'urgence pour couronner ses 100 jours à la tête de l'Etat congolais. Il ciblait alors des secteurs prioritaires pour donner une nette visibilité à son mandat. 100 jours après, l'heure est au bilan. Si les avis sont partagés, l'on reconnait néanmoins que ses premiers pas du président Félix Tshisekedi sont prometteurs, nonobstant l'omniprésence de Joseph Kabila sur la scène politique congolaise.

Le Potentiel

Le 24 janvier 2019, Félix Tshisekedi prête serment devant la Constitutionnelle comme 5ème président de laRépublique démocratique du Congo. Dans les quatre coins de la RDC, tout comme à travers le monde, tous saluent l'alternance démocratique qui vient de se passer à Kinshasa au travers d'une passation pacifique et civilisée entre le sortant, Joseph Kabila, et l'entrant, Félix Tshisekedi.

Devant lui, le chef de l'Etat, Félix Tshisekedi, a de nombreux défis à élever. Le peuple, qui l'observe, nourrit de grandes attentes. Pour la majorité de Congolais l'arrivée de Félix Tshisekedi doit marquer une rupture avec les 18 ans de règne de Joseph Kabila. Un défi que le chef de l'Etat promettra de relever dans son discours d'investiture, s'engageant à faire de la RDC un pays où chacun jouira de toutes les libertés pour vivre aisément sur la terre de ses ancêtres.

Comme pour marquer un tournant dans l'histoire politique de la RDC, le président Félix Tshisekedi va procéder, le 2 mars 2019, au lancement sur la place de l'Echangeur de Kinshasa du programme d'urgence de ses 100 premiers jours. Ce programme est calibré à hauteur de 304 millions USD, sur financement du Trésor public (200 millions USD), du Fonds de promotion de l'industrie (70 millions USD) et du Fonds d'entretien routier (23 millions USD). Pour un programme d'urgence, des secteurs à fort impact social sont ciblés, à savoir les routes ; la santé ; l'éducation ; l'habitat ; l'énergie (eau et électricité) ; l'emploi ; le transport et l'agriculture.

100 jours après, l'heure est au bilan. Sur ce point précis, les avis sont partagés. Certains - et ils sont nombreux - à croire en la capacité du président Félix Tshisekedi à relever le défi, c'est-à-dire arrimer la RDC sur une pente de croissance après les 18 années sombres de Joseph Kabila. D'autres, par contre, plus sceptiques, pensent que Félix Tshisekedi ne parviendra pas à faire déplacer les montagnes, pour autant, notent-ils, que la mainmise de Joseph Kabila, autorité morale du FCC, sur les principales institutions du pays (Parlement et gouvernement) est un lourd fardeau que Félix Tshisekedi devra porter jusqu'à hypothéquer son mandat.

Versions croisées

Nombre d'observateurs pensent que les 100 jours de Félix Tshisekedi sont porteurs d'espoirs.

« Le président Félix Tshisekedi est arrivé au pouvoir dans un contexte politique très particulier. Personne ne l'attendait à ce poste. Aujourd'hui, c'est un homme seul qui doit se battre avec le FCC, requinqué par sa forte emprise sur le Parlement, pour répondre aux nombreuses attentes de la population. Le président Félix Tshisekedi est prudent . Il y va à petits pas. Il est méthodique. Il est conscient qu'il ne peut pas énerver le FCC de peur de compliquer le jeu politique. Le FCC est certes un partenaire encombrant à l'égard de Félix Tshisekedi, mais le chef de l'Etat a donné des signes qui rassurent. Le grand retard dans la nomination d'un Premier ministre n'est pas un faux-pas. C'est la preuve du jeu politique, extrêmement complexe que devra jouer le président de la République en prenant en compte toutes les pesanteurs», a commenté à notre rédaction un cadre de l'Udps.

Cet avis n'est pas partagé dans l'opinion. « J'ai l'impression qu'on va droit vers un blocage. Il y a des signes qui ne trompent pas. Pourquoi le président Félix Tshisekedi ne parvient toujours pas à nommer le Premier ministre ? Attend-il un ordre de Kabila pour agir dans ce sens ? A mon avis, le bilan de 100 jours de Félix Tshisekedi est mitigé. Dans le pays, rien ne bouge. Nous tournons en rond. Dans l'opinion, on commence à croire que Félix Tshisekedi aura du mal à s'affranchir de Kabila. Chaque jour qui passe, Kabila consolide ses rangs. C'est comme s'il était en train de le ceinturer pour l'empêcher de travailler. Et que dire des projets que le président Félix Tshisekedi nous a présentés pour ses 100 jours. Pas grand-chose. Tout a été fait jusqu'ici pour nous endormir », relève pour sa part un analyste politique qui se dit proche de la coalition Lamuka qui a porté la candidature de Martin Fayulu à la présidentielle du 30 décembre 2018.

Quoi qu'il en soit, les 100 jours de Félix Tshisekedi sont marqués par des signes qui traduisent la volonté du président de la République à faire bouger les lignes. La libération des prisonniers politiques, les libertés publiques et l'assainissement des mœurs dans la gestion des affaires publiques sont autant d'indices prometteurs qui charrient un brin d'espoir. Mais, sur le terrain de la corruption et de la promotion de la bonne gouvernance, l'opinion publique congolaise attend voir le chef de l'Etat traduire dans les actes sa promesse de « déboulonner » les vieilles habitudes du régime Kabila.

A tout prendre, le président Félix Tshisekedi a du pain sur la planche. Si, dans l'opinion, sa cote de popularité est encore stable, le peuple congolais, dans son ensemble, attend de son chef des actes qui traduisent réellement une nette rupture avec le régime Kabila qui, malgré son échec à la présidentielle, a repris de la vigueur en régnant en maître au Parlement. S'affranchir de Kabila sera le gage de la volonté de Félix Tshisekedi d'apporter véritablement le changement en RDC. Pour l'instant, ses 100 jours à la tête de la RDC sont marqués par un début nettement prometteur.

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